{"id":6719,"date":"2020-02-11T22:11:51","date_gmt":"2020-02-11T21:11:51","guid":{"rendered":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/?p=6719"},"modified":"2020-02-12T16:07:52","modified_gmt":"2020-02-12T15:07:52","slug":"y-a-t-il-un-lien-entre-le-naturalisme-philosophique-et-lage-de-la-terre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/11\/y-a-t-il-un-lien-entre-le-naturalisme-philosophique-et-lage-de-la-terre\/","title":{"rendered":"Y a-t-il un lien entre le naturalisme philosophique et l&rsquo;\u00e2ge de la terre ?"},"content":{"rendered":"<p>Par Terry Mortenson*<\/p>\n<p><em>Traduit de l\u2019anglais par Christiane Pagot (d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 2016), traductrice de Francis S<\/em>chaeffer<\/p>\n<h3>Alors que nos contemporains s&rsquo;inqui\u00e9tent \u00e0 juste titre de l&rsquo;impact n\u00e9gatif des th\u00e8ses de l&rsquo;\u00e9volution biologique, beaucoup de chr\u00e9tiens ne prennent pas la mesure de l&#8217;emprise qu&rsquo;exerce le naturalisme philosophique sur la g\u00e9ologie et l&rsquo;astronomie. Ce naturalisme s&rsquo;enracine dans l&rsquo;histoire d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle avec les travaux de Galil\u00e9e et de Francis Bacon. Les th\u00e8ses \u00e9volutionistes et naturalistes sur la cr\u00e9ation de la terre fond\u00e9es sur l\u2019actualisme et l\u2019antiquit\u00e9 suppos\u00e9e de la terre sont apparues vers la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, beaucoup de chr\u00e9tiens ont cherch\u00e9 \u00e0 harmoniser l&rsquo;enseignement de la Bible avec certaines th\u00e8ses g\u00e9ologiques de la terre \u00e2g\u00e9e telles que celle des cha\u00eenons manquants et d&rsquo;un d\u00e9luge advenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de No\u00e9, mais sans bouleversement subs\u00e9quent ou du moins tr\u00e8s circonscrit. De nombreux \u00e9vang\u00e9liques et repr\u00e9sentants de la Haute Eglise (High Church ou Eglise d&rsquo;Angleterre fid\u00e8le \u00e0 la Tradition) restent attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de Gen\u00e8se 1-11. Au XVIIIe si\u00e8cle, deux mouvements philosophiques &#8211; le d\u00e9isme et l&rsquo;ath\u00e9isme &#8211; issus des Lumi\u00e8res, \u00e9lev\u00e8rent la raison au rang d&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame et prirent position contre l&rsquo;aspect surnaturel de la Bible, consid\u00e9r\u00e9e comme un livre parmi d&rsquo;autres. D\u00e9fenseurs de la th\u00e8se de la terre \u00e2g\u00e9e avec ses r\u00e9percussions sur l&rsquo;astronomie et la g\u00e9ologie, ils ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Darwin et lui ont fourni les millions d&rsquo;ann\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 sa th\u00e9orie de l&rsquo;origine du vivant. Cet h\u00e9ritage d\u00e9montre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence que la g\u00e9ologie n&rsquo;est pas une science impartiale, objective, et que les th\u00e9ories de la terre \u00e2g\u00e9e, du naturalisme et de l\u2019actualisme sont indissociables. L&rsquo;argumentaire du Dessein Intelligent (DI) utilis\u00e9 d&rsquo;ordinaire pour combattre les th\u00e8ses \u00e9volutionnistes ne parvient pas \u00e0 expliciter la mal\u00e9diction impos\u00e9e par Dieu en Gen\u00e8se 3, ce qui limite son efficacit\u00e9. Les partisans du Dessein Intelligent devraient admettre l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 du naturalisme par rapport \u00e0 la repr\u00e9sentation qu&rsquo;en donne Darwin. Un retour aux Ecritures et \u00e0 leur doctrine d&rsquo;une terre jeune se pr\u00e9sente d\u00e8s lors comme la grande priorit\u00e9 de notre temps.<\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * * *<\/p>\n<p>L&rsquo;impact n\u00e9gatif de l&rsquo;\u00e9volution sur le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui suscite beaucoup d&rsquo;inqui\u00e9tude. Pour certains, elle aboutit \u00e0 un chaos moral et spirituel dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans l\u2019\u00c9glise. D&rsquo;autres constatent les dommages occasionn\u00e9s par le lavage de cerveau qu&rsquo;op\u00e8re l&rsquo;\u00e9volution dans la vie intellectuelle et culturelle.<br \/>\nIls soutiennent tr\u00e8s justement que le n\u00e9odarwinisme (ou toute th\u00e9orie apparent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution biologique telle par exemple \u00ab la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9quilibre ponctu\u00e9 \u00bb n&rsquo;est pas de la science pure, mais plus largement un naturalisme philosophique qui se pare des couleurs de la science. Bon nombre de ces critiques adh\u00e8rent au mouvement dit du \u00ab Dessein Intelligent \u00bb (ci-apr\u00e8s DI). Mais beaucoup d&rsquo;autres font partie du mouvement intitul\u00e9 \u00ab Cr\u00e9ationnisme de la Terre jeune \u00bb (ci-apr\u00e8s CTJ).<\/p>\n<p>J&rsquo;adh\u00e8re fortement aux th\u00e8ses du DI, et j&rsquo;appr\u00e9cie une grande partie des \u00e9crits des chefs de file du mouvement non seulement eu \u00e9gard aux probl\u00e8mes scientifiques relatifs \u00e0 toutes les th\u00e9ories de l&rsquo;\u00e9volution biologique, mais \u00e9galement parce qu\u2019ils sont conscients du carcan impos\u00e9 par le naturalisme philosophique [1] (ci-apr\u00e8s \u00ab naturalisme \u00bb) \u00e0 la science.<br \/>\nCependant, \u00e0 en juger d&rsquo;apr\u00e8s les ouvrages, articles et conf\u00e9rences de certains de ces sp\u00e9cialistes, ils ne me semblent pas se rendre compte \u00e0 quel point la science s&rsquo;est inf\u00e9od\u00e9e au naturalisme. En t\u00e9moignent les d\u00e9clarations \u00e9crites ou orales de nombre d&rsquo;entre eux dont par exemple celle-ci : \u00ab Nous n&rsquo;aborderons pas la question de l&rsquo;\u00e2ge de la Terre car elle est secondaire et tr\u00e8s controvers\u00e9e. Nous traiterons en revanche du probl\u00e8me majeur que constitue la mainmise du naturalisme sur la science \u00bb [2]. Ce genre de d\u00e9claration renvoie dos \u00e0 dos les deux probl\u00e8mes en question. Beaucoup de chr\u00e9tiens n&rsquo;ont m\u00eame pas pris en consid\u00e9ration les arguments favorables au cr\u00e9ationisme de la Terre jeune car ils estiment que la vision du mouvement du DI est juste et sa mani\u00e8re d&rsquo;aborder l&rsquo;\u00e9volution plus correcte. Mais ce clivage entre le naturalisme et l&rsquo;\u00e2ge de la Terre d\u00e9fie la r\u00e9alit\u00e9, ce que j&rsquo;esp\u00e8re pouvoir d\u00e9montrer.<br \/>\nAu fil de mes lectures, il me semble que les participants au mouvement du DI n&rsquo;ont pas appr\u00e9hend\u00e9 les origines historiques du contr\u00f4le de la science par la philosophie. Peut-\u00eatre n&rsquo;ont-ils pas pouss\u00e9 assez loin leurs recherches. Une analyse ponctuelle et plus approfondie de la notion historique de la Terre \u00e2g\u00e9e d\u00e9montre abondamment que les promoteurs de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Terre et d&rsquo;un univers \u00e2g\u00e9s interpr\u00e9taient les donn\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 physique en fonction de pr\u00e9suppos\u00e9s essentiellement naturalistes. De m\u00eame, la mani\u00e8re de raisonner des g\u00e9ologues partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e et des cosmologistes sp\u00e9cialistes de l\u2019univers ancien r\u00e9v\u00e8le que la g\u00e9ologie et l&rsquo;astronomie sont toutes deux sous la coupe du naturalisme qui r\u00e9gente les sciences biologiques et pratiquement tout l&rsquo;ensemble de l&rsquo;universit\u00e9. Je pr\u00e9tends, par cons\u00e9quent, que l&rsquo;\u00e2ge de la Terre se situe au c\u0153ur de la domination naturaliste des sciences et que lutter contre le naturalisme \u00e0 partir des seules sciences biologiques revient \u00e0 n&rsquo;assumer qu&rsquo;une partie du combat. Pire m\u00eame, car de nombreuses personnalit\u00e9s pr\u00e9sentes \u00e0 la t\u00eate du mouvement DI (par exemple, Hugh Ross, Robert Newman, Walter Bradley), loin d&rsquo;\u00eatre neutres sur la question de l&rsquo;\u00e2ge de la Terre (comme le chef incontest\u00e9 du mouvement, Phillip Johnson essaye de l&rsquo;\u00eatre) sont fortement et activement oppos\u00e9es \u00e0 la notion de Terre jeune. M\u00eame si le mouvement du DI se confronte au naturalisme en biologie, il tol\u00e8re en fait et va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 promouvoir le naturalisme en g\u00e9ologie et dans la cosmologie, strat\u00e9gie incoh\u00e9rente, car cela revient \u00e0 saper son efficacit\u00e9 potentielle.<\/p>\n<h2>I. ORIGINES HISTORIQUES<\/h2>\n<p>Le concept d&rsquo;une Terre \u00e2g\u00e9e n&rsquo;a r\u00e9ellement \u00e9merg\u00e9 que vers la fin du XVIIIe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, c&rsquo;est-\u00e0-dire avant la th\u00e9orie controvers\u00e9e de Darwin. Auparavant, en Europe et en Am\u00e9rique du Nord (o\u00f9 la science avait pris naissance et s&rsquo;\u00e9tait developp\u00e9e sous l&rsquo;influence du christianisme et de pr\u00e9suppos\u00e9s tr\u00e8s ancr\u00e9s dans la Bible), la pens\u00e9e dominante et \u00e0 peu pr\u00e8s consensuelle \u00e9tait que Dieu avait cr\u00e9\u00e9 le monde en six jours, environ 6000 ans auparavant, puis l&rsquo;avait jug\u00e9 au travers d&rsquo;une catastrophe, \u00e0 savoir un D\u00e9luge universel. Comment, d\u00e8s lors, le concept de Terre \u00e2g\u00e9e est-il apparu ? Deux grandes figures du XVIe si\u00e8cle ont beaucoup contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de cette id\u00e9e \u00e0 la fin du XVIIIe et au d\u00e9but du XIXe. Il s&rsquo;agit de Galileo Galil\u00e9i et de Francis Bacon. Galil\u00e9e (1564-1642) d\u00e9fendait la th\u00e9orie copernicienne de la r\u00e9volution de la Terre autour du soleil, th\u00e9orie contraire \u00e0 celle du g\u00e9ocentrisme. Dans un premier temps, la hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00c9glise Catholique romaine ne fit aucune opposition, mais d\u00e8s 1633, pour des raisons \u00e0 la fois culturelles, politiques et religieuses, le pape fit marche arri\u00e8re et contraignit Galil\u00e9e \u00e0 d\u00e9savouer sa croyance \u00e0 l&rsquo;h\u00e9liocentrisme sous la menace d&rsquo;une excommunication. Avec le temps cependant, cette vision nouvelle finit par l&#8217;emporter, et de nombreux chr\u00e9tiens tir\u00e8rent deux enseignements de la pr\u00e9tendue \u00ab affaire Galil\u00e9e \u00bb. Le premier leur venait de Galil\u00e9e lui-m\u00eame qui a \u00e9crit ceci : \u00ab L&rsquo;intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment aller au ciel, et non la mani\u00e8re dont le ciel fonctionne\u00bb [3]. En d&rsquo;autres termes, la Bible enseigne la th\u00e9ologie et la morale, mais non la cosmologie ni aucune autre science. Le deuxi\u00e8me qui lui est \u00e9troitement apparent\u00e9 \u00e9tait que l\u2019\u00c9glise ferait beaucoup d&rsquo;erreurs si elle essayait d&rsquo;imposer aux scientifiques telles ou telles croyances quant \u00e0 la configuration du monde [4].