{"id":6469,"date":"2020-02-01T12:15:17","date_gmt":"2020-02-01T11:15:17","guid":{"rendered":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/?p=6469"},"modified":"2020-02-01T12:15:26","modified_gmt":"2020-02-01T11:15:26","slug":"nouvelle-introduction-provocatrice-a-lorigine-des-especes-de-darwin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/01\/nouvelle-introduction-provocatrice-a-lorigine-des-especes-de-darwin\/","title":{"rendered":"Nouvelle Introduction provocatrice \u00e0 L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces de Darwin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par le Pr William R. Thompson<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 : En 1956, trois ans avant le centenaire du fameux livre de\nDarwin, les \u00e9diteurs de la version usuelle voulurent en actualiser la\npr\u00e9sentation. Ils s&rsquo;adress\u00e8rent donc \u00e0 un sp\u00e9cialiste qualifi\u00e9,\nbiologiste-en-chef du Commonwealth. William R. Thompson, lequel \u00e9crivit une <em>Introduction\nremarquable, <\/em>traduite ici en fran\u00e7ais pour la premi\u00e8re fois. Y \u00e9tait\npr\u00e9sent\u00e9e une critique m\u00e9thodique et radicale des principales affirmations de\nDarwin, celles pr\u00e9cis\u00e9ment qui sont r\u00e9pandues dans le grand public et ont\nprovoqu\u00e9 \u2014 &nbsp;on peut le dire \u2014\nl&rsquo;\u00e9vanescence de la vision chr\u00e9tienne du monde. La s\u00e9lection naturelle,\npr\u00e9sent\u00e9e par Darwin comme une cause de l&rsquo;\u00e9volution, fut admise car elle semble\nplausible; mais ce m\u00e9rite, d\u00e9cisif pour convaincre le public, ne constitue pas\nune preuve scientifique. De m\u00eame, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00e9volution progressive n&rsquo;a pas\n\u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tude des mutations h\u00e9r\u00e9ditaires. De m\u00eame encore, la classification\nbien ordonn\u00e9e des \u00eatres vivants ne prouve nullement leur filiation. Sa\npersistance sur de longues dur\u00e9es contredit m\u00eame le caract\u00e8re al\u00e9atoire de la\nvariation darwinienne. La pal\u00e9ontologie, contrairement au sentiment commun,\nvient plut\u00f4t r\u00e9futer Darwin en confirmant l&rsquo;absence des formes interm\u00e9diaires\nindispensables \u00e0 la th\u00e9orie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il faut donc consid\u00e9rer que les sp\u00e9culations inv\u00e9rifiables du darwinisme\nont fait perdre plus de 50 ann\u00e9es \u00e0 la biologie, au moment m\u00eame o\u00f9 elles\nprovoqu\u00e8rent le d\u00e9clin du christianisme, en \u00e9cartant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une ma\u00eetrise\ndivine sur l&rsquo;univers. Voil\u00e0 ce qui m\u00e9ritait effectivement d&rsquo;\u00eatre dit pour le\ncentenaire d&rsquo;un tel livre&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque\nles \u00e9diteurs de cette r\u00e9\u00e9dition de <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces <\/em>me demand\u00e8rent\nd&rsquo;\u00e9crire une nouvelle <em>Introduction pour <\/em>remplacer celle du distingu\u00e9\ndarwinien, sir Arthur Keith, \u00e9crite il y a un quart de si\u00e8cle, j&rsquo;h\u00e9sitai\nbeaucoup \u00e0 accepter l&rsquo;invitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;admire,\ncomme le doit tout biologiste, les immenses travaux scientifiques de Charles\nDarwin et sa d\u00e9votion br\u00fblante, durant toute sa vie, \u00e0 sa th\u00e9orie de\nl&rsquo;\u00e9volution. J&rsquo;admets, comme il l&rsquo;admettait lui-m\u00eame bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait invent\u00e9\nni la doctrine de l&rsquo;\u00e9volution organique, ni m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e de la s\u00e9lection\nnaturelle, que ses arguments et sp\u00e9cialement les arguments de <em>L&rsquo;Origine des\nesp\u00e8ces, <\/em>convainquirent le monde qu&rsquo;il avait d\u00e9couvert la v\u00e9ritable\nexplication de la diversit\u00e9 biologique et montr\u00e9 comment les adaptations\ncomplexes des \u00eatres vivants se produisaient suivant un simple processus\nin\u00e9luctable que peuvent comprendre m\u00eame les plus simples d&rsquo;esprit et les\nillettr\u00e9s. Mais je ne suis pas convaincu que Darwin ait prouv\u00e9 sa th\u00e8se ni que\nson influence sur la pens\u00e9e scientifique et celle du public en g\u00e9n\u00e9ral ait \u00e9t\u00e9\nb\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me sentis\ndonc oblig\u00e9 d&rsquo;expliquer aux \u00e9diteurs de <em>l&rsquo;Everyman Library <\/em>que mon <em>Introduction\n<\/em>serait tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de sir Arthur Keith et que je ne pourrais\npas me contenter de simples variations sur l&rsquo;hymne \u00e0 Darwin et au darwinisme\nqui sert d&rsquo;introduction \u00e0 tant de manuels sur la biologie et l&rsquo;\u00e9volution, et\nque l&rsquo;on pourrait attendre dans une r\u00e9\u00e9dition de <em>L&rsquo;Origine. <\/em>Les \u00e9diteurs\nne soulev\u00e8rent pas d&rsquo;objection et ma principale difficult\u00e9 disparut. Je suis\n\u00e9videmment bien conscient que mes id\u00e9es seront consid\u00e9r\u00e9es comme h\u00e9r\u00e9tiques et\nr\u00e9actionnaires par beaucoup de biologistes. Toutefois, il se trouve que je\ncrois qu&rsquo;en science l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie est une vertu et la r\u00e9action souvent une\nn\u00e9cessit\u00e9 et que, dans aucun domaine scientifique, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie et la r\u00e9action ne\nsont plus souhaitables que dans la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution. J&rsquo;ai \u00e9crit ce que je\npensais devoir \u00eatre \u00e9crit; mais la responsabilit\u00e9 des \u00e9diteurs n&rsquo;est pas en\ncause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai\ndit que ce fut surtout <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces <\/em>qui avait converti la\nmajorit\u00e9 des gens \u00e0 la doctrine de l&rsquo;\u00e9volution. Sir Arthur Keith \u00e9tait tout \u00e0\nfait d&rsquo;accord. \u00ab <em>Aucun livre, <\/em>dit-il, <em>n&rsquo;a paru pour le remplacer. <\/em>L&rsquo;Origine\ndes esp\u00e8ces <em>est toujours le livre contenant la d\u00e9monstration la plus\ncompl\u00e8te que la loi de l&rsquo;\u00e9volution est vraie. \u00bb <\/em>Mais plus on insiste sur ce\npoint, plus il est n\u00e9cessaire d&rsquo;examiner minutieusement les preuves donn\u00e9es\ndans <em>L&rsquo;Origine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Naturellement,\non peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 accepter une proposition vraie par des acquiescements\nfallacieux ou inadapt\u00e9s. Pourtant, personne ne maintiendra s\u00e9rieusement qu&rsquo;il\nest bon de faire une chose m\u00eame juste pour de mauvaises raisons. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les\narguments ne r\u00e9sistent pas \u00e0 l&rsquo;analyse, l&rsquo;assentiment doit \u00eatre refus\u00e9, et une\nconversion g\u00e9n\u00e9rale due \u00e0 un mauvais argument doit \u00eatre tenue pour d\u00e9plorable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour sir\nArthur Keith, Darwin est un auteur pouvant \u00eatre class\u00e9 parmi \u00ab <em>le petit\ngroupe ferm\u00e9 des grands Anglais, o\u00f9 figure Shakespeare. \u00bb <\/em>Les critiques\nlitt\u00e9raires ne sont apparemment pas d&rsquo;accord avec lui. Bien qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9\nsouvent consid\u00e9r\u00e9 comme un auteur obscur, Darwin s&rsquo;exprime habituellement de\nfa\u00e7on assez claire. Il ne s&rsquo;int\u00e9ressait pas aux consid\u00e9rations philosophiques\nni \u00e0 la d\u00e9finition exacte des termes qu&rsquo;il employait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le\nchapitre final de la premi\u00e8re \u00e9dition de <em>L&rsquo;Origine, <\/em>o\u00f9 Darwin r\u00e9capitule\nses arguments, le mot \u00e9volution n&rsquo;est m\u00eame pas mentionn\u00e9; pourtant, la\nproposition qu&rsquo;il d\u00e9fend peut facilement \u00eatre d\u00e9finie. Celle-ci stipule que\ntous les organismes qui existent ou ont exist\u00e9 se sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 partir de\nquelques formes extr\u00eamement simples, voire d&rsquo;une seule, par un processus de\ndescendance avec modifications. Le m\u00e9canisme de ces transformations, bien\nqu&rsquo;infiniment complexe dans son fonctionnement, est tr\u00e8s simple dans son\nprincipe. Pour des raisons encore en partie incomprises, les organismes ont\ntendance \u00e0 varier l\u00e9g\u00e8rement dans leurs divers caract\u00e8res. Ces variations\ndoivent \u00eatre dites al\u00e9atoires en ce sens qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas de relation\npr\u00e9destin\u00e9e avec le bien-\u00eatre de l&rsquo;organisme. N\u00e9anmoins, puisqu&rsquo;elles se\nproduisent continuellement dans beaucoup de directions, l&rsquo;individu dans lequel\nune variation particuli\u00e8re s&rsquo;est produite aura un l\u00e9ger avantage sur ses\nconcurrents dans un environnement particulier. Les avantages seront transmis \u00e0\nsa prog\u00e9niture dans laquelle, \u00e0 cause de la variation, ils se manifesteront \u00e0\ndes degr\u00e9s diff\u00e9rents et ainsi, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, se produira une\nadaptation progressive \u00e0 l&rsquo;environnement dans lequel les concurrents mal\n\u00e9quip\u00e9s dispara\u00eetront soit par extinction, soit par adaptation \u00e0 un\nenvironnement diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous\ndevons, dit Darwin, admettre la v\u00e9rit\u00e9 des propositions suivantes<sup>2 <\/sup>:\n\u00ab <em>que les gradations dans la perfection de n&rsquo;importe quel organe ou instinct\nexistent maintenant ou peuvent avoir exist\u00e9, chacune bonne dans son genre; que\ntous les organes et instincts sont, m\u00eame au plus l\u00e9ger degr\u00e9, variables; et finalement\nqu&rsquo;il existe une lutte pour la vie aboutissant \u00e0 la pr\u00e9servation de chaque\nd\u00e9viation profitable de la structure ou de l&rsquo;instinct. \u00bb <\/em>Ces v\u00e9rit\u00e9s\nadmises, la th\u00e9orie de la descendance avec modifications par s\u00e9lection\nnaturelledoit \u00eatre admise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette\nexplication a une valeur universelle. Elle nous permet aussi de comprendre que\nchaque puissance, chaque capacit\u00e9 mentale fut une acquisition graduelle mais\nn\u00e9cessaire, rendant ainsi scientifiquement compr\u00e9hensible l&rsquo;origine et\nl&rsquo;histoire de l&rsquo;homme. Et tel fut le pass\u00e9, tel sera l&rsquo;avenir. Nous pouvons,\ndit Darwin, envisager avec une certaine confiance \u00ab <em>un avenir tranquille\nd&rsquo;une dur\u00e9e \u00e9galement incalculable. Et puisque la s\u00e9lection naturelle ne\ntravaille que par et pour le bien de chaque \u00eatre, toutes les dotations\ncorporelles et mentales progresseront vers la perfection. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;id\u00e9e que\nla s\u00e9lection naturelle, aboutissant \u00e0 la survie du plus apte dans des\npopulations d&rsquo;individus ayant des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes et rivalisant\nentre eux, a produit au cours des temps g\u00e9ologiques des transformations\ngraduelles parties d&rsquo;un organisme primitif simple pour aboutir aux formes les\nplus hautes de la vie, sans aucune intervention d&rsquo;organisation ou de force\ndirectrice; telle est l&rsquo;essence de la position darwinienne. L&rsquo;\u00e9volution sans\nbut ni direction, dit J.S. Huxley, a finalement r\u00e9alis\u00e9, avec l&rsquo;homme, un \u00eatre\ncapable de vouloir et de diriger le changement \u00e9volutionniste. Ceci demeure, me\nsemble-t-il, la conception des darwiniens modernes les plus repr\u00e9sentatifs. Il\nest vrai que Darwin lui-m\u00eame admettait un \u00e9l\u00e9ment lamarckien, les effets de\nl&rsquo;usage et de la d\u00e9su\u00e9tude, et sir Arthur Keith le d\u00e9fendit contre ceux qui\nl&rsquo;accusaient de ne compter que sur la s\u00e9lection naturelle. Mais ce serait\nplut\u00f4t, dans la vision moderne, une vertu de la th\u00e9orie darwinienne puisque\nl&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis est maintenant g\u00e9n\u00e9ralement rejet\u00e9e par les\nbiologistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il\nnous faut maintenant examiner les arguments \u00ab <em>d\u00e9montrant que la loi de\nl&rsquo;\u00e9volution est vraie. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le\npremier argument de Darwin, auquel il consacra beaucoup de travail, est qu&rsquo;il\nexiste de grandes variations parmi les individus de nombreuses esp\u00e8ces.<sup>3<\/sup>\nCette r\u00e9alit\u00e9 des variations est particuli\u00e8rement \u00e9vidente chez les animaux et\nplantes domestiques. De ces faits ind\u00e9niables Darwin tira plusieurs\nconclusions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;une d&rsquo;elles fut que les esp\u00e8ces ne sont pas\nstrictement immuables, ce que pr\u00e9tendaient habituellement les biologistes.\nEntre les divers types d&rsquo;esp\u00e8ces domestiques, les diff\u00e9rences sont souvent bien\nplus grandes que celles qui existent entre les esp\u00e8ces sauvages, et m\u00eame chez\ncelles-ci il est souvent tr\u00e8s difficile de d\u00e9cider si une forme particuli\u00e8re\nest une esp\u00e8ce ou une vari\u00e9t\u00e9. La grande diff\u00e9rence existant entre les formes\ndes esp\u00e8ces domestiqu\u00e9es montre que la variation peut \u00eatre stimul\u00e9e par des\nconditions particuli\u00e8res et que la s\u00e9lection artificielle op\u00e9r\u00e9e par les\n\u00e9leveurs a produit des formes avec des caract\u00e8res extr\u00eamement distinctifs. Les diff\u00e9rences\nentre les diverses esp\u00e8ces de violettes ou entre les esp\u00e8ces d&rsquo;hym\u00e9nopt\u00e8res du\ngenre <em>Mesoleius<\/em>, par exemple, sont\nclairement beaucoup moins frappantes que les diff\u00e9rences entre un p\u00e9kinois et\nun setter irlandais, ou qu&rsquo;entre une pomme des neiges et une reinette grise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Darwin souligne que dans certaines conditions des\nindividus anormaux sont produits; et il soutient qu&rsquo;il est impossible de tracer\nune ligne entre ces monstruosit\u00e9s et les individus consid\u00e9r\u00e9s comme normaux.<sup>4<\/sup>\nCes arguments convergents montrent que <strong>ce\nque nous appelons une esp\u00e8ce n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9tape transitoire dans une succession\ng\u00e9n\u00e9alogique qui ne peut, \u00e0 aucun moment, \u00eatre tenue pour avoir une essence ou\nnature permanente d\u00e9finissable.<\/strong> Il n&rsquo;existe donc aucun obstacle intrins\u00e8que\n\u00e0 une \u00e9volution illimit\u00e9e et les conditions extrins\u00e8ques pour cela existent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que la s\u00e9lection naturelle dirige le cours de\nl&rsquo;\u00e9volution, Darwin ne pouvait le prouver en se r\u00e9f\u00e9rant aux faits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, il \u00e9tait convaincu que tous les\norganismes tendent \u00e0 se multiplier dans une proportion g\u00e9om\u00e9trique, que chacun\nvit par une lutte pour ses besoins \u00e0 une certaine p\u00e9riode de sa vie et que,\nparmi les individus diff\u00e9rant entre eux, f\u00fbt-ce \u00e0 un l\u00e9ger degr\u00e9, le plus apte\ndoit survivre et transmettre ses caract\u00e8res \u00e0 ses rejetons et, puisque ceux-ci\nvont continuer \u00e0 varier, la s\u00e9lection naturelle va progressivement am\u00e9liorer\nles adaptations et la dotation de chaque esp\u00e8ce.<sup>5<\/sup> <em>\u00ab Ce qui arr\u00eate la tendance naturelle de\nchaque esp\u00e8ce \u00e0 augmenter en nombre<\/em>, dit Darwin,<em> est tr\u00e8s obscur&#8230; Nous ne savons pas exactement quels sont les\nfreins, pas m\u00eame pour un seul cas. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pouvait montrer par des exemples qu&rsquo;il y a une\ngrande destruction d&rsquo;individus dans la nature et indiquer quelques-unes des\ncauses de cette destruction; mais il n&rsquo;avait \u00e0 offrir que peu de preuves\nd\u00e9taill\u00e9es concernant l&rsquo;action de la s\u00e9lection naturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que la s\u00e9lection naturelle ait produit ou non la\ndiversit\u00e9 actuelle et pass\u00e9e des formes organiques, cette diversit\u00e9 existe, non\nseulement dans l&rsquo;espace mais aussi dans le temps. Des faits tels que la\npr\u00e9sence de diff\u00e9rentes esp\u00e8ces appartenant au m\u00eame genre dans diff\u00e9rentes \u00eeles\nde la m\u00eame r\u00e9gion s&rsquo;accordent avec l&rsquo;id\u00e9e de descendance avec modification \u00e0\npartir d&rsquo;un anc\u00eatre commun, comme l&rsquo;est l&rsquo;absence dans des \u00eeles isol\u00e9es\nd&rsquo;organismes sans pouvoirs actifs de migration, et la pr\u00e9sence d&rsquo;autres, comme\nchauve-souris et oiseaux, ayant un lien taxonomique avec ceux des continents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;autres arguments \u00e9taient avanc\u00e9s par Darwin : le\nlent changement et l&rsquo;apparente progression des formes organiques dans les\ncouches g\u00e9ologiques<sup>6<\/sup>, preuve de l&rsquo;existence dans le pass\u00e9 d&rsquo;une\ngrande diversit\u00e9 d&rsquo;organismes maintenant \u00e9teints; la similitude entre les\nstades embryonnaires d&rsquo;organismes tr\u00e8s diff\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte<sup>7<\/sup>;\nl&rsquo;existence d&rsquo;organes rudimentaires; et le fait qu&rsquo;une classification naturelle\ndes organismes est possible, puisque cela indique une r\u00e9elle consanguinit\u00e9 et\nest donc, en un sens, un miroir du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9alogique par lequel ils ont vu\nle jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;inclure dans un r\u00e9sum\u00e9 n\u00e9cessairement\nbref les points les plus importants de l&rsquo;argumentation de Darwin sans chercher\n\u00e0 en affaiblir la pr\u00e9sentation. Si Darwin a convaincu le monde que les esp\u00e8ces\nsont apparues par l&rsquo;\u00e9volution et la s\u00e9lection naturelle, ce fut, je le pense,\navec les arguments que j&rsquo;ai mentionn\u00e9s. Mais dans une affaire de ce genre\nbeaucoup d\u00e9pend de la mani\u00e8re avec laquelle les arguments sont pr\u00e9sent\u00e9s.\nDarwin consid\u00e9rait que la doctrine de l&rsquo;origine des formes vivantes par\ndescendance avec modifications, m\u00eame si elle \u00e9tait bien \u00e9tablie, ne serait pas\nsatisfaisante tant que les causes n&rsquo;en seraient pas correctement identifi\u00e9es.\nAinsi, sa th\u00e9orie des modifications par s\u00e9lection naturelle \u00e9tait pour lui\nd&rsquo;importance majeure absolue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puisqu&rsquo;il ne disposait, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la\npublication de <em>L&rsquo;Origine,<\/em> d&rsquo;aucun\ncorps de preuves exp\u00e9rimentales pour soutenir sa th\u00e9orie, il eut recours \u00e0 des\narguments sp\u00e9culatifs. L&rsquo;argumentation des \u00e9volutionnistes, dit Quatrefages,\nrend extr\u00eamement difficile la discussion de leurs id\u00e9es. Des convictions\npersonnelles, de simples possibilit\u00e9s sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des preuves, ou du\nmoins des arguments valides en faveur de la th\u00e9orie.<sup>8<\/sup> Comme exemple,\nQuatrefages citait l&rsquo;explication de Darwin de la mani\u00e8re dont la m\u00e9sange pouvait\n\u00eatre transform\u00e9e en oiseau casse-noix par l&rsquo;accumulation de petits changements\nde structure et d&rsquo;instinct dus \u00e0 la s\u00e9lection naturelle; puis il entreprenait\nde montrer qu&rsquo;il est tout aussi facile de transformer le casse-noix en m\u00e9sange.