<\/p>\n<p>Homme politique et philosophe, Francis Bacon (1561-1626), un savant anglais contemporain de Galil\u00e9e, joua un r\u00f4le d\u00e9cisif dans le d\u00e9veloppement de la science moderne. Au plan de la th\u00e9orie, il donna la primaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;observation et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation comme m\u00e9thodes de connaissance effective du monde. Il mit aussi l&rsquo;accent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer la th\u00e9orie \u00e0 partir d&rsquo;un riche corpus de donn\u00e9es rassembl\u00e9es avec grand soin. Mais tout en explicitant sa croyance en une cr\u00e9ation r\u00e9cente achev\u00e9e en six jours [5], il pr\u00e9conisait comme Galil\u00e9e de ne pas r\u00e9duire \u00e0 un seul objet d&rsquo;\u00e9tude ce qu&rsquo;il appelait les deux livres de Dieu : la cr\u00e9ation et les Ecritures. Il d\u00e9clarait :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Certains parmi les modernes se sont cependant complus dans cette absurde d\u00e9marche, avec une totale insouciance, jusqu&rsquo;\u00e0 tenter de fonder une philosophie naturelle sur le premier chapitre de la Gen\u00e8se, le livre de Job et d&rsquo;autres passages de la Sainte Ecriture \u2013 \u00ab cherchant (ainsi) les morts parmi les vivants \u00bb. Il faut d&rsquo;autant plus emp\u00eacher et r\u00e9fr\u00e9ner cette folie que le m\u00e9lange malsain des choses divines et humaines provoque d&rsquo;une part une philosophie hautement fantaisiste, et d&rsquo;autre part une religion h\u00e9r\u00e9tique \u00bb [6].<\/p><\/blockquote>\n<p>La grande influence de Galil\u00e9e et de Bacon provoqua une nette rupture entre l&rsquo;interpr\u00e9tation de la cr\u00e9ation (d\u00e9sormais assign\u00e9e aux scientifiques) et celle des Ecritures (r\u00e9serv\u00e9e aux th\u00e9ologiens et pasteurs). A l&rsquo;aube du XIXe si\u00e8cle, les g\u00e9ologues partisans de la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e, chr\u00e9tiens et non-chr\u00e9tiens confondus, se r\u00e9f\u00e9raient souvent aux d\u00e9clarations de Bacon et de Galil\u00e9e pour r\u00e9duire au silence les \u00ab g\u00e9ologues scripturaires \u00bb, \u00e0 savoir un groupe de responsables chr\u00e9tiens et d&rsquo;hommes de science qui, entre les ann\u00e9es 1820 et 1850, pr\u00e9sent\u00e8rent des argumentaires bibliques, g\u00e9ologiques et philosophiques qui invalidaient les th\u00e9ories de la Terre \u00e2g\u00e9e et d\u00e9fendaient la v\u00e9rit\u00e9 de la Gen\u00e8se dans sa litt\u00e9ralit\u00e9 &#8211; soit une cr\u00e9ation en six jours sur une dur\u00e9e de 6000 ans, et un D\u00e9luge universel \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de No\u00e9, tous \u00e9v\u00e8nements qu&rsquo;ils situaient \u00e0 l&rsquo;origine de la plupart des d\u00e9couvertes g\u00e9ologiques [7]. Le message des partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e eut un puissant impact sur l&rsquo;opinion. Il stipulait que les d\u00e9fenseurs d&rsquo;une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se quant \u00e0 la cr\u00e9ation, au D\u00e9luge et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la Terre commettaient la m\u00eame erreur que l\u2019\u00c9glise Catholique romaine \u00e0 propos du syst\u00e8me solaire, trois si\u00e8cles auparavant. Et les d\u00e9fenseurs de la th\u00e9orie dominante rench\u00e9rissaient : \u00ab Voyez \u00e0 quel point cette erreur a frein\u00e9 les progr\u00e8s de la science et expos\u00e9 l\u2019\u00c9glise au ridicule! \u00bb<\/p>\n<h2>II. NOUVELLES THEORIES SUR L\u2019HISTOIRE DE LA CREATION<\/h2>\n<p>En opposition avec la vision cr\u00e9ationniste et longtemps pr\u00e9dominante d&rsquo;une Terre jeune, divers r\u00e9cits \u00e0 caract\u00e8re \u00e9volutionniste et naturaliste virent le jour vers la fin du XVIIIe si\u00e8cle. A cet \u00e9gard, trois savants fran\u00e7ais ont exerc\u00e9 une grande influence. En 1778, Georges-Louis comte de Buffon (1708-1788) \u00e9mit l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une Terre issue d&rsquo;une collision entre le soleil et une com\u00e8te, un magma de lave fondue et lentement refroidie sur une p\u00e9riode d&rsquo;au moins 75 000 ans (chiffre \u00e9valu\u00e9 \u00e0 partir de ses travaux sur le refroidissement des m\u00e9taux) [8]. Buffon \u00e9tait probablement d\u00e9iste ou peut-\u00eatre ath\u00e9e en secret [9]. Pierre Laplace (1749-1827), un ath\u00e9e d\u00e9clar\u00e9, publia sa th\u00e8se sur les n\u00e9buleuses en 1796 [10]. Il supposait que le syst\u00e8me solaire s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 \u00e0 partir de la condensation naturelle d&rsquo;une masse gazeuse sur une tr\u00e8s longue p\u00e9riode de temps. Dans sa <em>Philosophie Zoologique<\/em> de 1809, Jean Lamarck (1744-1829), pass\u00e9 du d\u00e9isme \u00e0 l&rsquo;ath\u00e9isme [11], proposa une th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution biologique sur de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes, selon un m\u00e9canisme connu sous le nom d&rsquo;h\u00e9ridit\u00e9 des caract\u00e8res acquis.<br \/>\nDe nouvelles th\u00e9ories g\u00e9ologiques ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendues au tournant du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 mesure que la g\u00e9ologie parvenait au stade de discipline scientifique.<br \/>\nAbraham Werner (1749-1817) \u00e9tait un min\u00e9ralogiste allemand probablement d\u00e9iste [12]. Malgr\u00e9 un tr\u00e8s petit nombre de publications, il exer\u00e7a une \u00e9norme influence sur la g\u00e9ologie au travers des nombreux et \u00e9minents sp\u00e9cialistes qui avaient \u00e9t\u00e9 ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Il postulait la formation des strates terrestres par des proc\u00e9d\u00e9s chimiques et m\u00e9caniques \u00e0 partir d&rsquo;un oc\u00e9an originel unique qui se retirait lentement. Les \u00e9crits non publi\u00e9s de Werner \u00e9valuaient l&rsquo;\u00e2ge de la terre \u00e0 environ un million d&rsquo;ann\u00e9es [13]. Sa th\u00e9orie oc\u00e9anique aussi simple qu&rsquo;\u00e9l\u00e9gante fut tr\u00e8s vite rejet\u00e9e (en raison de son inad\u00e9quation aux faits), mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Terre vieille fit son chemin dans l&rsquo;esprit de ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cossais James Hutton (1726-1797) avait une formation m\u00e9dicale, mais se consacra \u00e0 l&rsquo;agriculture pendant de nombreuses ann\u00e9es, avant de devenir g\u00e9ologue. Selon sa th\u00e9orie, publi\u00e9e en 1795, les continents subissaient une \u00e9rosion continuelle \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des bassins oc\u00e9aniques. Les s\u00e9diments progressivement durcis se soulevaient par l&rsquo;effet de la chaleur interne de la Terre pour former de nouveaux continents \u00e0 leur tour soumis \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion. Ce long processus cyclique ne permettait pas \u00e0 Hutton d&rsquo;apporter les preuves d&rsquo;un commencement de la Terre, et sa th\u00e8se le fit tr\u00e8s vite accuser d&rsquo;ath\u00e9isme par bon nombre de ses contemporains, alors m\u00eame qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s probablement d\u00e9iste lui aussi [14].<\/p>\n<p>Ni Werner ni Hutton ne pr\u00eat\u00e8rent attention aux roches fossilif\u00e8res. Une autre personnalit\u00e9 allait jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans le d\u00e9veloppement des th\u00e8ses g\u00e9ologiques d&rsquo;une Terre \u00e2g\u00e9e : l&rsquo;anglais William Smith (1769-1839) \u00e9tait un ing\u00e9nieur sp\u00e9cialiste du drainage ; la construction de canaux en Angleterre et au Pays de Galles lui permit de se familiariser avec les strates et les fossiles. Il doit son titre de \u00ab P\u00e8re de la stratigraphie anglaise \u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement des premi\u00e8res cartes g\u00e9ologiques de l&rsquo;Angleterre et du Pays de Galles, ainsi qu&rsquo;\u00e0 une m\u00e9thode consistant \u00e0 utiliser des fossiles pour attribuer des \u00e2ges relatifs aux strates [15]. Professant un th\u00e9isme aux contours assez vagues [16], il croyait \u00e0 une cr\u00e9ation surnaturelle et \u00e0 des d\u00e9luges produits sur des p\u00e9riodes de temps beaucoup plus longues que ne l&rsquo;indiquait la Bible [17]. Le Fran\u00e7ais Georges Cuvier (1768-1832) \u00e9tait un c\u00e9l\u00e8bre pal\u00e9ontologue et expert en anatomie compar\u00e9e. Bien que de confession luth\u00e9rienne, des recherches r\u00e9centes le placent au rang des d\u00e9istes irr\u00e9v\u00e9rencieux [18]. Sa stature de savant valut \u00e0 sa <em>Th\u00e9orie des Catastrophes<\/em>, descriptive de l&rsquo;histoire de la Terre, d&rsquo;acqu\u00e9rir une grande popularit\u00e9. L&rsquo;\u00e9tude des nombreux fossiles du Bassin parisien l&rsquo;amena \u00e0 penser qu&rsquo;au moins quatre inondations catastrophiques \u00e0 caract\u00e8re local ou mondial s&rsquo;\u00e9taient produites au cours des \u00e2ges, la derni\u00e8re ayant sans doute eu lieu 5000 ans auparavant [19]. Celle-ci a de toute \u00e9vidence co\u00efncid\u00e9 avec les dates du D\u00e9luge de No\u00e9, et certains de ceux qui ont soutenu la th\u00e9orie de Cuvier ont \u00e9tabli une connexion entre ces ph\u00e9nom\u00e8nes ; mais dans sa th\u00e9orie officielle, Cuvier lui-m\u00eame n&rsquo;assimila jamais de fa\u00e7on explicite la derni\u00e8re des quatre catastrophes au D\u00e9luge [20].<\/p>\n<p>En dernier lieu, Charles Lyell (1797-1875), avocat de formation, devint g\u00e9ologue et sans doute aussi d\u00e9iste (ou unitarien, ce qui est \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose) [21]. En 1830, il commen\u00e7a la publication des <em>Principes de la G\u00e9ologie <\/em>en trois volumes. Sur la base des id\u00e9es actualistes de Hutton, Lyell insistait sur la possibilit\u00e9, voire la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;expliquer les structures g\u00e9ologiques de la Terre par de lents processus tels l&rsquo;\u00e9rosion, la s\u00e9dimentation, les secousses sismiques, les \u00e9ruptions volcaniques, etc. se produisant \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame rythme et avec la m\u00eame force que ce que l&rsquo;on observe aujourd&rsquo;hui. Dans les ann\u00e9es 1840, ses th\u00e9ories avaient force de loi et \u00e9taient devenues le mod\u00e8le g\u00e9ologique dominant. En cons\u00e9quence, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des g\u00e9ologues scripturaires (1820-1850), trois conceptions de l&rsquo;histoire de la Terre \u00e9taient en comp\u00e9tition (voir la carte \u00e0 la fin du chapitre pour une comparaison graphique). Notons cependant le r\u00f4le jou\u00e9 en Angleterre et dans le monde par deux g\u00e9ologues : William Buckland (1784-1856) et Adam Sedgwick (1785-1873) devenus tous deux titulaires d&rsquo;une chaire de g\u00e9ologie, le premier \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Oxford en 1813, et l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Cambridge en 1818. Ordonn\u00e9s par le clerg\u00e9 anglican, tous deux ont tout d&rsquo;abord d\u00e9fendu la th\u00e9orie des catastrophes sur la Terre \u00e2g\u00e9e. Mais sous l&rsquo;influence de Lyell, tous deux se convertirent \u00e0 l\u2019actualisme alors que leurs th\u00e9ories du catastrophisme \u00e9taient publiquement d\u00e9savou\u00e9es au d\u00e9but des ann\u00e9es 1830. Buckland est souvent per\u00e7u comme un d\u00e9fenseur du D\u00e9luge de No\u00e9 en raison de son ouvrage de 1823 <em>Reliquiae Deluvianae<\/em>. Mais cette position apparente en faveur du D\u00e9luge recouvrait en fait une critique subtile, d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s bien per\u00e7ue par les g\u00e9ologues scripturaires. Hommes d&rsquo;influence de par leur position dans la communaut\u00e9 intellectuelle et dans l\u2019\u00c9glise, Buckland et Sedgwick furent ainsi en mesure d&rsquo;amener de nombreux chr\u00e9tiens \u00e0 adopter d\u00e8s les ann\u00e9es 1820 les th\u00e9ories g\u00e9ologiques sur l&rsquo;histoire de la Terre, avec pour corollaire l&rsquo;abandon de leur croyance \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se et \u00e0 la signification unique et g\u00e9ologique du D\u00e9luge.<\/p>\n<p>Mentionnons cependant un autre fait marquant pour la g\u00e9ologie de cette \u00e9poque-l\u00e0. La Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9ologique de Londres (SGL), fond\u00e9e en 1807, est la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 du monde \u00e0 s&rsquo;\u00eatre exclusivement consacr\u00e9e \u00e0 ce genre de recherches. D\u00e8s sa fondation, alors que les formations g\u00e9ologiques et les fossiles de la Terre \u00e9taient tr\u00e8s peu connus, la SGL estima que l&rsquo;histoire de la Terre \u00e9tait \u00e0 la fois beaucoup plus ancienne et tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle que pr\u00e9sentait la Gen\u00e8se. Certains de ses membres les plus influents appartenaient au clerg\u00e9 anglican. Mis \u00e0 part le peu de connaissance des couches g\u00e9ologiques terrestres, notons aussi l&rsquo;absence, \u00e0 cette \u00e9poque, de formation universitaire en g\u00e9ologie ou de g\u00e9ologues de profession. Ceux-ci n&rsquo;apparurent que dans les ann\u00e9es 1830 et 1840, soit bien longtemps apr\u00e8s que la notion naturaliste d&rsquo;une Terre vieille eut \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9e aux directeurs des soci\u00e9t\u00e9s, des publications et des d\u00e9partements de g\u00e9ologie de l&rsquo;universit\u00e9.<\/p>\n<h2>III. LES COMPROMIS DES CHR\u00c9TIENS AVEC LES TH\u00c9ORIES G\u00c9OLOGIQUES D&rsquo;UNE TERRE \u00c2GEE<\/h2>\n<p>Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du XIXe si\u00e8cle, les chr\u00e9tiens firent plusieurs tentatives pour mettre les th\u00e9ories de la Terre \u00e2g\u00e9e en accord avec la Bible. En 1804, Thomas Chalmers (1780-1847), un pasteur \u00e2g\u00e9 alors de vingt-quatre ans, \u00e9non\u00e7a sa th\u00e9orie de l\u2019intervalle (Gap Theory). Ayant adh\u00e9r\u00e9 au mouvement \u00e9vang\u00e9lique d&rsquo;Ecosse apr\u00e8s sa conversion en 1811, il en devint l&rsquo;une des figures de proue [22]. Il importe de noter que la nouvelle th\u00e9orie fut enseign\u00e9e avant la formation de la premi\u00e8re Soci\u00e9t\u00e9 de G\u00e9ologie (\u00e0 Londres en 1807) et qu&rsquo;elle pr\u00e9c\u00e9da d&rsquo;une part la <em>Th\u00e9orie des Catastrophes<\/em> de Cuvier, publi\u00e9e en fran\u00e7ais en 1812 et en anglais en 1813, et d&rsquo;autre part la th\u00e9orie de Lyell, publi\u00e9e en 1830, soit deux d\u00e9cennies plus tard.<br \/>\nLa puissante pr\u00e9dication de Chalmers jointe \u00e0 ses talents d&rsquo;\u00e9crivain rendit cette r\u00e9interpr\u00e9tation de la Gen\u00e8se rapidement populaire aupr\u00e8s des chr\u00e9tiens, et ce pendant environ un demi-si\u00e8cle. Cependant, un ministre respect\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise anglicane, George Stanley Faber (1773-1854), commen\u00e7a d\u00e8s 1823 \u00e0 promouvoir la th\u00e8se des jours bibliques repr\u00e9sent\u00e9s par de longues p\u00e9riodes de temps [23]. Celle-ci n&rsquo;eut pas l&rsquo;assentiment g\u00e9n\u00e9ral des chr\u00e9tiens ni singuli\u00e8rement des g\u00e9ologues, en raison d&rsquo;un d\u00e9saccord \u00e9vident entre l&rsquo;ordre des \u00e9v\u00e8nements en Gen\u00e8se 1 et l&rsquo;ordre propos\u00e9 par la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e. La th\u00e9orie des jours longs eut plus de succ\u00e8s apr\u00e8s que Hugh Miller (1802-1856), \u00e9minent g\u00e9ologue \u00e9cossais et ami de Chalmers, l&rsquo;eut adopt\u00e9e et d\u00e9fendue ; entre temps, il avait abandonn\u00e9 la th\u00e9orie de l\u2019intervalle [24].<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1820, le zoologue et \u00e9vang\u00e9lique \u00e9cossais, le R\u00e9v\u00e9rend John Fleming (1785-1857), fit na\u00eetre la controverse en faveur d&rsquo;un d\u00e9luge local [25] (th\u00e8se \u00e9galement d\u00e9fendue par Lyell sous l&rsquo;influence de Fleming). A la fin des ann\u00e9es 1830, le grand th\u00e9ologien congr\u00e9gationnaliste John Pye Smith (1774-1851) \u00e9mit l&rsquo;hypoth\u00e8se que Gen\u00e8se 1-11 d\u00e9crivait une cr\u00e9ation restreinte et un d\u00e9luge local, et il situait ces \u00e9v\u00e8nements en M\u00e9sopotamie [26]. Puis, avec le d\u00e9veloppement de la th\u00e9ologie lib\u00e9rale allemande en Grande-Bretagne dans les ann\u00e9es 1830, l&rsquo;interpr\u00e9tation de la Gen\u00e8se comme mythe porteur de v\u00e9rit\u00e9s exclusivement th\u00e9ologiques et morales commen\u00e7a \u00e0 gagner du terrain. Tout ceci montre clairement que d\u00e8s 1830, date de la publication par Lyell de la th\u00e9orie actualiste, la plupart des g\u00e9ologues et une grande partie de l\u2019\u00c9glise croyaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une Terre d\u00e9passant de loin les 6000 ans d&rsquo;\u00e2ge, et \u00e0 un D\u00e9luge n&rsquo;ayant eu aucune incidence sur l&rsquo;ensemble des d\u00e9couvertes g\u00e9ologiques. Lyell est trop souvent cr\u00e9dit\u00e9 (ou accus\u00e9) de la perte de foi de l\u2019\u00c9glise en la Gen\u00e8se. En r\u00e9alit\u00e9, la plus grande partie des d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s en la mati\u00e8re est ant\u00e9rieure \u00e0 Lyell, et imputable \u00e0 des chr\u00e9tiens au demeurant fonci\u00e8rement bibliques ; ce compromis eut lieu en un temps o\u00f9 les g\u00e9ologues disposaient de tr\u00e8s peu d&rsquo;informations sur les roches et les fossiles terrestres. Malgr\u00e9 cela, de nombreux \u00e9vang\u00e9liques et membres de la Haute Eglise n&rsquo;en demeuraient pas moins attach\u00e9s \u00e0 la lecture litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se qui offrait un meilleur fondement \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p>De fait, jusqu&rsquo;en 1845 environ, la grande majorit\u00e9 des commentaires bibliques de la Gen\u00e8se portait sur une cr\u00e9ation r\u00e9cente, achev\u00e9e en six jours, et un d\u00e9luge qualifi\u00e9 de catastrophe \u00e0 caract\u00e8re universel [27]. Il existait donc, au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, des th\u00e9ories g\u00e9ologiques concurrentes favorables \u00e0 une Terre \u00e2g\u00e9e comme aussi des interpr\u00e9tations concurrentes des premiers chapitres de la Gen\u00e8se \u00e9galement favorables \u00e0 une Terre \u00e2g\u00e9e, et par ailleurs des \u00ab g\u00e9ologues scripturaires \u00bb qui s&rsquo;appliquaient \u00e0 les combattre toutes.<\/p>\n<h2>IV. DEVELOPPEMENTS PHILOSOPHIQUES<\/h2>\n<p>En pr\u00e9lude \u00e0 cette controverse opposant la Gen\u00e8se \u00e0 la g\u00e9ologie, le XVIIIe si\u00e8cle vit \u00e9galement se d\u00e9velopper deux conceptions rivales du monde ayant cependant un grand nombre de points communs, \u00e0 savoir le d\u00e9isme et l&rsquo;ath\u00e9isme. Elles \u00e9taient toutes deux issues de la philosophie des Lumi\u00e8res qui \u00e9leva la raison au rang d&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame en mati\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9 ou d&rsquo;erreur.<\/p>\n<p>Cette intronisation de la raison humaine \u00e9branla non seulement l&rsquo;autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise dans la soci\u00e9t\u00e9, mais donna lieu aussi \u00e0 toutes sortes d&rsquo;attaques contre l&rsquo;aspect surnaturel de la Bible, sapant ainsi son autorit\u00e9 en tant que source de v\u00e9rit\u00e9 historique, morale et th\u00e9ologique. Le d\u00e9isme et l&rsquo;ath\u00e9isme s&rsquo;opposaient \u00e0 une interpr\u00e9tation surnaturelle de l&rsquo;histoire selon des m\u00e9thodes l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes.<br \/>\nHormis la d\u00e9finition assez vague appliqu\u00e9e par les d\u00e9istes \u00e0 un Dieu Cr\u00e9ateur et \u00e0 un commencement surnaturel de la cr\u00e9ation, rien ne les distinguait des ath\u00e9es au niveau de la conception de l&rsquo;Ecriture et de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. La Bible n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un livre d&rsquo;inspiration humaine, contenant des erreurs, et non la Parole inspir\u00e9e de Dieu ; l&rsquo;histoire et le fonctionnement de l&rsquo;univers s&rsquo;expliquaient enti\u00e8rement par les propri\u00e9t\u00e9s de la mati\u00e8re et les \u00ab lois inviolables de la nature \u00bb op\u00e9rant sur de longues p\u00e9riodes de temps.<br \/>\nD\u00e9istes et ath\u00e9es masquaient souvent leurs id\u00e9es, particuli\u00e8rement en Angleterre o\u00f9 elles \u00e9taient inadmissibles dans l&rsquo;environnement culturel de l&rsquo;\u00e9poque. Bon nombre d&rsquo;entre eux acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 des postes-cl\u00e9s dans les communaut\u00e9s scientifiques d&rsquo;Europe et d&rsquo;Am\u00e9rique, o\u00f9 ils purent impulser ce qui porte aujourd&rsquo;hui le nom de naturalisme. Brook commente la subtile influence du d\u00e9isme diversement incarn\u00e9 dans le naturalisme lorsqu&rsquo;il \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab En l&rsquo;absence de mises au point suppl\u00e9mentaires, l&rsquo;historien (comme aussi les contemporains) pouvaient difficilement comprendre si les th\u00e8ses qui inspiraient les diff\u00e9rents projets \u00e9taient ch\u00e9tiennes ou d\u00e9istes. L&rsquo;ambivalence elle-m\u00eame avait son utilit\u00e9. Car la pr\u00e9sentation de d\u00e9couvertes potentiellement subversives dans les termes de la th\u00e9ologie naturelle permettait aux scientifiques de para\u00eetre plus orthodoxes qu&rsquo;ils ne l&rsquo;\u00e9taient vraiment, sans l&rsquo;inconfort de la duplicit\u00e9, si d&rsquo;aventure ils tendaient naturellement \u00e0 s&rsquo;aligner sur le d\u00e9isme \u00bb [28].<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais les effets de la philosophie d\u00e9iste et ath\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tude de la Bible et la th\u00e9ologie chr\u00e9tiennne se firent sentir sur le continent europ\u00e9en d\u00e8s la fin du XVIIIe si\u00e8cle puis en Am\u00e9rique et en Grande-Bretagne d\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle. Et pour reprendre les termes de Revenlow dans la conclusion de son impressionnante \u00e9tude :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Nous ne pouvons surestimer l&rsquo;impact de la pens\u00e9e d\u00e9iste et des principes de la vision humaniste, impos\u00e9s comme crit\u00e8res \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se historico-critique du XIXe si\u00e8cle ; leurs effets se font encore sentir de nos jours. A cette \u00e9poque-l\u00e0, une s\u00e9rie de pr\u00e9suppos\u00e9s presque in\u00e9branlables fut orient\u00e9e de fa\u00e7on unilat\u00e9rale dans une direction enti\u00e8rement diff\u00e9rente \u00bb [29].<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u00e8s lors, la vision biblique du monde, qui avait domin\u00e9 les nations occidentales pendant des si\u00e8cles, fit rapidement place \u00e0 une conception naturaliste. C&rsquo;est dans le cadre de ces r\u00e9volutions conceptuelles, illustr\u00e9es par cette r\u00e9interpr\u00e9tation des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels et de la Bible, que les g\u00e9ologues scripturaires exprim\u00e8rent leur opposition \u00e0 la g\u00e9ologie de la Terre \u00e2g\u00e9e, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. En bref, le d\u00e9isme (une forme de naturalisme teint\u00e9e de th\u00e9ologie) s&rsquo;est bri\u00e8vement \u00e9panoui au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle avant de quitter l&rsquo;ar\u00e8ne publique pour investir, d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle, la critique biblique lib\u00e9rale puis la science.<br \/>\nAu cours de ces m\u00eames p\u00e9riodes, l&rsquo;ath\u00e9isme (le naturalisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut) gagna en popularit\u00e9 et en agressivit\u00e9, surtout sur le continent europ\u00e9en. Le naturalisme affecta donc l&rsquo;astronomie et la g\u00e9ologie longtemps avant de s&rsquo;imposer \u00e0 la biologie. En 1859, de nombreux g\u00e9ologues de la Terre \u00e2g\u00e9e (tels Sedgwick) s&rsquo;oppos\u00e8rent avec vigueur \u00e0 la th\u00e9orie darwinienne. Ils ne prirent cependant pas conscience du fait que Darwin appliquait simplement \u00e0 sa th\u00e9orie de l&rsquo;origine des esp\u00e8ces les m\u00eames pr\u00e9suppos\u00e9s naturalistes qui pr\u00e9sidaient aux th\u00e8ses sur l&rsquo;origine de la Terre et sur les d\u00e9couvertes des strates fossilif\u00e8res. Puis la g\u00e9ologie naturaliste a servi \u00e0 son tour de fondement \u00e0 la biologie naturaliste.<\/p>\n<p>Il est certain que la th\u00e9orie de Buffon \u2013 selon laquelle le magma terrestre serait apparu apr\u00e8s une collision entre le soleil et une com\u00e8te, puis se serait durci sur une p\u00e9riode d&rsquo;au moins 75000 ans &#8211; \u00e9tait une th\u00e9orie naturaliste. Son d\u00e9isme l&rsquo;amena \u00e0 tenter de s\u00e9parer la science de la religion et de la m\u00e9taphysique, comme aussi \u00e0 rejeter le raisonnement t\u00e9l\u00e9ologique et toute id\u00e9e d&rsquo;intervention surnaturelle ou divine dans la nature. Comment s&rsquo;\u00e9tonner alors qu&rsquo;il ait fermement r\u00e9cus\u00e9 le fait biblique du D\u00e9luge (et dans la foul\u00e9e toute l&rsquo;histoire d&rsquo;une Terre jeune) [30] ! L&rsquo;hypoth\u00e8se de Laplace sur l&rsquo;origine du syst\u00e8me solaire auquel il donnait beaucoup plus que 75 000 ans (hypoth\u00e8se d&rsquo;o\u00f9 na\u00eetrait plus tard la th\u00e9orie du \u00ab Big Bang \u00bb) \u00e9tait d&rsquo;inspiration ath\u00e9e et donc naturaliste. De m\u00eame la th\u00e9orie d\u00e9iste du g\u00e9ologue Werner concernant la lente r\u00e9cession de l&rsquo;oc\u00e9an qui serait \u00e0 l&rsquo;origine des d\u00e9p\u00f4ts fossilif\u00e8res sur plus d&rsquo;un million d&rsquo;ann\u00e9es. De m\u00eame aussi les th\u00e9ories actualistes de Hutton et de Lyell, d&rsquo;inspiration d\u00e9iste. La th\u00e9orie d\u00e9iste des catastrophes soutenue par William Smith et Georges Cuvier relevait aussi du naturalisme, puisque tous deux faisaient liti\u00e8re des Ecritures et se limitaient aux causes naturelles en mati\u00e8re de d\u00e9couvertes g\u00e9ologiques (et ce en d\u00e9pit de leur vision supranaturaliste de l&rsquo;origine de la vie).<\/p>\n<h2>V. LA G\u00c9OLOGIE EST-ELLE UNE SCIENCE OBJECTIVE ?<\/h2>\n<p>Contrairement \u00e0 une opinion tr\u00e8s r\u00e9pandue, ces d\u00e9fenseurs de la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre des interpr\u00e8tes objectifs, impartiaux, du genre \u00e0 laisser parler les faits. A propos de la g\u00e9ologie du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, un \u00e9minent historien des sciences a d\u00e9clar\u00e9 ceci :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab De fa\u00e7on tr\u00e8s significative, les recherches r\u00e9centes en anthropologie culturelle et en sociologie cognitive ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l&rsquo;armature conceptuelle qui rend compr\u00e9hensible le monde de la nature appara\u00eet surtout d\u00e8s qu&rsquo;un scientifique \u00e9tablit une classification [des strates rocheuses]. L&rsquo;exp\u00e9rience, la formation, les liens avec l&rsquo;institution, les diff\u00e9rents temp\u00e9raments et enfin la position th\u00e9orique du savant jouent tous un r\u00f4le dans la d\u00e9finition des fronti\u00e8res particuli\u00e8res admises comme &lsquo;naturelles&rsquo;\u00bb [31].<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce serait pourtant une erreur de penser que ces facteurs ont influenc\u00e9 tous les scientifiques au m\u00eame degr\u00e9. De plus, la vision religieuse du monde (ath\u00e9isme et agnosticisme compris) joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la position scientifique d&rsquo;un individu. La conception de l&rsquo;univers a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus d\u00e9terminante dans la formation du concept g\u00e9ologique de la Terre \u00e2g\u00e9e qu&rsquo;on ne l&rsquo;a g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7u ou admis. Toute vision du monde affecte aussi bien l&rsquo;observation des faits que leur interpr\u00e9tation. Un autre grand historien des sciences a comment\u00e9 avec grande justesse l&rsquo;attitude des scientifiques et des la\u00efcs :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab [Les hommes] ont souvent la perception de ce qu&rsquo;ils esp\u00e8rent, tandis qu&rsquo;ils tendent \u00e0 ignorer ce qu&rsquo;ils refusent de voir \u00bb [32].<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans son enrichissante analyse de la controverse des ann\u00e9es 1830 concernant la place de la Formation de Devon dans la structure g\u00e9ologique de la Grande-Bretagne, Rudwick \u00e9crivait :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab De plus, la plupart des champs d&rsquo;observation inventori\u00e9s qui se rattachaient \u00e0 la controverse de Devon se r\u00e9v\u00e9laient non seulement plus ou moins \u00ab impr\u00e9gn\u00e9s de th\u00e9orie \u00bb selon l&rsquo;unique orientation admise aujourd&rsquo;hui comme allant de soi par la plupart des scientifiques, des historiens et des philosophes des sciences, mais aussi \u00ab impr\u00e9gn\u00e9s de controverse \u00bb. Les observations sp\u00e9cifiques et leur inventaire imm\u00e9diat sur le terrain tendaient souvent de fa\u00e7on \u00e9vidente vers la d\u00e9couverte de faits d&rsquo;exp\u00e9rience non seulement pertinents eu \u00e9gard \u00e0 la controverse, mais aussi tr\u00e8s persuasifs. Nombre des observations les plus innocemment \u00ab factuelles \u00bb d\u00e9montrent \u00e0 partir de leur contexte qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9es, s\u00e9lectionn\u00e9es et enregistr\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 conforter l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;observateur tout en \u00f4tant tout caract\u00e8re plausible \u00e0 celle des adversaires \u00bb [33].