\nLa d\u00e9monstration peut \u00eatre modifi\u00e9e sans difficult\u00e9 pour s&rsquo;adapter \u00e0 n&rsquo;importe\nquel cas. Elle est sans valeur scientifique puisqu&rsquo;elle est inv\u00e9rifiable; mais\npuisque l&rsquo;imagination est sans frein, il est facile de donner l&rsquo;impression\nqu&rsquo;on a donn\u00e9 un exemple concret de v\u00e9ritable transmutation.<sup>9<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est tr\u00e8s convainquant \u00e0 cause de l&rsquo;extr\u00eame\nsimplicit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;explication darwinienne. <strong>Le lecteur peut tout ignorer des processus biologiques, il a pourtant\nle sentiment de comprendre vraiment <\/strong>et, en un sens, de ma\u00eetriser le\nm\u00e9canisme par lequel la merveilleuse vari\u00e9t\u00e9 des formes vivantes a \u00e9t\u00e9\nproduite. Ce fut-l\u00e0 certainement une raison majeure du succ\u00e8s de <em>L&rsquo;Origine.<\/em> Une autre est le caract\u00e8re\ninsaisissable de l&rsquo;argument darwinien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque caract\u00e9ristique des organismes demeure en\nexistence parce qu&rsquo;elle a une valeur de survie. Mais cette valeur se r\u00e9f\u00e8re \u00e0\nla lutte pour la vie. Nous ne sommes donc pas oblig\u00e9s de prendre position sur\nla signification des diff\u00e9rences entre individus ou esp\u00e8ces puisque le\npossesseur d&rsquo;une modification donn\u00e9e peut, dans la course pour la vie, monter\nou descendre. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, nous pouvons prendre position si nous le\nsouhaitons, puisqu&rsquo;il est impossible de r\u00e9futer notre affirmation. La\nplausibilit\u00e9 de l&rsquo;argument \u00e9limine le besoin de preuve et sa nature m\u00eame donne\nune sorte d&rsquo;immunit\u00e9 contre la r\u00e9futation. Dans <em>L&rsquo;Origine<\/em>, Darwin n&rsquo;a pas montr\u00e9 que les esp\u00e8ces \u00e9taient n\u00e9es par\ns\u00e9lection naturelle; il a simplement montr\u00e9, sur la base de certains faits et\npr\u00e9suppos\u00e9s, comment cela aurait pu se produire, et comme il s&rsquo;\u00e9tait convaincu\nlui-m\u00eame, il fut capable de convaincre les autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les faits et interpr\u00e9tations sur lesquels\nDarwin s&rsquo;appuyait ont maintenant cess\u00e9 de convaincre. Les recherches\npersistantes sur l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et les variations ont \u00e9branl\u00e9 la position\ndarwinienne. Nous savons maintenant que les variations caus\u00e9es par les\nchangements d&rsquo;environnement \u2014 les diff\u00e9rences individuelles consid\u00e9r\u00e9es par\nDarwin comme la mati\u00e8re sur laquelle agit la s\u00e9lection naturelle \u2014 ne sont pas\nh\u00e9r\u00e9ditaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pouvons, par s\u00e9lection, s\u00e9parer dans une\npopulation naturelle un nombre de lign\u00e9es pures ou g\u00e9notypes, chacune poss\u00e9dant\npour un caract\u00e8re donn\u00e9 sa courbe sp\u00e9ciale de variabilit\u00e9; mais nous ne pouvons\npas changer cette courbe par s\u00e9lection \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du g\u00e9notype. Par exemple,\ndans une certaine lign\u00e9e pure de mouches, celles qui ont les ailes les plus\nlongues peuvent, en th\u00e9orie, avoir un avantage \u2014 bien que je ne voie pas\ncomment d\u00e9montrer cela. Mais nous ne pouvons pas, en choisissant et accouplant\nces mouches aux longues ailes, produire un accroissement progressif de la\nproportion de mouches aux longues ailes, ni une augmentation progressive de la\nlongueur des ailes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est vrai que certaines variations sont\nh\u00e9r\u00e9ditaires. On les nomme mutations; mais elles ne se d\u00e9veloppent pas\ngraduellement, apparaissent soudainement et gardent leur nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vari\u00e9t\u00e9s de plantes et animaux domestiques sont\nle r\u00e9sultat de mutations.<sup>10<\/sup> Mais ces formes doivent \u00eatre \u00e9limin\u00e9es\ndans la nature, sinon celle-ci offrirait un spectacle compl\u00e8tement diff\u00e9rent de\nla r\u00e9alit\u00e9. Ceci est en partie d\u00fb au fait que <strong>les mutations ne sont pas de nature adaptative.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous disons que c&rsquo;est seulement par hasard\nqu&rsquo;elles sont utiles, nous faisons preuve de trop d&rsquo;indulgence. En g\u00e9n\u00e9ral,\nelles sont inutiles, nuisibles ou mortelles. Darwin lui-m\u00eame ne pensait pas que\nles races d&rsquo;animaux domestiques pourraient survivre dans la nature, mais les\ndarwiniens modernes sont oblig\u00e9s d&rsquo;expliquer l&rsquo;\u00e9volution par les mutations. Si\nnous minimisons ou au moins limitons la valeur de survie des caract\u00e8res en\ng\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons admettre que certaines dispositions morphologiques\ncaract\u00e9ristiques peuvent bien \u00eatre le r\u00e9sultat de mutations. Mais les\nn\u00e9o-darwiniens s&rsquo;accrochent fermement \u00e0 la croyance que tout caract\u00e8re\nsp\u00e9cifique a valeur de survie. \u00c0 mon avis, ceci les met dans une position tr\u00e8s\nembarrassante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre combien leur position est peu\nconvaincante, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 regarder le fait de la corr\u00e9lation organique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Curieusement, bien que Darwin conn\u00fbt \u00e9videmment l\u2019\u0153uvre\nde Cuvier, il ne tint pratiquement aucun compte, dans <em>L&rsquo;Origine,<\/em> du principe de corr\u00e9lation adaptative \u00e9nonc\u00e9 par Cuvier.\nPour Darwin, la corr\u00e9lation est seulement une co\u00efncidence de caract\u00e8res tels\nque <em>\u00ab la relation entre les yeux bleus et\nla surdit\u00e9 chez le chat, la couleur de la carapace de la tortue et le sexe\nfemelle, le feutre emplum\u00e9 et la peau entre les doigts ext\u00e9rieurs des pigeons,\nla pr\u00e9sence de plus ou moins de duvet sur les jeunes oiseaux juste \u00e9clos avec\nla couleur future de leur plumage; ou encore, entre le poil et les dents chez\nle chien turc nu&#8230; \u00bb<\/em> En r\u00e9alit\u00e9, les remarques de Darwin sugg\u00e8rent qu&rsquo;il\nvoit la corr\u00e9lation comme une connexion mat\u00e9rielle entre des malformations\nplut\u00f4t que comme une adaptation. Ses disciples modernes en g\u00e9n\u00e9ral ignorent\ntout simplement le probl\u00e8me de la corr\u00e9lation. Cependant il est plus facile de\nl&rsquo;ignorer que de le r\u00e9soudre.<sup>11<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l&rsquo;a dit \u00c9mile Guy\u00e9not, les mutations sont\nimpuissantes \u00e0 expliquer l&rsquo;adaptation g\u00e9n\u00e9rale qui est la base de\nl&rsquo;organisation. <em>\u00abIl est impossible de\nproduire le monde vivant o\u00f9 la note dominante est l&rsquo;organisation fonctionnelle,\nla variation corr\u00e9l\u00e9e et le progr\u00e8s, \u00e0 partir d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements\nal\u00e9atoires. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation est donc que <strong>si les darwiniens ont bien conserv\u00e9 l&rsquo;essentiel de la m\u00e9canique\n\u00e9volutionniste de Darwin, \u00e0 savoir la s\u00e9lection naturelle agissant sur des\nvariations h\u00e9r\u00e9ditaires al\u00e9atoires, leur explication, plausible du temps de\nDarwin, ne l&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a dit que la substitution de gemmules (<em>particulate<\/em>)<sup>12<\/sup> pour le\nm\u00e9lange des h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s faisait dispara\u00eetre une s\u00e9rieuse difficult\u00e9 pour la\nposition de Darwin. Or la conclusion que l&rsquo;\u00e9volution progressive r\u00e9sultait du\nm\u00e9lange des h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 certainement une faiblesse dans\nl&rsquo;argumentation de <em>L&rsquo;Origine<\/em><sup>13<\/sup>\nmais la notion de gemmule introduit d&rsquo;autres difficult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un point important de la doctrine de Darwin, tel\nqu&rsquo;expos\u00e9e dans <em>L&rsquo;Origine,<\/em> \u00e9tait la\nconviction que l&rsquo;\u00e9volution est un processus progressif. <em>\u00ab Nous pouvons compter,<\/em> dit-il, <em>sur\nun avenir s\u00fbr d&rsquo;une dur\u00e9e incalculable. Et puisque la s\u00e9lection naturelle ne\ntravaille que par et pour le bien de chaque \u00eatre, chaque acquis corporel ou\nmental tendra \u00e0 progresser vers la perfection. \u00bb<\/em> Les contemporains de la\nreine Victoria accept\u00e8rent cette id\u00e9e avec enthousiasme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dois seulement dire que, sur ce point, Darwin\n\u00e9tait incoh\u00e9rent puisque, d&rsquo;apr\u00e8s lui, la s\u00e9lection naturelle agit non\nseulement par la survivance du plus apte, mais aussi par l&rsquo;extermination des moins\naptes, et qu&rsquo;elle peut produire aussi bien une d\u00e9t\u00e9rioration anatomique qu&rsquo;une\nam\u00e9lioration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En raison de l&rsquo;existence de diff\u00e9rents g\u00e9notypes \u00e0\nl&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une esp\u00e8ce et de leurs diff\u00e9rents caract\u00e8res adaptatifs, des\n\u00e9chantillons d&rsquo;une population tr\u00e8s importante pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rents endroits\npeuvent appara\u00eetre diff\u00e9rents \u00e0 plusieurs \u00e9gards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, qu&rsquo;une population de ce genre se d\u00e9ployant\n\u00e0 partir d&rsquo;un centre (comme dans le cas de l&rsquo;introduction d&rsquo;un insecte) puisse\nd\u00e9velopper des vari\u00e9t\u00e9s locales suffisamment marqu\u00e9es pour \u00eatre tenues pour des\nesp\u00e8ces par un taxonomiste, cela peut \u00eatre admis volontiers. En outre, si nous\nconsid\u00e9rons le d\u00e9veloppement d&rsquo;un organisme complexe \u00e0 partir de la cellule\ngerminale structurellement simple, nous devons reconna\u00eetre que, dans ce domaine\nau moins, l&rsquo;\u00e9volution au sens classique est un fait accessible \u00e0 l&rsquo;observation\ndirecte<sup>14<\/sup>. Mais ces faits sont tr\u00e8s loin des sp\u00e9culations de<em> L&rsquo;Origine<\/em> et du concept victorien\nd&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;est gu\u00e8re n\u00e9cessaire de s&rsquo;\u00e9tendre sur tous les\narguments mineurs avanc\u00e9s par Darwin. Ils consistent essentiellement en\ntraductions de certains faits en termes de th\u00e9orie \u00e9volutionniste, ou en\nd&rsquo;autres mots, de leur histoire. Si un organisme poss\u00e8de une structure sans\nfonction reconnue mais ressemblant \u00e0 la r\u00e9duction d&rsquo;une structure fonctionnelle\nexistant dans quelque autre forme, elle sera consid\u00e9r\u00e9e comme un\n\u00ab&nbsp;rudiment&nbsp;\u00bb dont l&rsquo;existence ne s&rsquo;explique que comme un vestige\ngraduellement d\u00e9valu\u00e9 venant d&rsquo;un anc\u00eatre lointain o\u00f9 ce vestige \u00e9tait bien\nd\u00e9velopp\u00e9 et fonctionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est clair que cette supposition n&rsquo;a aucune\nvaleur d\u00e9monstrative. Elle a besoin elle-m\u00eame d&rsquo;une d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 moins d&rsquo;adopter le postulat darwinien que tous\nles traits ont une valeur de survie, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de supposer qu&rsquo;ils\nont, ou ont jamais eu, des fonctions d\u00e9finies. Quelques pr\u00e9tendus rudiments,\ntels que les homologues des glandes mammaires chez l&rsquo;homme m\u00e2le, ne peuvent\npas, au seul vu des faits plausibles disponibles, avoir \u00e9t\u00e9 h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;un anc\u00eatre\nchez lequel ils \u00e9taient fonctionnels. D&rsquo;autres, que l&rsquo;on croyait inutiles, ont\ndes fonctions d\u00e9finies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;existence chez les baleines de dents transitoires\net de petits os enfouis dans la chair, mais correspondant au pelvis, au f\u00e9mur\net au tibia, est g\u00e9n\u00e9ralement regard\u00e9e comme preuve de leur descendance \u00e0\npartir d&rsquo;anc\u00eatres du type t\u00e9trapode avec dents fonctionnelles.<sup>15<\/sup>\nMais, d&rsquo;abord, certains anatomistes consid\u00e8rent que ces structures jouent un\nr\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement; deuxi\u00e8mement, nous n&rsquo;avons pas de preuve\nde descente d&rsquo;anc\u00eatres chez lesquels ces structures \u00e9taient plus fortement\nd\u00e9velopp\u00e9es; troisi\u00e8mement, il est clair que <strong>si elles existent maintenant, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;abord parce qu&rsquo;elles\nexistaient dans le pass\u00e9, mais parce que des causes pr\u00e9sentes agissent pour les\nproduire.<\/strong> Ce que de tels cas, comme ceux de \u00ab&nbsp;convergence&nbsp;\u00bb\nanatomique et d&rsquo;homologie, d\u00e9montrent en fait est qu&rsquo;il y a un grand nombre\nd&rsquo;organismes qui diff\u00e8rent consid\u00e9rablement dans les d\u00e9tails de structure tout\nen \u00e9tant construits selon le m\u00eame plan fondamental. Mais cela n&rsquo;est pas une\npreuve de leur descendance \u00e0 partir d&rsquo;un anc\u00eatre ayant ce type anatomique. Il\nfaudrait le prouver. On peut dire qu&rsquo;\u00e0 moins d&rsquo;admettre cela, on doit faire la\nsupposition encore plus difficile que de nombreux types complexes sont apparus\nde fa\u00e7on ind\u00e9pendante. C&rsquo;est un point, on s&rsquo;en souvient, que Darwin souleva\ncontre Lamarck. Mais, pour ma part, je ne me sens pas oblig\u00e9 d&rsquo;exprimer mon\nopinion sur ce sujet. Darwin lui-m\u00eame consid\u00e9rait que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9volution \u00e9tait\ninsatisfaisante tant que son m\u00e9canisme demeurait inexpliqu\u00e9. Je suis d&rsquo;accord,\net <strong>puisque personne ne m&rsquo;a expliqu\u00e9 de\nfa\u00e7on satisfaisante comment l&rsquo;\u00e9volution pouvait se produire, je ne me sens pas\ncontraint de dire qu&rsquo;elle s&rsquo;est produite.<\/strong> Je pr\u00e9f\u00e8re dire que, sur ce sujet,\nnotre information est inad\u00e9quate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Darwin a sugg\u00e9r\u00e9 dans <em>L&rsquo;Origine<\/em> que le d\u00e9veloppement de l&#8217;embryon fournit la preuve de\nl&rsquo;\u00e9volution. Il a postul\u00e9 que les caract\u00e8res apparaissent dans l&#8217;embryon au\nstade auquel ils se d\u00e9velopp\u00e8rent chez l&rsquo;anc\u00eatre, si bien que les nouveaux\nd\u00e9veloppements peuvent \u00eatre clou\u00e9s, pour ainsi dire, \u00e0 une phase du\nd\u00e9veloppement ancestral, puisque Darwin soutenait aussi que les petites\nvariations, dont, \u00e0 son avis, d\u00e9pendait l&rsquo;\u00e9volution <em>\u00ab&#8230; n&rsquo;apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement pas au tout d\u00e9but de la vie. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette id\u00e9e \u2014 \u00e9labor\u00e9e par d&rsquo;autres chercheurs \u2014\ndevint finalement, dans les mains de Haeckel, la \u00ab grande loi biog\u00e9n\u00e9tique \u00bb<sup>16<\/sup>\nselon laquelle l&rsquo;ontogen\u00e8se r\u00e9capitule la phylogen\u00e8se, ou encore, comme l&rsquo;ont\ndit ses propagandistes : l&rsquo;animal au cours de son d\u00e9veloppement <em>\u00ab remonte son arbre g\u00e9n\u00e9alogique. \u00bb<\/em> Une\nloi naturelle ne peut \u00eatre \u00e9tablie que comme une induction \u00e0 partir des faits.\nHaeckel \u00e9tait naturellement incapable de le faire. Ce qu&rsquo;il fit fut d&rsquo;arranger\nles formes de la vie animale en une s\u00e9rie allant du simple au complexe, en\nintercalant des entit\u00e9s imaginaires lorsqu&rsquo;il y avait discontinuit\u00e9, puis en\ndonnant aux phases embryonnaires les noms correspondant aux stades de la\npr\u00e9tendue s\u00e9rie \u00e9volutive. Les cas pour lesquels ce parall\u00e9lisme n&rsquo;existait pas\n\u00e9taient trait\u00e9s par le simple exp\u00e9dient de dire que le d\u00e9veloppement\nembryonnaire avait \u00e9t\u00e9 falsifi\u00e9. Lorsque la \u00ab&nbsp;convergence&nbsp;\u00bb des\nembryons n&rsquo;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait satisfaisante,<sup>17<\/sup> Haeckel modifiait\nles illustrations pour les adapter \u00e0 sa th\u00e9orie. Les falsifications \u00e9taient l\u00e9g\u00e8res\nmais significatives. La \u00ab&nbsp;loi biog\u00e9n\u00e9tique&nbsp;\u00bb comme preuve de\nl&rsquo;\u00e9volution est donc sans valeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un argument plus important aux yeux de Darwin\nlui-m\u00eame \u00e9tait la possibilit\u00e9 de classer les organismes. Toute vraie\nclassification, disait-il, est g\u00e9n\u00e9alogique. La descendance commune <em>\u00ab &#8230; est le lien cach\u00e9 que les naturalistes\nont cherch\u00e9 inconsciemment. \u00bb<\/em> L&rsquo;arrangement des groupes dans chaque classe,\n<em>\u00ab respectueux de la subordination et\nrelation aux autres groupes, doit \u00eatre strictement g\u00e9n\u00e9alogique pour \u00eatre\nnaturel. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et encore, <em>\u00ab\n&#8230; le syst\u00e8me naturel est g\u00e9n\u00e9alogique dans son agencement, comme un pedigree;\nmais les degr\u00e9s de modifications que les diff\u00e9rents groupes ont subis doivent\ns&rsquo;exprimer en les rangeant dans des genres, sous-familles, sections, ordres et\nclasses diff\u00e9rents. \u00bb<\/em> Ce que nous appelons le syst\u00e8me naturel de\nclassification est une preuve de l&rsquo;\u00e9volution puisqu&rsquo;il ne peut s&rsquo;expliquer que\npar l&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plausibilit\u00e9 de l&rsquo;argument est \u00e9vidente.\nPourtant elle n&rsquo;est pas aussi convaincante qu&rsquo;il appara\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue. Pour\nla th\u00e9orie dar\u00adwinienne, l&rsquo;\u00e9volution est essentiellement non dirig\u00e9e, elle\nn&rsquo;est que le r\u00e9\u00adsultat de la s\u00e9lection naturelle agissant sur de petites\nvariations fortuites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;argument implique express\u00e9ment que rien n&rsquo;est\nexempt de ce processus \u00e9volutif. Par cons\u00e9quent, <strong>la derni\u00e8re chose que nous devrions attendre, sur la base des principes\ndarwiniens, est la persistance de quelques plans structurels communs\nfondamentaux. C&rsquo;est pourtant ce que nous trouvons.<\/strong> Le monde animal, par\nexemple, peut \u00eatre divis\u00e9 en quelque dix grands groupes ou <em>phyla<\/em>, qui ne sont pas tous morphologiquement aussi coh\u00e9rents et\nnettement d\u00e9finis que nous le souhaiterions pour leur classification, mais qui\nsont n\u00e9anmoins des entit\u00e9s stables et d\u00e9finissables du point de vue taxonomique.\nTout animal identifiable ayant jamais exist\u00e9 peut \u00eatre rang\u00e9 parmi ces groupes.\nEn g\u00e9n\u00e9ral, les groupes subordonn\u00e9s sont eux-aussi bien d\u00e9finis. On peut dire\nau premier coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 quel Ordre ou Famille un insecte donn\u00e9 appartient.\nComme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, il y a souvent controverse et incertitude sur les\nd\u00e9finitions des genres, esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s; mais l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me\ntaxonomique appara\u00eet comme un arrangement ordonn\u00e9 d&rsquo;entit\u00e9s nettement\ndistinctes, qui sont telles parce qu&rsquo;elles sont s\u00e9par\u00e9es par des intervalles.