<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans sa promotion &#8211; op\u00e9r\u00e9e sous le manteau &#8211; des interpr\u00e9tations actualistes de Scrope sur la g\u00e9ologie du centre de la France, Lyell disait de m\u00eame en 1827 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Il est presque superflu de rappeler au lecteur que les auteurs d&rsquo;une th\u00e9orie peuvent ais\u00e9ment ignorer les faits qui la contredisent et, inconscients de leur partialit\u00e9, se concentrer exclusivement sur ce qui apporte de l&rsquo;eau \u00e0 leur moulin \u00bb [34].<\/p><\/blockquote>\n<p>Pourtant de nombreux g\u00e9ologues d&rsquo;alors ou d&rsquo;aujourd&rsquo;hui diraient que Lyell lui-m\u00eame \u00e9tait inconscient de ce fait en regard de ses propres interpr\u00e9tations. L&rsquo;influence de la vision du monde sur l&rsquo;observation, la s\u00e9lection et l&rsquo;interpr\u00e9tation des faits g\u00e9ologiques \u00e9tait donc d&rsquo;un grand poids, surtout au vu des connaissances des individus et des soci\u00e9t\u00e9s au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, quand la g\u00e9ologie en \u00e9tait encore \u00e0 ses balbutiements. Et comme le philosophe des sciences T. Kuhn l&rsquo;a fort bien not\u00e9 :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les philosophes des sciences ont sans cesse d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un corpus de donn\u00e9es peut toujours supporter plus d&rsquo;une construction th\u00e9orique. L&rsquo;histoire des sciences indique que, surtout pendant les \u00e9tapes initiales d&rsquo;un nouveau paradigme, il est m\u00eame assez facile d&rsquo;inventer ce genre d&rsquo;alternatives \u00bb [35].<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout comme le catastrophiste se sentait irr\u00e9sistiblement pouss\u00e9 \u00e0 croire, sur la base de preuves \u00ab \u00e9videntes \u00bb, \u00e0 de grands cataclysmes r\u00e9gionaux ou universels, l\u2019actualiste \u00ab voyait \u00bb, lui aussi, les preuves ind\u00e9niables qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais exist\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re, les g\u00e9ologues scripturaires tels le R\u00e9v\u00e9rend Henry Cole (qui avait tr\u00e8s peu de connaissances en g\u00e9ologie) ou le R\u00e9v\u00e9rend G. Young (qui avait de grandes comp\u00e9tences en g\u00e9ologie) percevaient tous deux \u00ab l&rsquo;aveuglement \u00bb des g\u00e9ologues du camp adverse face aux preuves simples qui sugg\u00e9raient une cr\u00e9ation surnaturelle r\u00e9cente et un d\u00e9luge unique et universel [36].<\/p>\n<p>La partialit\u00e9 des promoteurs de la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e \u00e9tait imputable \u00e0 diverses influences. Ils se montraient en fait subtilement ou ouvertement hostiles \u00e0 l&rsquo;Ecriture Sainte. Les \u00e9crits de Charles Lyell nous donnent un bon aper\u00e7u des attitudes antiscripturaires de ces g\u00e9ologues. Dans une lettre en date du 11 ao\u00fbt 1829 \u00e0 R. Murchison (un coll\u00e8gue de la m\u00eame mouvance), soit quelques mois avant la publication du premier volume des <em>Principes actualistes de g\u00e9ologie (<\/em>1830), Lyell disait :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab J&rsquo;esp\u00e8re rendre populaire ma charte des progr\u00e8s de la g\u00e9ologie. Le vieux [R\u00e9v\u00e9rend John] Fleming est terrifi\u00e9 et pense que notre \u00e9poque ne supportera pas des conclusions qui sont en contradiction avec les Livres de Mo\u00efse ; le sujet sera sans doute impopulaire et une source d&#8217;embarras pour le clerg\u00e9, mais je n&rsquo;ai pas peur. Je publierai le tout, mais sous une forme aussi conciliante que possible \u00bb [37].<\/p><\/blockquote>\n<p>A peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, dans sa correspondance avec son ami G. P. Scrope (autre g\u00e9ologue de la Terre \u00e2g\u00e9e et membre du Parlement britannique), Lyell \u00e9crivait :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Si jamais la g\u00e9ologie mosa\u00efque pouvait \u00eatre abandonn\u00e9e sans offenser personne, ce serait au travers d&rsquo;une \u00e9bauche historique\u00bb [38].<\/p><\/blockquote>\n<p>Quelle raison avait Lyell de vouloir d\u00e9barrasser la g\u00e9ologie du r\u00e9cit historiquement exact (et inspir\u00e9) du D\u00e9luge ? En tant qu\u2019actualiste, il \u00e9tait en r\u00e9volte contre son Cr\u00e9ateur, J\u00e9sus-Christ, et voulait que la g\u00e9ologie fonctionne sur des pr\u00e9suppos\u00e9s naturalistes, \u00e0 l&rsquo;instar de son a\u00efeul, James Hutton, qui \u00e9crivait :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;histoire du pass\u00e9 de notre globe doit \u00eatre expliqu\u00e9e sur la base de ce qui s&rsquo;observe de nos jours\u2026 Aucune force ne peut \u00eatre employ\u00e9e qui ne serait pas naturelle au monde, ni aucun d\u00e9veloppement accept\u00e9 \u00e0 part ceux dont les principes nous sont connus \u00bb [39].<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors, contrairement \u00e0 ce que semblent penser les partisans du DI et les nombreux chr\u00e9tiens influenc\u00e9s par ce mouvement, le naturalisme (avec son opposition \u00e0 la Bible et surtout \u00e0 la Gen\u00e8se) a noyaut\u00e9 la g\u00e9ologie et l&rsquo;astronomie \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Cette impr\u00e9gnation nocive de la science se produisit en m\u00eame temps que se d\u00e9veloppait l&rsquo;approche naturaliste de la Gen\u00e8se dans la culture biblique. En d&rsquo;autres termes, selon toute logique, Mo\u00efse n&rsquo;avait pas \u00e9crit la Gen\u00e8se sous l&rsquo;inspiration de Dieu. La Gen\u00e8se est plut\u00f4t un livre d&rsquo;inspiration humaine comme tant d&rsquo;autres, avec des erreurs ; il a \u00e9t\u00e9 produit &#8211; de fa\u00e7on purement naturelle &#8211; par de nombreux auteurs et r\u00e9dacteurs ayant travaill\u00e9 plusieurs si\u00e8cles apr\u00e8s Mo\u00efse.<\/p>\n<p>Mais m\u00eame si certains partisans du catastrophisme et certains actualistes croyaient en un Cr\u00e9ateur et se disaient quelquefois m\u00eame chr\u00e9tiens, les th\u00e9ories de la Terre \u00e2g\u00e9e fructifi\u00e8rent sur le terreau de croyances naturalistes appliqu\u00e9es aux donn\u00e9es de la g\u00e9ologie et de l&rsquo;astronomie. Sans m\u00eame \u00eatre tous des adeptes purs et durs du naturalisme, tous s&rsquo;appuyaient consciemment ou non sur des pr\u00e9suppos\u00e9s qui, pour l&rsquo;essentiel, \u00e9taient naturalistes. Autrement dit, ils reconstruisaient l&rsquo;histoire de la Terre et du syst\u00e8me solaire en se r\u00e9f\u00e9rant exclusivement aux lois et aux processus naturels observables de nos jours, assortis des facteurs \u00ab temps \u00bb et \u00ab hasard \u00bb (autrement dit, \u00e0 l&rsquo;exclusion des interventions surnaturelles de Dieu dans la Chute de l&rsquo;homme et le D\u00e9luge, car ces derniers contrariaient ou du moins alt\u00e9raient certaines lois et processus naturels). Ce naturalisme antibiblique allait, cinquante ans plus tard, permettre \u00e0 Darwin de promouvoir sa th\u00e9orie biologique de type actualiste pour expliquer l&rsquo;incroyable projet de d\u00e9veloppement du vivant. Les th\u00e8ses g\u00e9ologique et cosmologique d&rsquo;une vieille Terre et d&rsquo;un vieil univers ne sont que les produits d&rsquo;une philosophie naturaliste (autrement dit, une vraie religion) promue sous le couvert de faits scientifiques et \u00e9galement g\u00e9n\u00e9ratrice des th\u00e9ories de l&rsquo;\u00e9volution biologique du n\u00e9odarwinisme et de l\u2019\u00e9volution saltatoire.<\/p>\n<h2>VI. NATURALISME ET ACTUALISME<\/h2>\n<p>Ce sujet demande \u00e0 \u00eatre beaucoup plus approfondi. La r\u00e9flexion s&rsquo;est parfois r\u00e9v\u00e9l\u00e9e superficielle et incorrecte, comme aussi les \u00e9crits des cr\u00e9ationnistes de la Terre jeune et de leurs critiques chr\u00e9tiens ou non-chr\u00e9tiens, tous d\u00e9fenseurs de la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e. John Reed a r\u00e9dig\u00e9 deux articles tr\u00e8s utiles [40]. Je d\u00e9sire cependant pr\u00e9ciser que les prises de position naturalistes n&rsquo;impliquent pas n\u00e9cessairement une conclusion scientifique erron\u00e9e. Par exemple, celui qui fonde ses observations sur une conception naturaliste du monde pourrait n\u00e9anmoins en d\u00e9duire le principe d&rsquo;inertie. Dans le domaine de l&rsquo;actualit\u00e9, Francis Crick, un ath\u00e9e, a particip\u00e9 \u00e0 la d\u00e9couverte de la mol\u00e9cule de l&rsquo;ADN. Mais ces exemples illustrent ce que j&rsquo;appelle la science op\u00e9rationnelle. Cette recherche se fonde sur la pr\u00e9tendue \u00ab m\u00e9thode scientifique \u00bb d&rsquo;observation, consistant \u00e0 observer des exp\u00e9rimentations reproductibles dans un environnement sous contr\u00f4le, afin de d\u00e9terminer les m\u00e9thodes d&rsquo;op\u00e9ration de la cr\u00e9ation actuelle ou de telle entit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette cr\u00e9ation. Par exemple, la recherche m\u00e9dicale, la recherche technologique et une grande partie de la recherche en biologie, en chimie et en physique tombent dans la cat\u00e9gorie de la science op\u00e9rationnelle. C&rsquo;est le genre de science qui envoie un homme sur la lune, met un r\u00e9frig\u00e9rateur dans chaque cuisine ou d\u00e9couvre des rem\u00e8des aux maladies. Cette science n&rsquo;a toutefois aucun impact significatif sur les doctrines de l&rsquo;Ecriture et n&rsquo;est que rarement affect\u00e9e par les convictions religieuses d&rsquo;un scientifique. Cependant, la question de l&rsquo;origine du principe d&rsquo;inertie, voire de la mol\u00e9cule d&rsquo;ADN ou encore du commencement, de l&rsquo;\u00e2ge et de l&rsquo;histoire de la Terre et de l&rsquo;univers (avec tous leurs