\nDarwin expliquait ces intervalles avec l&rsquo;hypoth\u00e8se que les interm\u00e9diaires sont\nconstamment \u00e9limin\u00e9s par la s\u00e9lection naturelle. Je ne pense pas que l&rsquo;on\npuisse nous demander d&rsquo;accepter cette supposition non prouv\u00e9e comme un argument\nen faveur du darwinisme. Dans tous les cas, elle n&rsquo;a aucun rapport avec la\npersistance, tout au long des temps g\u00e9ologiques, et malgr\u00e9 les variations\nfortuites et la s\u00e9lection naturelle, des plans anatomiques fondamentaux\npr\u00e9sent\u00e9s par les grands groupes. Darwin a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises que les\ncaract\u00e8res h\u00e9rit\u00e9s depuis longtemps devenaient stables, et peut-\u00eatre\nconsid\u00e9rait-il que la persistance de types morphologiques pouvait s&rsquo;expliquer\nainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais sans introduire des consid\u00e9rations tout \u00e0 fait\n\u00e9trang\u00e8res \u00e0 son syst\u00e8me, nous ne pouvons pas expliquer pourquoi le type\nanatomique de l&rsquo;\u00c9chinoderme ou de l&rsquo;Insecte a continu\u00e9 d&rsquo;\u00eatre h\u00e9rit\u00e9. Comme\ntous les organismes que nous connaissons sont engendr\u00e9s par d&rsquo;autres\norganismes, il est naturel d&rsquo;interpr\u00e9ter la classification biologique en termes\nde g\u00e9n\u00e9alogie. Cependant toutes les choses qui peuvent \u00eatre class\u00e9es ne sont\npas forc\u00e9ment li\u00e9es par la g\u00e9n\u00e9ration. L&rsquo;arrangement des \u00e9l\u00e9ments chimiques et\nde leurs compos\u00e9s est une v\u00e9ritable classification, de m\u00eame que celui des\nformes g\u00e9om\u00e9triques, et pourtant aucune consid\u00e9ration de g\u00e9n\u00e9alogie n&rsquo;est\nimpliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vu sous cet angle, on voit facilement qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9\nle syst\u00e8me de classification des \u00eatres vivants est simplement bas\u00e9 sur les\ncaract\u00e9ristiques des organismes telles qu&rsquo;elles se pr\u00e9sentent ici et\nmaintenant. Le fondement de ces caract\u00e9ristiques actuelles est leur\nconstitution physico-chimique. Si nous voulons b\u00e2tir une classification\ng\u00e9n\u00e9alogique, nous ne pouvons pas le faire avec une collection d&rsquo;abstractions\ntir\u00e9e de notre r\u00e9partition des organismes existants; nous devons d\u00e9couvrir par\nquelles formes les organismes actuels sont r\u00e9ellement pass\u00e9s. Si de tels faits\nhistoriques ne peuvent pas \u00eatre attest\u00e9s, alors il est inutile de chercher des\nsubstituts, et du seul fait qu&rsquo;une classification est possible nous ne pouvons\ncertainement pas en d\u00e9duire qu&rsquo;elle est g\u00e9n\u00e9alogique et qu&rsquo;elle constitue une\npreuve quelconque de l&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9volution, si elle s&rsquo;est produite, peut dans un\nsens large \u00eatre qualifi\u00e9e de processus historique; par cons\u00e9quent pour montrer\nqu&rsquo;elle s&rsquo;est bien produite la preuve historique est n\u00e9cessaire. L&rsquo;Histoire, au\nsens strict, d\u00e9pend du t\u00e9moignage humain. Puisque cela n&rsquo;est pas disponible \u00e0\npropos du d\u00e9veloppement du monde de la vie, nous devons nous contenter de\nquelque chose de moins satisfaisant. La seule preuve disponible est celle des\nfossiles. Il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 \u00e0 la fois par les partisans et les adversaires de\nla doctrine \u00e9volutionniste, que m\u00eame si nous pouvons d\u00e9montrer la succession\nchronologique de certains organismes, ce n&rsquo;est pas une preuve de descendance.\nCeci peut para\u00eetre ressembler \u00e0 une finasserie. Si nous mettons dans une cage\nune paire de mouches et la laissons se reproduire, nous ne doutons pas que les\nmouches vivantes que nous trouverons dans un mois seront les descendants de la\npaire initiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, si dans une formation g\u00e9ologique\napparemment non perturb\u00e9e nous trouvons \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur des coquilles\nd&rsquo;escargots tr\u00e8s semblables \u00e0 celles d&rsquo;un niveau inf\u00e9rieur, nous pouvons\nraisonnablement conclure qu&rsquo;il existe une connexion g\u00e9n\u00e9alogique entre les deux\ngroupes, m\u00eame si nous ne pouvons pas suivre la descendance d&rsquo;individu \u00e0\nindividu, comme requise dans un v\u00e9ritable arbre de famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par cons\u00e9quent, si nous trouvions dans les strates\ng\u00e9ologiques une s\u00e9rie de fossiles montrant une transition graduelle de formes\nsimples \u00e0 des formes complexes et si nous \u00e9tions certains qu&rsquo;elle correspond \u00e0\nune v\u00e9ritable s\u00e9quence chronologique, alors nous serions enclins \u00e0 penser que\nl&rsquo;\u00e9volution darwinienne a eu lieu, m\u00eame si son m\u00e9canisme demeure inconnu.<sup>18<\/sup>\nCela est certainement ce que Darwin aurait aim\u00e9 \u00e9crire, mais \u00e9videmment il\n\u00e9tait incapable de le faire. Ce que les donn\u00e9es disponibles montraient \u00e9tait la\nremarquable absence des nombreuses formes interm\u00e9diaires que r\u00e9clamait sa\nth\u00e9orie, l&rsquo;absence des types primitifs qui auraient d\u00fb se trouver dans les\nstrates consid\u00e9r\u00e9es comme les plus anciennes, et l&rsquo;apparition soudaine des\nprincipaux groupes taxonomiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ces difficult\u00e9s, Darwin ne put que regretter\nl&rsquo;imperfection des documents g\u00e9ologiques, et sugg\u00e9rer que si ceux-ci avaient\n\u00e9t\u00e9 parfaits, ils auraient apport\u00e9 la preuve de ses vues. Il est donc clair que\nles preuves pal\u00e9ontologiques \u00e0 sa disposition, puisqu&rsquo;elles n&rsquo;avaient pas\nconduit les naturalistes comp\u00e9tents \u00e0 croire en l&rsquo;\u00e9volution, ne pouvaient\njustifier qu&rsquo;une suspension du jugement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, l&rsquo;\u00e9tat des fossiles est insatisfaisant,\npuisque les tissus mous ont g\u00e9n\u00e9ralement disparu, ne laissant que la structure\ndu squelette, souvent tr\u00e8s d\u00e9form\u00e9e. Les insectes fossiles du groupe qui m&rsquo;est\nle plus familier ne peuvent pas \u00eatre identifi\u00e9s avec pr\u00e9cision, m\u00eame au genre\npr\u00e8s. Il est \u00e9vident que beaucoup d&rsquo;organismes maintenant \u00e9teints ont exist\u00e9\ndans le pass\u00e9, mais nous ne pourrons jamais les conna\u00eetre comme nous\nconnaissons les formes vivantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La succession chronologique des fossiles fait aussi\nl&rsquo;objet d&rsquo;un doute, car il semble que, g\u00e9n\u00e9ralement, l&rsquo;\u00e2ge des roches n&rsquo;est pas\nd\u00e9termin\u00e9 par leurs caract\u00e8res intrins\u00e8ques mais par les fossiles qu&rsquo;elles\ncontiennent, tandis que la succession des fossiles est d\u00e9termin\u00e9e par la\nsuccession des strates. On pensait aussi que les fossiles devaient appara\u00eetre\ndans un certain ordre, correspondant en gros aux \u00e9tapes du d\u00e9veloppement\nembryologique. En fait, les strates, et donc les fossiles qu&rsquo;elles contiennent,\nne se pr\u00e9sentent pas toujours dans l&rsquo;ordre attendu. Dans certaines parties du\nmonde, par exemple, le Cambrien, consid\u00e9r\u00e9 comme la formation fossilif\u00e8re la\nplus ancienne, repose sur le Cr\u00e9tac\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme relativement r\u00e9cent; dans\nd&rsquo;autres parties du monde, le Cr\u00e9tac\u00e9 o\u00f9 les lits tertiaires apparaissent en\nlieu et place du Cambrien, directement sur le granite. Parfois la nature des\nd\u00e9p\u00f4ts tend \u00e0 faire croire qu&rsquo;ils sont chronologiquement continus puisqu&rsquo;ils ne\nse distinguent que par les fossiles qu&rsquo;ils contiennent. Diverses hypoth\u00e8ses ont\n\u00e9t\u00e9 \u00e9mises pour expliquer ces entorses \u00e0 la th\u00e9orie, et bien qu&rsquo;elles soient\nsouvent le sujet de controverse entre g\u00e9ologues, je ne sugg\u00e8re pas que les\nprobl\u00e8mes auxquels elles se r\u00e9f\u00e8rent soient insolubles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, il me semble d&rsquo;abord que Darwin,\ndans <em>L&rsquo;Origine<\/em>, ne fut pas capable d&rsquo;avancer\nune preuve pal\u00e9ontologique suffisante pour \u00e9tayer ses vues et que la preuve\nqu&rsquo;il donna leur \u00e9tait contraire; et je puis dire que la situation n&rsquo;est pas\ntr\u00e8s diff\u00e9rente aujourd&rsquo;hui. Les pal\u00e9ontologues darwiniens modernes sont\noblig\u00e9s, comme leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs et comme Darwin, d&rsquo;\u00e9dulcorer les faits avec\ndes hypoth\u00e8ses subsidiaires qui, m\u00eame plausibles, sont par leur nature m\u00eame\ninv\u00e9rifiables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a dit que, bien que nous ne trouvions pas dans\nles d\u00e9p\u00f4ts g\u00e9ologiques les interm\u00e9diaires requis par la th\u00e9orie darwinienne,\nquelques interm\u00e9diaires tr\u00e8s frappants ont \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9s, dont l&rsquo;exemple\nclassique souvent cit\u00e9, est <strong>l&rsquo;Arch\u00e9opt\u00e9ryx.<\/strong><sup>19<\/sup>\nPour moi, cependant, il me semble que puisque les strates g\u00e9ologiques\nrepr\u00e9sentent probablement des conditions d&rsquo;environnement tr\u00e8s diff\u00e9rentes de\ncelles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les pr\u00e9l\u00e8vements qui y sont faits peuvent \u00eatre tenus pour\ncorrespondant \u00e0 ceux qui sont faits en Europe continentale ou sous les\nTropiques par rapport \u00e0 la flore et la faune des \u00eeles Britanniques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec l&rsquo;extension de la gamme de nos collectes, nous\nenrichissons in\u00e9vitablement notre repr\u00e9sentation de divers groupes, entra\u00eenant\nn\u00e9cessairement et fatalement l&rsquo;apparition d&rsquo;interm\u00e9diaires entre les formes\npr\u00e9lev\u00e9es dans la r\u00e9gion limit\u00e9e de notre point de d\u00e9part. Reconna\u00eetre ce fait,\nrelativement aux collectes d&rsquo;organismes existant ici et maintenant, ne nous\ncontraint pas n\u00e9cessairement \u00e0 une opinion quelconque sur l&rsquo;origine des\nesp\u00e8ces; et la m\u00eame chose est vraie des collectes de fossiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>De\nl&rsquo;Origine des esp\u00e8ces<\/em> a converti la majorit\u00e9 de ses lecteurs \u00e0 une foi\nen l&rsquo;\u00e9volution darwinienne. Nous devons maintenant nous demander si cela fut un\nbienfait sans m\u00e9lange pour la biologie et pour l&rsquo;humanit\u00e9. Sir Arthur Keith,\ncomme nous l&rsquo;avons vu, n&rsquo;avait aucun doute \u00e0 ce sujet. Certains des\npropagandistes darwiniens \u00e9taient m\u00eame plus positifs encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parlant dans son <em>Anthropogenie<\/em> de la controverse \u00e9volutionniste, Haeckel affirma que\ndans cette bataille intellectuelle qui passionnait toutes les parties pensantes\nde l&rsquo;humanit\u00e9 et pr\u00e9parait pour l&rsquo;avenir une soci\u00e9t\u00e9 vraiment humaine, nous\nvoyions d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, sous la splendide banni\u00e8re de la science, la lib\u00e9ration de\nl&rsquo;esprit, la v\u00e9rit\u00e9, la raison, la civilisation, le d\u00e9veloppement et le\nprogr\u00e8s. Dans l&rsquo;autre camp, sous la banni\u00e8re de la hi\u00e9rarchie, la servitude\nintellectuelle, l&rsquo;erreur, l&rsquo;irrationalit\u00e9, les modes de vie barbares, la\nsuperstition et la d\u00e9cadence. Tr\u00e8s r\u00e9cemment, un propagandiste de l&rsquo;\u00e9volution a\ndit que sans la doctrine de l&rsquo;\u00e9volution, la biologie, sauf dans certains\ndomaines restreints, devenait inintelligible.<sup>20<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me trouve incapable d&rsquo;accepter ces id\u00e9es. Je ne\nconteste pas le fait que l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;id\u00e9e \u00e9volutionniste, d\u00fb\nprincipalement \u00e0 <em>L&rsquo;Origine,<\/em> stimula\ngrandement la recherche biologique. Mais il m&rsquo;appara\u00eet que, justement \u00e0 cause\nde la nature du stimulus, une grande partie de ce travail fut orient\u00e9e dans des\ndirections st\u00e9riles ou consacr\u00e9e \u00e0 la poursuite de feux follets. Je ne suis pas\nle seul biologiste de cet avis. La conviction darwinienne que l&rsquo;\u00e9volution\nr\u00e9sulte de la s\u00e9lection naturelle agissant sur de petites variations fortuites\ndevait retarder d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, dit Guy\u00e9not, le progr\u00e8s des recherches sur\nl&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les recherches vraiment fructueuses sur l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9\nn&rsquo;ont pas commenc\u00e9 avant la red\u00e9couverte en <strong>1900<\/strong> de l&rsquo;\u0153uvre fondamentale de Mendel, publi\u00e9e en <strong>1865<\/strong> et qui ne devait rien \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de\nDarwin. Dans son grand ouvrage <em>Growth and\nForm<\/em>,<sup>21<\/sup> D&rsquo;Arcy Thompson nota l&rsquo;effet d\u00e9bilitant de la th\u00e9orie\ndarwinienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\nAussi longtemps que les \u00ab\u00a0variations fortuites\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0survivance\ndu plus apte\u00a0\u00bb demeurent enracin\u00e9es comme hypoth\u00e8ses fondamentales et\nsatisfaisantes dans la philosophie de la biologie, aussi longtemps ces\n\u00ab\u00a0causes sp\u00e9cieuses et satisfaisantes\u00a0\u00bb retarderont \u00ab\u00a0l&rsquo;enqu\u00eate\ns\u00e9rieuse et minutieuse\u00a0\u00bb au grand pr\u00e9judice des d\u00e9couvertes futures. \u00bb<\/em> Beaucoup de\ntemps fut perdu \u00e0 produire des arbres g\u00e9n\u00e9alogiques inv\u00e9rifiables. Par exemple,\navec des arguments plausibles mais peu convaincants, les zoologistes ont\n\u00ab&nbsp;d\u00e9montr\u00e9&nbsp;\u00bb la descendance des vert\u00e9br\u00e9s \u00e0 partir de presque chaque\ngroupe des invert\u00e9br\u00e9s. Durant les trente ann\u00e9es de <strong>1870 \u00e0 1900,<\/strong> il y eut une immense concentration d&rsquo;efforts en\nembryologie, inspir\u00e9s par la \u00ab&nbsp;loi biog\u00e9n\u00e9tique&nbsp;\u00bb. Ici encore,\nl&rsquo;objectif principal \u00e9tait le d\u00e9pistage des anc\u00eatres. L&rsquo;essai d&rsquo;expliquer le\nd\u00e9veloppement d&rsquo;apr\u00e8s ses causes physiques r\u00e9elles fut rejet\u00e9 avec m\u00e9pris par\ndes auteurs comme Haeckel. <em>\u00ab &#8230;Nous\navons mieux \u00e0 faire en embryologie, <\/em>dit l&rsquo;un d&rsquo;eux<em>, que de discuter les tensions des couches embryonnaires et autres\nquestions semblables puisque, n\u00e9cessairement, toutes les explications doivent\n\u00eatre de nature phylog\u00e9n\u00e9tique. \u00bb <\/em>Peu \u00e0 peu, on comprit que cet objectif\n\u00e9tait hors d&rsquo;atteinte. L&#8217;embryologie alors cessa d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la mode. Les\ntaxonomistes aussi suivirent le mouvement, en construisant d&rsquo;hypoth\u00e9tiques\nanc\u00eatres pour leurs groupes et en expliquant la d\u00e9rivation des formes actuelles\n\u00e0 partir de ces entit\u00e9s imaginaires. Je ne nie \u00e9videmment pas qu&rsquo;une grande\nquantit\u00e9 d&rsquo;informations pr\u00e9cieuses fut acquise par ces \u00e9tudes, mais je crois\nqu&rsquo;elle aurait pu \u00eatre obtenue plus efficacement sur une base purement\nobjective. Mon impression est aussi que, bien que cela rest\u00e2t improductif d&rsquo;un\npoint de vue darwinien, ceci ne fut g\u00e9n\u00e9ralement pas reconnu. Les lacunes des donn\u00e9es\n\u00e9taient rapi\u00e9c\u00e9es avec des hypoth\u00e8ses, et le lecteur en garde l&rsquo;impression que,\nsi les faits ne soutiennent pas la th\u00e9orie, ils devraient vraiment le faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un\neffet durable et regrettable du succ\u00e8s de<em>\nL&rsquo;Origine <\/em>fut l&rsquo;accoutumance des biologistes \u00e0 la sp\u00e9culation inv\u00e9rifiable.<\/strong> Des\n\u00ab&nbsp;explications&nbsp;\u00bb sur l&rsquo;origine des structures, des instincts et\naptitudes mentales de toutes sortes, en termes de principes darwiniens, marqu\u00e9s\nde la plausibilit\u00e9 darwinienne mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment inv\u00e9rifiables, sortirent \u00e0\nflots de chaque centre de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sp\u00e9culations sur l&rsquo;origine et la signification\ndes ressemblances entre animaux, ou entre les animaux et leur environnement et\nla signification des motifs de couleur frappants qu&rsquo;ils montrent souvent, en\nconstituent un des exemples les mieux connus. Dans l&rsquo;article sur le Mim\u00e9tisme\nde la 14<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9dition de l&rsquo;<em>Encyclop\u00e6dia\nBritannica<\/em>, nous trouvons une remarquable explication de la forme des\ninsectes tropicaux appartenant au groupe des \u00ab&nbsp;porte-lanternes&nbsp;\u00bb. La\nt\u00eate de ces insectes, qui n&rsquo;est pas tr\u00e8s grande, ressemble, en miniature, \u00e0 la\nt\u00eate d&rsquo;un alligator prolong\u00e9e par un museau \u00e0 la base duquel se trouve une\nprotub\u00e9rance ressemblant \u00e0 un \u0153il tandis que, le long du c\u00f4t\u00e9, des formations\nressemblent \u00e0 de minuscules dents. Aussi curieuse que soit la ressemblance, il\ns&rsquo;agit manifestement d&rsquo;une pure co\u00efncidence. L&rsquo;insecte dans son ensemble ne\nressemble pas du tout \u00e0 un alligator. Cependant, pour l&rsquo;auteur darwinien de\nl&rsquo;article, nous tenons ici un exemple de d\u00e9veloppement d&rsquo;une ressemblance\nprotectrice par la s\u00e9lection naturelle. La similitude entre la t\u00eate de\nl&rsquo;insecte et celle de l&rsquo;alligator est une protection contre les singes. Le\nsinge ne confond pas vraiment l&rsquo;insecte avec l&rsquo;alligator, mais la vue de sa\nt\u00eate lui rappelle le jour o\u00f9 un alligator faillit l&rsquo;attraper alors qu&rsquo;il\ns&rsquo;abreuvait dans un ruisseau. Voici l&rsquo;effet des fantasmes darwiniens sur la\npens\u00e9e biologique !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le\nsucc\u00e8s du darwinisme fut accompagn\u00e9 par un d\u00e9clin de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 scientifique. <\/strong>Ce fut d\u00e9j\u00e0\n\u00e9vident avec les affirmations t\u00e9m\u00e9raires de Haeckel <sup>22<\/sup> et\nl&rsquo;argumentation changeante, tortueuse et th\u00e9\u00e2trale de Thomas H. Huxley. Un\nexemple frappant, d\u00e9couvert seulement r\u00e9cemment, est celui de la modification\ndu cr\u00e2ne mis au jour \u00e0 Piltdown afin de pouvoir l&rsquo;utiliser comme preuve de la\ndescendance de l&rsquo;homme du singe.<sup>23<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais m\u00eame avant cela, un cas semblable de\ntripatouillage de preuve fut finalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par l&rsquo;inventeur du\nPith\u00e9canthrope<sup>24<\/sup>, qui admit, de nombreuses ann\u00e9es apr\u00e8s son rapport\nsensationnel, qu&rsquo;il avait trouv\u00e9 dans la m\u00eame fouille des os incontestablement\nhumains. Bien que ces faits soient maintenant bien connus, un ouvrage publi\u00e9 en\n1943 accepte encore le diagnostic du <em>Pith\u00e9canthrope<\/em>\ndonn\u00e9 par Dubois comme \u00e9tant une cr\u00e9ature avec un f\u00e9mur de forme humaine\npermettant la station debout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a peu (<strong>1947<\/strong>),\nune exposition \u00e0 Londres, destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation du public, pr\u00e9sentait le\nd\u00e9veloppement de l&rsquo;homme de telle sorte qu&rsquo;il insinuait la v\u00e9rit\u00e9 de la \u00ab&nbsp;loi\nbiog\u00e9n\u00e9tique&nbsp;\u00bb; et dans la m\u00eame exposition se trouvaient des\nreconstitutions probl\u00e9matiques montrant la descendance de l&rsquo;homme en y incluant\nl&rsquo;homme de Piltdown.