constituants) est enti\u00e8rement distincte des pr\u00e9c\u00e9dentes. Cette derni\u00e8re rel\u00e8ve de ce qui est fr\u00e9quemment appel\u00e9 \u00ab la science des origines \u00bb. Ce genre de recherche n&#8217;emploie pas la \u00ab m\u00e9thode scientifique \u00bb de l&rsquo;exp\u00e9rimentation (sauf pour sugg\u00e9rer quelquefois des causes possibles aux \u00e9v\u00e8nements pass\u00e9s). Il s&rsquo;agit plut\u00f4t pour les sp\u00e9cialistes de d\u00e9terminer la cause r\u00e9elle d&rsquo;un effet actuel, apparu dans un pass\u00e9 impossible \u00e0 observer (tel que, par exemple, un fossile ou le Grand Canyon), au moyen de la m\u00e9thode historico-l\u00e9gale d&rsquo;observation des preuves visibles, m\u00e9thode relay\u00e9e par une enqu\u00eate minutieuse des preuves existantes et circonstanci\u00e9es du ph\u00e9nom\u00e8ne ancien. La cat\u00e9gorie que constitue la science des origines englobe, par exemple, l&rsquo;arch\u00e9ologie, la pal\u00e9ontologie et la g\u00e9ologie historique. La science des origines ressemble \u00e0 l\u2019iconoclaste John K. Reed, qui \u00ab d\u00e9mystifie l&rsquo;histoire actualiste \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude des informations actuelles est une tentative des chercheurs pour \u00ab d\u00e9couvrir le pass\u00e9 \u00bb. Les scientifiques des origines ne font alors que reconstruire l&rsquo;histoire de l&rsquo;univers, ce qui influe de fa\u00e7on directe et grave sur d&rsquo;importantes doctrines de l&rsquo;Ecriture. Car les th\u00e8ses naturalistes et actualistes p\u00e8sent lourdement sur l&rsquo;observation, la s\u00e9lection et l&rsquo;interpr\u00e9tation des donn\u00e9es, ce qui peut amener \u00e0 des conclusions tout \u00e0 fait erron\u00e9es. Dans le cas pr\u00e9sent, les avertissements de J\u00e9sus \u00e0 propos des mauvais arbres qui ne peuvent produire de bons fruits (Matthieu 7:18), ceux de Paul \u00e0 propos de la philosophie trompeuse (Colossiens 2:8) et des \u00ab disputes de la fausse science \u00bb (1 Timoth\u00e9e 6:20) sont tous d&rsquo;une grande pertinence.<\/p>\n<p>Les th\u00e9ories g\u00e9ologiques de la Terre \u00e2g\u00e9e portaient sur l&rsquo;histoire. Comme elles sont ancr\u00e9es dans des pr\u00e9suppos\u00e9s antibibliques, leurs conclusions quant au caract\u00e8re fallacieux de l&rsquo;histoire biblique n&rsquo;ont rien d&rsquo;\u00e9tonnant. Le raisonnement naturaliste et m\u00eame actualiste ne doit pas \u00eatre enti\u00e8rement \u00e9vacu\u00e9 de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne. Depuis environ la fin de l&rsquo;\u00e8re postdiluvienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e8re glaciaire (de 500 \u00e0 700 ans environ apr\u00e8s le D\u00e9luge) [41] \u00e0 nos jours, les ph\u00e9nom\u00e8nes physiques (comme, par exemple, les volcans, les s\u00e9ismes, les \u00e9rosions par l&rsquo;eau ou le vent, les s\u00e9dimentations, les chutes de m\u00e9t\u00e9orites, etc.) sont apparus pour l&rsquo;essentiel de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, et avec la m\u00eame fr\u00e9quence et la m\u00eame intensit\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. De plus, m\u00eame si des conditions diff\u00e9rentes ont pr\u00e9valu au d\u00e9part des processus et des lois naturelles entre la semaine de la cr\u00e9ation et le D\u00e9luge, ces ph\u00e9nom\u00e8nes connaissaient cependant une certaine uniformit\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 aussi. Certaines lois naturelles ont pris effet pendant la semaine de cr\u00e9ation, apr\u00e8s la cr\u00e9ation de tels ou tels \u00e9l\u00e9ments (par exemple, les lois de la croissance et de la reproduction des plantes ne se sont pas appliqu\u00e9es avant l&rsquo;apparition surnaturelle, au Jour 3, des premi\u00e8res esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales ; les lois relatives aux mouvements des corps c\u00e9lestes ont pris effet au moment de leur cr\u00e9ation, au Jour 4 ; les lois affectant la vie animale n&rsquo;ont pris effet qu&rsquo;au Jour 5, quand Dieu cr\u00e9a les oiseaux et les animaux marins). Toutes les lois de la nature \u00e9taient certainement op\u00e9rationnelles au moment o\u00f9 Dieu cr\u00e9a Adam.<\/p>\n<p>Il y eut vraisemblablement une certaine alt\u00e9ration de ces lois naturelles du fait de la mal\u00e9diction divine sur toute la cr\u00e9ation en Gen\u00e8se 3, ce qui aboutit \u00e0 la \u00ab servitude de la corruption \u00bb dont Paul parle en Romains 8:19-23. Le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est \u00e0 la fois semblable et tr\u00e8s diff\u00e9rent du monde parfait de la cr\u00e9ation originelle faite en 6 jours. La cr\u00e9ation dans son \u00e9tat actuel, ce cadre de vie offert \u00e0 la r\u00e9flexion des scientifiques, est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e par le p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;homme et le jugement divin. Aujourd&rsquo;hui tous les g\u00e9ologues et cosmologistes partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e (chr\u00e9tiens professants ou non) nient l&rsquo;impact de la Chute, \u00e0 l&rsquo;instar de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Ce d\u00e9ni pr\u00e9suppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence une vision non-chr\u00e9tienne du monde. Nombre de chr\u00e9tiens partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e refusent ouvertement l&rsquo;impact cosmique de la Chute. D&rsquo;autres le rejettent inconsciemment, mais de par leur adh\u00e9sion \u00e0 la vision \u00e9volutionniste de l&rsquo;histoire (et malgr\u00e9 leur refus de l&rsquo;explication darwinienne sur l&rsquo;origine des diverses formes de vie), ils pr\u00e9supposent sans le vouloir que la mal\u00e9diction de Gen\u00e8se 3 n&rsquo;a eu aucun impact visible sur le reste de la cr\u00e9ation, humanit\u00e9 except\u00e9e.<\/p>\n<p>Qui plus est, malgr\u00e9 l&rsquo;action continue de certaines lois pendant le D\u00e9luge (par exemple, l&rsquo;eau continuait \u00e0 d\u00e9valer les pentes \u00e0 une vitesse suffisante pour \u00e9roder et charier les alluvions, le sable, les roches, et les blocs de pierre, mais d\u00e9posait et triait son contenu \u00e0 vitesse r\u00e9duite comme c&rsquo;est encore le cas aujourd&rsquo;hui), il se produisit une grande rupture, induite par Dieu dans le cours \u00ab normal \u00bb de la nature pendant cet \u00e9v\u00e8nement qui dura un an, en raison de plusieurs interventions divines (par exemple, le D\u00e9luge commen\u00e7a exactement sept jours apr\u00e8s que Dieu l&rsquo;eur annonc\u00e9 ; Il amena les animaux vers No\u00e9 dans l&rsquo;arche, les \u00e9cluses des cieux et les sources du grand ab\u00eeme s&rsquo;ouvrirent simultan\u00e9ment, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du globe, etc.)<\/p>\n<p>A la lumi\u00e8re de ces consid\u00e9rations, les \u00e9tudiants de la cr\u00e9ation divine connaissant la Bible devraient ne faire appel \u00e0 des explications surnaturelles que si la Bible indique clairement une intervention surnaturelle de Dieu (par exemple, la Semaine de Cr\u00e9ation, la Chute, le D\u00e9luge et la Tour de Babel.) Sinon, les chr\u00e9tiens devraient chercher \u00e0 expliquer le spectacle de la cr\u00e9ation au moyen des lois et des processus naturels. Ceux-ci n&rsquo;imposent aucune obligation \u00e0 Dieu, mais d\u00e9crivent les actes ordinaires de sa providence, destin\u00e9s \u00e0 entretenir sa cr\u00e9ation. Rien ne l&rsquo;oblige \u00e0 ob\u00e9ir aux lois de la nature. C&rsquo;est l&rsquo;inverse qui est vrai. En d&rsquo;autres termes, les lois naturelles refl\u00e8tent les usages divins dans la cr\u00e9ation, alors que les miracles sont simplement des interventions exceptionnelles avec des finalit\u00e9s particuli\u00e8res. Ce que tous les CTJ (les g\u00e9ologues scripturaires du XIXe si\u00e8cle et les CTJ des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es) ont toujours soutenu, c&rsquo;est le caract\u00e8re inspir\u00e9 et inerrant de Gen\u00e8se 1-11, soit un r\u00e9cit historique donn\u00e9 aux hommes par le Cr\u00e9ateur. Personne ne peut interpr\u00e9ter correctement les preuves concr\u00e8tes des actes cr\u00e9ateurs de Dieu (usage divin du \u00ab naturel \u00bb ou intervention exceptionnelle du \u00ab surnaturel \u00bb) s\u2019il ignore la r\u00e9v\u00e9lation \u00e9crite de ces actes. Plus probl\u00e8matique encore est le recours aux interpr\u00e9tations naturalistes des preuves concr\u00e8tes actuelles dans le but avou\u00e9 de r\u00e9interpr\u00e9ter le sens simple et direct de la Parole de Dieu. C&rsquo;est cependant ce que le mouvement du DI et la plupart des \u00e9rudits et des chefs de file chr\u00e9tiens ont fait et pr\u00f4n\u00e9 \u00e0 des degr\u00e9s divers (consciemment ou non, ouvertement ou non) au cours des deux cents derni\u00e8res ann\u00e9es, en esayant d&rsquo;introduire des millions d&rsquo;ann\u00e9es (et parfois l&rsquo;\u00e9volution darwinienne) dans leur interpr\u00e9tation de l&rsquo;Ecriture.<\/p>\n<h2>VII. LES ARGUMENTS RELATIFS AU \u00ab DESSEIN INTELLIGENT \u00bb D\u2019UNE EPOQUE PLUS ANCIENNE<\/h2>\n<p>Une autre observation s&rsquo;impose en ce qui concerne le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;ath\u00e9isme \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, les chr\u00e9tiens et d&rsquo;autres ont consacr\u00e9 beaucoup d&rsquo;efforts pour d\u00e9fendre l&rsquo;existence d&rsquo;un Dieu cr\u00e9ateur. Ils ont d\u00e9velopp\u00e9 leurs arguments \u00e0 partir d&rsquo;un dessein, d&rsquo;un projet mis en \u0153uvre en particulier dans les cr\u00e9atures vivantes. Le plus c\u00e9l\u00e8bre projet \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque celui de William Paley (1743-1806), qui est au centre de sa <em>Natural Theology<\/em> et s&rsquo;intitule <em>Evidence of the Existence and Attributes of the Divinity Collected from The Appearances of Nature<\/em> [Preuves de l\u2019existence et des attributs de la divinit\u00e9 rassembl\u00e9es \u00e0 partir des manifestations de la nature] (1802). Un texte tr\u00e8s populaire, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 une vingtaine de fois jusqu&rsquo;en 1820, et utilis\u00e9 comme manuel \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Cambridge jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Le livre \u00e9tait bien connu de Darwin et de tous ses mentors, partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e. D&rsquo;autres ouvrages semblables circulaient, dont un r\u00e9dig\u00e9 par l&rsquo;un des g\u00e9ologues scripturaires et l&rsquo;un de ses coll\u00e8gues, homme d&rsquo;\u00e9glise anglican, le R\u00e9v\u00e9rend Thomas Gisborne (1758-1846) qui, en 1818, publia son <em>Testimony of Natural Theology to Chistianity<\/em> (T\u00e9moignage de la th\u00e9ologie naturelle en faveur du christianisme).