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous le savons, il demeure de grandes\ndivergences d&rsquo;opinion entre biologistes, non seulement sur les causes de\nl&rsquo;\u00e9volution mais m\u00eame sur son processus r\u00e9el. Ces divergences existent parce\nque la preuve n&rsquo;est pas satisfaisante et ne permet aucune conclusion certaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est donc juste et appropri\u00e9 d&rsquo;attirer\nl&rsquo;attention du public non scientifique sur les d\u00e9saccords \u00e0 propos de l&rsquo;\u00e9volution.\nMais quelques remarques r\u00e9centes d&rsquo;\u00e9volutionnistes montrent qu&rsquo;ils trouvent\ncela d\u00e9raisonnable. <strong>Cette situation o\u00f9\ndes scientifiques prennent la d\u00e9fense d&rsquo;une doctrine qu&rsquo;ils sont incapables de\nd\u00e9finir scientifiquement et encore moins de d\u00e9montrer avec rigueur\nscientifique, essayant de maintenir son cr\u00e9dit dans le public par la\nsuppression des critiques et l&rsquo;\u00e9limination des difficult\u00e9s est une situation\nanormale et ind\u00e9sirable en science.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est difficile d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;impact de <em>L&rsquo;Origine<\/em> sur la mentalit\u00e9 publique. Il\ndoit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en union avec l&rsquo;ouvrage ult\u00e9rieur de Darwin, <em>L&rsquo;Ascendance de l&rsquo;Homme<\/em>, et avec les\n\u00e9crits de ses partisans dans plusieurs pays. Cependant, sir Arthur Keith a dit\nque Darwin lui-m\u00eame avait fait plus que quiconque pour lever <em>\u00able voile de la superstition\u00bb<\/em> dans\nl&rsquo;humanit\u00e9 et, en un autre endroit, que le darwinisme est <em>\u00ab une doctrine fondamentale de la liturgie rationaliste. \u00bb <\/em>Ces\nremarques laissent entendre qu&rsquo;\u00e0 son avis le d\u00e9clin de la foi dans le\nsurnaturel, et probablement le d\u00e9clin du christianisme, sont largement dus \u00e0\nl&rsquo;influence de Darwin. Je crois qu&rsquo;il y a beaucoup \u00e0 dire en faveur de cette\nopinion. Il est vrai que dans <em>L&rsquo;Origine <\/em>Darwin\nparle de la vie comme \u00ab ayant \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e initialement \u00e0 quelques formes ou \u00e0\nune seule\u00bb; et il fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un Cr\u00e9ateur<sup>25<\/sup>. D&rsquo;autre part, il\ns&rsquo;\u00e9levait contre la g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, soutenue par Lamarck. Mais je crois\nque cette objection s&rsquo;adressait surtout \u00e0 une id\u00e9e qui aurait limit\u00e9\nl&rsquo;extension explicative de sa propre th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que l&rsquo;ouvrage de Darwin ne contienne aucune\nattaque directe contre la vision chr\u00e9tienne du monde, il lui est oppos\u00e9 sur de\nnombreux points cruciaux. Le r\u00e9cit biblique de la cr\u00e9ation des \u00eatres vivants\npeut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9, et l&rsquo;a souvent \u00e9t\u00e9, d&rsquo;une mani\u00e8re plus ou moins\ncompatible avec la doctrine de l&rsquo;\u00e9volution. Des propagandistes tels que T. H.\nHuxley, ont pourtant fait tous leurs efforts pour freiner cette possibilit\u00e9 et\nprouver que l&rsquo;orthodoxie chr\u00e9tienne implique une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de la\n<em>Gen\u00e8se<\/em>, irr\u00e9conciliable avec\nl&rsquo;\u00e9volutionnisme. Darwin lui-m\u00eame, bien qu&rsquo;il e\u00fbt au commencement quelques\nid\u00e9es vaguement chr\u00e9tiennes, les abandonna bien vite et cessa de croire en la\nr\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La doctrine de l&rsquo;\u00e9volution par s\u00e9lection naturelle,\ntelle que formul\u00e9e par Darwin et telle que ses disciples l&rsquo;expliquent encore, a\nun fort parfum antireligieux. C&rsquo;est d\u00fb au fait que les adaptations complexes et\nles coordinations que nous voyons chez les \u00eatres vivants, en \u00e9voquant\nnaturellement l&rsquo;id\u00e9e de finalit\u00e9 et de dessein, et donc d&rsquo;une Providence\nintelligente, sont expliqu\u00e9es, selon ce qui semble un argument rigoureux, comme\nr\u00e9sultant du hasard. On peut dire, et les th\u00e9ologiens les plus orthodoxes le\nsoutiennent, que Dieu contr\u00f4le et dirige aussi les \u00e9v\u00e9nements dus au hasard;\nmais les darwiniens rejettent cat\u00e9goriquement cette affirmation et il est clair\nque dans le livre de Darwin l&rsquo;\u00e9volution est pr\u00e9sent\u00e9e comme un processus\nessentiellement non dirig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pour\nla majorit\u00e9 de ses lecteurs donc, <em>De\nl&rsquo;Origine<\/em> a bel et bien fait s&rsquo;\u00e9vanouir la preuve d&rsquo;un contr\u00f4le\nprovidentiel sur l&rsquo;univers.<\/strong> On pourra dire que c&rsquo;est par leur propre faute.\nN\u00e9anmoins l&rsquo;\u00e9chec de Darwin et de ses successeurs \u00e0 tenter une \u00e9valuation\n\u00e9quitable des questions religieuses en jeu, r\u00e9v\u00e8le une stupidit\u00e9 regrettable et\nun manque de responsabilit\u00e9. En outre, sur un plan purement philosophique, la\ndoctrine darwinienne de l&rsquo;\u00e9volution comporte quelques difficult\u00e9s que Darwin et\nHuxley \u00e9taient incapables d&rsquo;appr\u00e9cier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre les organismes simplement vivants, ceux qui\nvivent et \u00e9prouvent des sensations et ceux qui vivent, ont des sensations et\nune raison, il existe, de l&rsquo;avis de respectables philosophes, de brusques\ntransitions correspondant \u00e0 une ascension dans l&rsquo;\u00e9chelle des \u00eatres, et ils\npensent que les forces du monde mat\u00e9riel ne peuvent pas produire de telles\ntransitions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;essaierai pas de discuter ici cette difficile\nquestion. N\u00e9anmoins, il est clair que cette conception a toujours \u00e9t\u00e9 celle de\nl&rsquo;humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Que les plantes, les animaux et l&rsquo;homme puissent \u00eatre\ndistingu\u00e9s parce qu&rsquo;ils sont radicalement diff\u00e9rents, est une conviction de bon\nsens, ou l&rsquo;\u00e9tait du moins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Darwin. Les biologistes sont\nencore d&rsquo;accord pour une s\u00e9paration entre les plantes et les animaux, mais l&rsquo;id\u00e9e\nque la diff\u00e9rence entre l&rsquo;homme et l&rsquo;animal soit seulement de degr\u00e9 est\nmaintenant si r\u00e9pandue chez eux que m\u00eame les psychologues ne cherchent plus \u00e0\nutiliser de mots comme \u00ab&nbsp;raison&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;intelligence&nbsp;\u00bb selon\nleur sens exact.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 \u00e9liminer, au moyen de\nsp\u00e9culations inv\u00e9rifiables, les limites des cat\u00e9gories que nous offre la\nNature, est l&rsquo;h\u00e9ritage l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la biologie par <em>L&rsquo;Origine <\/em>des esp\u00e8ces. Pour \u00e9tablir la continuit\u00e9 que demande la\nth\u00e9orie, on invoque des arguments historiques bien que la preuve historique\nfasse d\u00e9faut. Ainsi sont construites ces fragiles tours d&rsquo;hypoth\u00e8ses empil\u00e9es\nles unes sur les autres, o\u00f9 r\u00e9alit\u00e9 et fiction s&rsquo;entrem\u00ealent dans une\ninextricable confusion. Que ces constructions r\u00e9pondent \u00e0 un app\u00e9tit naturel,\ncela ne fait aucun doute. Il est \u00e9galement certain que dans son livre Darwin a\ncr\u00e9\u00e9 ce que l&rsquo;on peut appeler la m\u00e9thode classique pour satisfaire cet app\u00e9tit.\nNous commen\u00e7ons \u00e0 r\u00e9aliser que la m\u00e9thode est douteuse et la satisfaction\nillusoire. Mais pour comprendre notre propre pens\u00e9e, pour voir quelles erreurs\nnous devons \u00e9radiquer afin d&rsquo;\u00e9tablir la biologie sur une base scientifique,\nnous pouvons encore revenir avec profit au livre-source qu&rsquo;est <em>De l&rsquo;Origine des esp\u00e8ces.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Notes :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1. <em>Everyman&rsquo;s Library Edition\nof the Origin of Species <\/em>(n\u00b0\n811), Londres, J.M. Dent &amp; Sons, Ltd., 1956. Les passages\nsoulign\u00e9s l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 par nous. Traduit par Claude Eon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2 . <em>De l&rsquo;Or<\/em><em>igine, <\/em>ch. 15.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3.<em> Op. cit., <\/em>ch. 1, 2 et 5.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4. <em>Ibid.<\/em> ch. 2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5. <em>Ibid.<\/em> ch. 3.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6. <em>Ibid.<\/em> ch. 10 et 11. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7. <em>Ibid<\/em>. ch. 14.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8. Armand de Quatrefages, <em>Charles\nDarwin et ses pr\u00e9curseurs fran\u00e7ais.<\/em> <em>\u00c9tude\nsur le transformisme,<\/em> Paris, G. Bailli\u00e8re, 1870, pp.154-159. Voir aussi <em>Darwin, Life and Letters,<\/em> vol. 3,\npp.117-118.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9. Ce point est marqu\u00e9 de fa\u00e7on frappante par le Pr Nilsson dans son\nimportant ouvrage <em>Synthetische Artbildung\n:<\/em> \u00abUn examen serr\u00e9 d\u00e9couvre l&rsquo;impossibilit\u00e9 empirique inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e\nd&rsquo;\u00e9volution. Si nous disons que <em>Homo<\/em>\na \u00e9volu\u00e9 depuis <em>Am\u0153ba<\/em> durant des\nmillions d&rsquo;ann\u00e9es, nous ne trouvons pas cela impossible parce que les\ndiff\u00e9rences entre les esp\u00e8ces n&rsquo;offrent pas de points de comparaison et que la\ndistance entre les esp\u00e8ces est biologiquement incompr\u00e9hensible. Mais si, comme\nlien dans la cha\u00eene nous choisissons des animaux quelque peu plus semblables \u00e0\nl&rsquo;homme, l&rsquo;acceptation ne vient pas aussi facilement \u00e0 notre esprit.\nL&rsquo;affirmation que l&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 successivement morue, grenouille, crocodile,\nornithorynque et gorille, fait regimber la pens\u00e9e parce que de tels changements\nsont \u00e9trangers \u00e0 notre compr\u00e9hension empirique; ils sont dans leur \u00e9l\u00e9ment dans\n<em>Alice au pays des merveilles.<\/em> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10. Ce point est expos\u00e9 plus en d\u00e9tail et avec comp\u00e9tence par le Pr R.\nGood dans son article \u00ab&nbsp;Natural Selection Re-examined&nbsp;\u00bb, <em>The Listener,<\/em> 7 mai 1959, pp. 797-799.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11. \u00c9mile Guy\u00e9not (1885-1963), enseigna \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Cf.\nson<br>\n<em>Les Sciences de la vie aux 17<sup>\u00e8me<\/sup>\net 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles; l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9volution,<\/em> BM. 9010 a 1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12. Ndlr. Comme Darwin croyait \u00e0 l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis, la\nsimplicit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9tique mend\u00e9lienne (par ailleurs incompatible avec sa\nth\u00e9orie) ne pouvait que lui \u00e9chapper. Sa notion de \u00ab&nbsp;gemmule&nbsp;\u00bb visait\n\u00e0 rendre compatible la transmission de traits h\u00e9r\u00e9ditaires et de variations\nacquises. Ce fut sans doute une des causes de \u00ab&nbsp;l&rsquo;oubli&nbsp;\u00bb des travaux\nde Mendel durant 50 ans : le temps n\u00e9cessaire pour que la th\u00e9orie des mutations\nv\u00eent donner le sentiment que des mutations (h\u00e9r\u00e9ditaires) pourraient expliquer\nl&rsquo;\u00e9volution. Malheureusement pour les \u00e9volutionnistes, les mutations n&rsquo;ont\njamais fait appara\u00eetre le moindre organe nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13. Note de Jean-Fran\u00e7ois Moreel : en fait, ce n&rsquo;est pas dans <em>De l&rsquo;Origine des esp\u00e8ces <\/em>que ce point\nest d\u00e9velopp\u00e9, mais dans <em>La Variation des\nanimaux et des plantes domestiques<\/em> (Londres, John Murray, 1868), ouvrage\ndont les darwiniens ne parlent jamais, tellement ils en ont honte pour Darwin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">14. Ndlr. On parle alors de \u00ab&nbsp;sp\u00e9ciation&nbsp;\u00bb, mais cette\nsubdivision d&rsquo;une esp\u00e8ce taxonomique ne voit jamais appara\u00eetre d&rsquo;organes\nnouveaux; il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;\u00e9volution au sens propre (la pr\u00e9tendue\nmacro-\u00e9volution). Les diff\u00e9rentes formes de becs entre les pinsons des\nGal\u00e1pagos r\u00e9sultent de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, et les naturalistes discutent encore entre\neux pour savoir s&rsquo;il s&rsquo;agissait de vari\u00e9t\u00e9s au sein d&rsquo;une esp\u00e8ce ou d&rsquo;esp\u00e8ces\ndistinctes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">15. Voir par exemple : <em>The Evolution Theory in its Relation to\nTooth Replacement,<\/em> F. Gordon Cawston, E.P.M. Brochure n\u00b0 29. (BM, WP\n12598).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">16. E. Haeckel, <em>The Evolution of Man,<\/em> 1905, vol. II, Histoire de la tige humaine ou phylog\u00e9nie, pp.413-414\n(B.M. 7001 r 4).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">17. Cf. <em>Haeckel&rsquo;s Frauds and Forgeries,<\/em> par J.\nAssmuth &amp; E.R. Hull, 1915 (B.M. 7006 aaa 51).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">18. <em>De l&rsquo;Origine,<\/em> ch. 10. Il\nest pertinent de noter que l&rsquo;\u00e9minent historien et philosophe Oswald Spengler,\ndans son <em>D\u00e9clin de l&rsquo;Occident<\/em> (1918),\nremarquait : <em>\u00abIl n&rsquo;y a pas de r\u00e9futation\nplus concluante du darwinisme que celle fournie par la pal\u00e9ontologie. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">19. Cf. <em>Arch\u0153opteryx\u2014 Not a Link,<\/em> de C.E.A.\nTurner, E.P.M. Brochure n\u00b0 76 (B.M. WP 12598).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">20. Il s&rsquo;agit de Theodosius\nDobzhansky (1900-1975), dans son essai <em>Nothing\nin Biology Makes Sense Except in the Light of Evolution,<\/em> 1973 [NdT].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">21. La liste compl\u00e8te des \u00e9crits de D&rsquo;Arcy Wentworth Thompson se trouve\ndans <em>Essays on Growth and Form<\/em>\nofferts \u00e0 D&rsquo;Arcy W. Thompson, 1942 (B.M. 7008 b 22).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">22. Cf. <em>Haeckel&rsquo;s Fallacies<\/em> de R. Blake, 1908\n(B.M. 4018 h31).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">23. <em>The Piltdown Forgery,<\/em> Dr Weiner. <em>The Solution of the Piltdown Problem.<\/em> J.S. Weiner, K.P. Oakley and\nW.E. Le Gros Clark. B.M. (NH) <em>Geology,<\/em> vol. 2, n\u00b0 3, 1953. Avant que\nle lecteur ne tire une conclusion, il ne devrait pas manquer de consulter <em>Lessons of Piltdown<\/em> de Francis Vere,\n\u00e9dit. E.P.M., 1959. Le savant professeur est trop g\u00e9n\u00e9reux. Toute l&rsquo;approche de\nl&rsquo;origine de l&rsquo;homme dans les grands mus\u00e9es du monde est bas\u00e9e sur des\nreconstitutions, dont la validit\u00e9 est sujette \u00e0 s\u00e9rieuse critique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des reconstitutions enti\u00e8res de l&rsquo;homme primitif, bas\u00e9es sur la plus\npetite d\u00e9couverte inv\u00e9rifi\u00e9e, sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es imprudemment dans la\nlitt\u00e9rature destin\u00e9e au public profane. Lorsqu&rsquo;ensuite la reconstitution est\nd\u00e9montr\u00e9e fausse, aucune r\u00e9paration appropri\u00e9e n&rsquo;est offerte pour \u00e9claircir\ntout malentendu. Aucun \u00e9tudiant de l&rsquo;\u00e9volution ne devrait se priver du plaisir\nde consulter <em>The Illustrated London News<\/em>\ndu 24 juin 1922, pp. 942, 943 &amp; 944. L&rsquo;enti\u00e8re double page de ce magazine\nluxueux est consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;<em>Hesperopithecus,\n<\/em>Homme Singe du monde occidental, page \u00e9crite par nul autre que la sommit\u00e9\nde l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;\u00e9tait alors sir Grafton Elliot Smith, F.R.S., professeur\nd&rsquo;anatomie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Londres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <em>Hesperopithecus<\/em> (m\u00e2le et\nfemelle) y sont montr\u00e9s fol\u00e2trant, entour\u00e9s par le cheval primitif <em>Pliohippus<\/em>, les antilopes <em>Ilingoceras<\/em> et le rhinoc\u00e9ros sans corne.\nLa reconstitution de l&rsquo;<em>Hesperopithecus<\/em>\nrepose sur l&rsquo;unique d\u00e9couverte, faite par Harold J. Cook, g\u00e9ologue conseil,\nd&rsquo;une molaire dans le Plioc\u00e8ne des couches de Snake Crack en Nebraska\noccidental. Le Pr Henry Fairfield Osborn salua cette dent comme appartenant \u00e0\nun nouveau genre et esp\u00e8ce : l&rsquo;<em>Hesperopithecus\nharoldcookii<\/em>. Ult\u00e9rieurement fut montr\u00e9 par le Dr W.K. Gregory que la\nfameuse dent \u00e9tait celle d&rsquo;un p\u00e9cari \u00e9teint, le <em>Prosthennops serus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voyez <em>American Museum Novitates,<\/em>\n25 avril 1922 et 6 janvier 1923; <em>Science<\/em>,\nvol. 66, 1927.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">24. Quant aux faits relatifs au <em>Pith\u00e9canthrope<\/em>,\ncf. la brochure 75 d&rsquo;E.P.M. <em>Pithecanthropus<\/em>\n<em>(Ape-Man): the Facts,<\/em> d\u2019A.G. Tilney;\nvoir aussi la brochure 94, <em>Four Weak\nLinks, <\/em>de Francis Vere, \u00e9dit. E.P.M. 1958 (B.M. WP 12598).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">25. Ndlr. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une simple phrase dans la conclusion, sans doute\najout\u00e9e pour pr\u00e9venir les in\u00e9vitables objections des \u00ab&nbsp;bigots&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Source:<\/strong> <em>Le\nCep,<\/em> n\u00b052, 3<sup>e<\/sup> trimestre 2010.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En 1956, trois ans avant le centenaire du fameux livre de Darwin, les \u00e9diteurs de la version usuelle voulurent en actualiser la pr\u00e9sentation. Ils s&rsquo;adress\u00e8rent donc \u00e0 un sp\u00e9cialiste qualifi\u00e9, biologiste-en-chef du Commonwealth. William R. Thompson, lequel \u00e9crivit une Introduction remarquable, traduite ici en fran\u00e7ais pour la premi\u00e8re fois. Y \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e une critique m\u00e9thodique et radicale des principales affirmations de Darwin, celles pr\u00e9cis\u00e9ment qui sont r\u00e9pandues dans le grand public et ont provoqu\u00e9 \u2014  on peut le dire \u2014 l&rsquo;\u00e9vanescence de la vision chr\u00e9tienne du monde. <\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[137,168,21],"tags":[155,187,186,185],"class_list":["post-6469","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-evolution","category-sciences-de-la-vie","tag-evolution","tag-macroevolution","tag-origine-des-especes","tag-william-thompson"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pbu0ZL-1Gl","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6469","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6469"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6469\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6470,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6469\/revisions\/6470"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6469"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6469"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6469"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}