<br \/>\nGisborne reconnaisait la valeur du travail de Paley, mais en d\u00e9non\u00e7ait la faiblesse due selon lui \u00e0 des omissions. L&rsquo;argument de Paley se bornait \u00e0 d\u00e9fendre les attributs pr\u00e9tendument positifs de Dieu, telles sa bont\u00e9, sa sagesse, son \u00e9ternit\u00e9, sa toute-puissance. Mais il ne mettait pas en lumi\u00e8re sa saintet\u00e9, ni sa justice, ni sa mis\u00e9ricorde auxquelles la nature rendait t\u00e9moignage. Autrement dit, Paley avait ignor\u00e9 l&rsquo;impact cosmique du p\u00e9ch\u00e9 et du jugement de Dieu sur sa cr\u00e9ation qui, \u00e0 l&rsquo;origine, \u00e9tait parfaite. Gisborne chercha \u00e0 corriger ce d\u00e9faut en illuminant le t\u00e9moignage de la nature \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces attributs divins n\u00e9glig\u00e9s.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 1830, les huit c\u00e9l\u00e8bres s\u00e9ries des <em>Bridgewater Treatises<\/em> furent publi\u00e9es. Les arguments li\u00e9s au dessein intelligent se fondaient sur : (1) la nature morale et intellectuelle de l&rsquo;homme, (2) la nature physique de l&rsquo;homme, (3) la cosmologie et la physique, (4) la physiologie animale et v\u00e9g\u00e9tale, (5) la main de l&rsquo;homme, (6) la chimie, la m\u00e9t\u00e9orologie et la digestion, (7) la g\u00e9ologie (\u0153uvre d&rsquo;un g\u00e9ologue favorable \u00e0 la Terre \u00e2g\u00e9e, William Buckland), (8) l&rsquo;histoire, les habitudes et les instincts des animaux (seul ouvrage r\u00e9dig\u00e9 par un cr\u00e9ationniste partisan de la Terre jeune). Robson a correctement identifi\u00e9 deux importants points faibles dans ces tentatives pour d\u00e9fendre l&rsquo;existence de Dieu. D&rsquo;abord, elles se dissociaient, pour une large part, de la r\u00e9v\u00e9lation divine (la Bible) au profit d&rsquo;une th\u00e9ologie naturelle incapable de traiter l&rsquo;un des plus grands probl\u00e8mes th\u00e9ologiques, savoir l&rsquo;existence du mal [42]. Pour le dire simplement, en posant l&rsquo;existence d&rsquo;un Concepteur, abstraction faite de la Chute, ils butaient sur la question de savoir quel genre de Concepteur voudrait cr\u00e9er certains des traits pathologiques pr\u00e9sents dans notre monde. En second lieu, Robinson discernait dans leurs arguments une tendance (absente chez les auteurs des <em>Bridegwater Treatises<\/em>) au d\u00e9isme et m\u00eame au panth\u00e9isme [43]. Quant \u00e0 l&rsquo;impact de la Chute, il importe d&rsquo;abord de consid\u00e9rer les critiques suivantes, portant sur l&rsquo;argument du dessein intelligent. Le c\u00e9l\u00e8bre ath\u00e9e Bertrand Russell a donn\u00e9 les raisons de son ath\u00e9isme :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;une d&rsquo;elle est qu&rsquo;en \u00e9tudiant de pr\u00e8s l&rsquo;argument du dessein intelligent, je m&rsquo;\u00e9tonne beaucoup de ce que les gens puissent croire que ce monde, avec tout qu&rsquo;il contient, avec tous ses d\u00e9fauts, soit le meilleur que l&rsquo;Omniscient et l&rsquo;Omnipotent ait \u00e9t\u00e9 capable de produire en plusieurs millions d&rsquo;ann\u00e9es. Il m&rsquo;est vraiment impossible de le croire \u00bb [44].<\/p><\/blockquote>\n<p>Plus r\u00e9cemment, le philosophe \u00e9volutionniste David Hull raisonnait de la m\u00eame mani\u00e8re dans sa critique de l&rsquo;ouvrage de Philippe Johnson <em>Darwin\u2019s<\/em> <em>Trial<\/em> (Intervarsity Press, 1991) qui a, pour l&rsquo;essentiel, lanc\u00e9 le mouvement du dessein intelligent. Il disait par exemple :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le probl\u00e8me pos\u00e9 aux biologistes naturalistes par l&rsquo;\u00e9volution biologique concerne le m\u00eame genre de dieu que celui que pr\u00e9suppose la version darwinienne (sic) de l&rsquo;\u00e9volution\u2026 Le processus regorge d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements fortuits, de contingences, de gaspillages incroyables, de mort, de douleur et d&rsquo;horreur\u2026 Quel que soit le dieu que pr\u00e9supposent la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution et les donn\u00e9es de l&rsquo;histoire naturelle, il n&rsquo;est pas le Dieu protestant du \u00ab pas de gaspillage, pas de manque \u00bb. Et pas davantage un Dieu aimant qui se pr\u00e9occupe de ses \u0153uvres. Il n&rsquo;est pas m\u00eame le Dieu terrifiant pr\u00e9sent\u00e9 dans le livre de Job. Le dieu des Galapagos est insouciant, gaspilleur, insensible, presque diabolique. Certainement pas le genre de Dieu que nous serions enclins \u00e0 prier \u00bb [45].<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce type d&rsquo;id\u00e9es s&rsquo;appliquent m\u00eame dans le cas o\u00f9 au rejet de l&rsquo;\u00e9volution n\u00e9odarwinienne succ\u00e8de la croyance en un Dieu qui a cr\u00e9\u00e9, de fa\u00e7on surnaturelle, de nouvelles formes de vie au cours de millions d&rsquo;ann\u00e9es de mort, de massacres et d&rsquo;extinction.<\/p>\n<p>Lors m\u00eame qu&rsquo;au XIXe si\u00e8cle les arguments favorables au DI suscitaient l&rsquo;enthousiasme des \u00ab convertis \u00bb de l&rsquo;\u00e9poque, ils ne pouvaient endiguer la mar\u00e9e montante de l&rsquo;ath\u00e9isme ni d&rsquo;autres formes de scepticisme antibiblique (et donc d&rsquo;hostilit\u00e9 envers Dieu).<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire d\u00e9montre en r\u00e9alit\u00e9 que les d\u00e9clarations naturalistes servant de substrat \u00e0 la th\u00e8se de la Terre \u00e2g\u00e9e, du genre \u00ab l&rsquo;\u00e2ge de la Terre est sans importance \u00bb et propres aux d\u00e9fenseurs du dessein intelligent, ont ouvert la voie \u00e0 la th\u00e9orie darwinienne. Celle-ci allait, en effet, neutraliser ces affirmations dans l&rsquo;esprit de la plupart des gens.<\/p>\n<h2>VIII. COMPROMIS MODERNE AVEC LE NATURALISME DE LA TERRE \u00c2GEE<\/h2>\n<p>Philippe Johnson et les partisans de l&rsquo;id\u00e9e de Terre \u00e2g\u00e9e dans le mouvement du DI ne sont pas remont\u00e9s assez loin dans leur analyse historique. Johnson semble penser que le naturalisme n&rsquo;a pris le contr\u00f4le de la science qu&rsquo;apr\u00e8s Darwin, ou peut-\u00eatre m\u00eame au moment du 100e anniversaire de son livre. Dans le compte rendu d&rsquo;une c\u00e9l\u00e9bration internationale ayant r\u00e9uni 2000 scientifiques \u00e0 Chicago en 1959, Johnson dit ceci :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement majeur de cette triomphale c\u00e9l\u00e9bration de 1959 fut l&rsquo;adoption par la science d&rsquo;un dogme religieux appel\u00e9 naturalisme ou mat\u00e9rialisme. La communaut\u00e9 scientifique d\u00e9clarait que rien n&rsquo;existe en dehors de la nature, et que la mati\u00e8re a tout cr\u00e9\u00e9. Elle trouvait un int\u00e9r\u00eat commun dans ce credo, car il affirmait que rien en principe ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 la compr\u00e9hension et au contr\u00f4le de la science. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le clivage avait eu lieu \u00e0 la suite du triomphe de Darwin, car l&rsquo;autorit\u00e9 de la science se retrouvait prise au pi\u00e8ge d&rsquo;une id\u00e9ologie ; d\u00e8s lors, les \u00e9volutionnistes crurent ce qu&rsquo;ils voulaient croire en lieu et place de ce que leur montraient les fossiles, les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9tiques, embryologiques, ou mol\u00e9culaires [46]. Nancy Pearcey semble \u00e9galement avoir une vision tr\u00e8s limit\u00e9e de l&rsquo;histoire. Au cours de son excellente intervention \u00e0 propos de la victoire darwinienne, elle parle de chr\u00e9tiens ayant essay\u00e9 de faire la paix avec la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ceux qui ont reformul\u00e9 la th\u00e9orie pour la mettre en accord avec le DI esp\u00e9raient emp\u00eacher la mainmise du naturalisme philosophique sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9volution. Ils cherchaient \u00e0 extraire la th\u00e9orie scientifique de la philosophie dans laquelle elle s&rsquo;enracinait \u00bb [47].<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais ces chr\u00e9tiens et de nombreux autres avant eux autorisaient et m\u00eame soutenaient (\u00e0 leur insu) depuis plus de cinquante ans l&rsquo;assujetissement de la g\u00e9ologie et de la cosmologie au naturalisme, allant jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9fendre la th\u00e9orie des jours longs ou la th\u00e9orie de l\u2019intervalle et celle d&rsquo;un d\u00e9luge r\u00e9gional pour sauver la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e.<br \/>\nJ&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la Convention du mouvement en 1996, et donc \u00e0 la pr\u00e9sentation de cet article par Nancey Pearcey. Au cours du d\u00e9bat qui suivit, j&rsquo;ai attir\u00e9 l&rsquo;attention sur la mainmise du naturalisme sur la science au cours des d\u00e9cennies ant\u00e9rieures \u00e0 Darwin, et ce par le biais de la g\u00e9ologie de la Terre \u00e2g\u00e9e, en me r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 mon doctorat sur ce sujet ; mais je n&rsquo;ai eu aucune r\u00e9ponse, ni en public, ni en priv\u00e9. Il semblait que les partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e ne voulaient rien savoir du r\u00f4le du naturalisme dans la structuration d&rsquo;une histoire biblique portant sur des millions et des milliards d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>La convention en question \u00e9tait parrain\u00e9e par le minist\u00e8re chr\u00e9tien de Campus Crusade (CLM) lequel travaille aupr\u00e8s des responsables universitaires et soutient activement le DI et les protagonistes de la th\u00e9orie de la Terre \u00e2g\u00e9e, tels Hugh Ross et Walter Bradley.<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 ses liens avec le site Web Origins, CLM cherche \u00e0 mobiliser \u00ab les scientifiques et philosophes de premier plan sur les questions du DI et du th\u00e9isme \u00bb [48]. Ce site d\u00e9clare avec confiance :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Pour les chr\u00e9tiens, la date de la cr\u00e9ation n&rsquo;est pas une question de foi importante et ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme telle, car la Bible n&rsquo;indique aucune date pr\u00e9cise. Ce fait est ais\u00e9ment v\u00e9rifiable \u00e0 partir de sources telles que la Bible d&rsquo;\u00e9tude New International Version (NIV), la Nouvelle Edition de Gen\u00e8ve et les commentaires des \u00e9vang\u00e9liques\u2026 Nous pensons donc que les chr\u00e9tiens sont libres d&rsquo;ent\u00e9riner les preuves scientifiques d\u00e9gag\u00e9es des hypoth\u00e8ses philosophiques hostiles, comme celles du naturalisme \u00bb [49].<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour ceux qui commencent tout juste \u00e0 aborder le sujet, il doit \u00eatre dit que l&rsquo;opinion de la plupart des intellectuels chr\u00e9tiens sur cette question ne garantit pas une interpr\u00e9tation correcte des Ecritures, car la <em>vox populi<\/em> universitaire n&rsquo;est pas ce qui d\u00e9termine la v\u00e9rit\u00e9. Si c&rsquo;\u00e9tait le cas, la R\u00e9forme \u00e9tait dans l&rsquo;erreur (il n&rsquo;en est rien), puisque les R\u00e9formateurs ont \u00e9t\u00e9 en minorit\u00e9 pendans plusieurs d\u00e9cennies. A noter cependant le caract\u00e8re p\u00e9remptoire de la d\u00e9claration imprim\u00e9e en italique. Ces tenants de la terre \u00e2g\u00e9e ne comprennent pas que les \u00ab preuves scientifiques \u00bb favorables \u00e0 des milliards d&rsquo;ann\u00e9es fournissent en r\u00e9alit\u00e9 une interpr\u00e9tation naturaliste des donn\u00e9es g\u00e9ologiques et cosmologiques.<br \/>\nRetirer \u00ab les hypoth\u00e8ses philosophiques hostiles \u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire le naturalisme) de la g\u00e9ologie et de l&rsquo;astronomie revient \u00e0 retirer les preuves scientifiques de millions et de milliards d&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le livre de Hugh Ross et Fazale Rana, <em>Origins of life<\/em> (2004), donne un autre exemple du discours qui pr\u00e9tend combattre cette mortelle emprise du naturalisme sur la science tout en soutenant activement les th\u00e9ories \u00ab scientifiques \u00bb de type naturaliste dans l\u2019\u00c9glise. Voici ce que dit la publicit\u00e9 de cet ouvrage sur le site Internet de l\u2019organisation Reasons to Believe :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les th\u00e8ses naturalistes ont, des ann\u00e9es durant, \u00e9t\u00e9 monopolis\u00e9es par l&rsquo;Universit\u00e9 comme \u00e9tant la seule explication scientifique possible de l&rsquo;origine de la vie\u2026 Rana et Ross font voler en \u00e9clats le mythe selon lequel les preuves scientifiques avalisent les th\u00e9ories naturalistes\u2026 \u00bb [50].<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;origine de la vie est de fa\u00e7on habile et implicite consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;unique fief du naturalisme. Or il r\u00e8gne aussi dans les th\u00e9ories g\u00e9ologiques et cosmologiques qui statuent sur des milliards d&rsquo;ann\u00e9es, th\u00e9ories que Ross et Rana ont r\u00e9ellement persuad\u00e9 les la\u00efcs, pasteurs et \u00e9rudits chr\u00e9tiens d&rsquo;accepter et d&rsquo;appliquer \u00e0 leurs interpr\u00e9tations de la Bible. Ross et Rana se trompent eux-m\u00eames ainsi que d&rsquo;autres chr\u00e9tiens car ils s&rsquo;opposent au naturalisme dans la sph\u00e8re de l&rsquo;origine de la vie tout en accr\u00e9ditant les th\u00e9ories du Big Bang et des milliards d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Certains cr\u00e9ationnistes de la Terre jeune ne semblent pas non plus prendre la mesure exacte du probl\u00e8me. Nelson et Reynolds d\u00e9clarent aux partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e qui d\u00e9battent avec eux :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Nous pr\u00e9conisons en cons\u00e9quence de reporter les questions de chronologie et d&rsquo;histoire biblique \u00e0 une p\u00e9riode plus sereine. Les chr\u00e9tiens devraient s&rsquo;unir pour d\u00e9raciner cet accaparement st\u00e9rile et lassant de l\u2019enseignement par le naturalisme m\u00e9thodologique ou autre \u00bb [51].<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais il n&rsquo;y aura jamais de p\u00e9riode plus sereine, car le p\u00e9ch\u00e9 continuera d&rsquo;obscurcir l&rsquo;esprit de ceux qui ne veulent pas se soumettre \u00e0 leur Cr\u00e9ateur et \u00e0 sa Parole. L&rsquo;erreur de Nelson et de Reynolds appara\u00eet dans le propos suivant :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;essentiel est de s&rsquo;opposer \u00e0 toute tentative visant \u00e0 mettre en conformit\u00e9 le th\u00e9isme et le naturalisme \u00bb [52].<\/p><\/blockquote>\n<p>Non, l&rsquo;essentiel est de s&rsquo;opposer \u00e0 la mise en conformit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation biblique avec les lectures naturalistes de la Cr\u00e9ation, car celles-ci remod\u00e8lent la Gen\u00e8se dans la perspective d&rsquo;une Terre \u00e2g\u00e9e. Plut\u00f4t que d&rsquo;une alliance mal d\u00e9finie entre th\u00e9isme et naturalisme, il s&rsquo;agit d&rsquo;une union adult\u00e8re entre la doctrine biblique et le naturalisme. D\u00e8s lors, un combat limit\u00e9 \u00e0 la biologie ne m\u00e8nera \u00e0 rien. L&rsquo;ignorance d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la Bible \u2013 surtout de la Gen\u00e8se \u2013 qui illustre l&rsquo;impact cosmique du p\u00e9ch\u00e9, des jugements divins de la Chute, du D\u00e9luge, et de la Tour de Babel, f\u00fbt-ce m\u00eame en d\u00e9fendant le DI \u00e0 propos du vivant (y compris l&rsquo;activit\u00e9 divine orient\u00e9e vers une finalit\u00e9), cette ignorance donc ne conduira pas les gens au Dieu vivant et vrai, mais les \u00e9loignera plut\u00f4t de Lui et de sa Parole. Combattre le naturalisme uniquement en biologie, tout en manifestant une tol\u00e9rance envers le naturalisme, voire en l\u2019encourageant dans les domaines de la g\u00e9ologie et de l&rsquo;astronomie, ne pourra pas non plus briser l&rsquo;\u00e9tau du naturalisme en science. Le \u00ab coin \u00bb (wedge) du mouvement du DI ne permet pas du tout de progresser dans la v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est tout au plus un clou qui ne pourra fendre la b\u00fbche en deux. Les autorit\u00e9s scientifiques n&rsquo;adopteront pas pour autant la vision biblique de la Cr\u00e9ation, et les gens ne seront pas amen\u00e9s au Dieu de v\u00e9rit\u00e9, au Cr\u00e9ateur qui a parl\u00e9 dans un seul et unique livre : la Bible.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>Dans son ouvrage traitant de \u00ab la strat\u00e9gie du coin \u00bb, Johnson explique les approches que les chr\u00e9tiens devraient choisir dans ce qu&rsquo;il estime \u00eatre le futur dialogue entre religion et science (un dialogue en fait ant\u00e9rieur de plusieurs ann\u00e9es \u00e0 la naissance du mouvement du DI suite aux efforts des cr\u00e9ationnistes de la Terre jeune et d&rsquo;autres chercheurs). Il d\u00e9clare ceci :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le point de d\u00e9part doit \u00eatre le passage biblique qui r\u00e9pond le mieux \u00e0 la controverse \u00e9volutionniste. Il ne se trouve pas dans la Gen\u00e8se mais plut\u00f4t au commencement de l&rsquo;Evangile de Jean\u00bb [53].<\/p><\/blockquote>\n<p>Il cite et discute ensuite Jean 1:1-3 puis Romains 1:18-20. Ces passages assur\u00e9ment pertinents ne concernent cependant pas aussi directement que la Gen\u00e8se le d\u00e9bat entre Cr\u00e9ation et \u00e9volution ou celui de l&rsquo;\u00e2ge de la Terre. De plus, les ap\u00f4tres Jean et Paul croient visiblement au caract\u00e8re historique et litt\u00e9ral de la Gen\u00e8se, sur lequel leur enseignement s&rsquo;appuie, tout comme celui de J\u00e9sus. Dans une interview accord\u00e9e en 2001, Johnson d\u00e9clarait aussi :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Je pense que l&rsquo;une des questions secondaires [du d\u00e9bat Cr\u00e9ation\/\u00e9volution] traite des d\u00e9tails chronologiques de la Gen\u00e8se\u2026 Pour ce qui est de l&rsquo;importance de la Bible, nous devrions d\u00e9placer le d\u00e9bat vers le fait le plus important de la Cr\u00e9ation, c&rsquo;est-\u00e0-dire Jean 1:1\u2026 Il importe de ne pas s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 des questions de d\u00e9tails bibliques qui cous confrontent \u00e0 d&rsquo;innombrables incertitudes \u00bb [54].<\/p><\/blockquote>\n<p>Quels sont les arguments de Johnson pour d\u00e9cider que Jean 1:1 est le fait le plus important de la Cr\u00e9ation ? Il n&rsquo;a jamais fourni aucune justification th\u00e9ologique ni biblique \u00e0 l&rsquo;appui. Il est tr\u00e8s difficile de ne pas penser que ses commentaires tiennent en tr\u00e8s pi\u00e8tre consid\u00e9ration (allant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence) le texte inerrant inspir\u00e9 de Gen\u00e8se 1-11. Je gage que l&rsquo;incapacit\u00e9 de Johnson de percevoir (ou d&rsquo;expliquer \u00e0 ses lecteurs s\u2019il la per\u00e7oit) que la notion de milliards d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;histoire g\u00e9ologique et cosmique n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que du naturalisme philosophique paradant sous couleur de fait scientifique est ce qui l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 \u00e9viter le texte de la Gen\u00e8se.<\/p>\n<p>Cet aveuglement vis-\u00e0-vis de l&rsquo;influence du naturalisme de la part d&rsquo;une personne qui avertit de ses dangers se trouve par ailleurs illustr\u00e9 dans un article de l&rsquo;un des plus grands philosophes \u00e9vang\u00e9liques, Norman Geisler. En 1998 Geisler, en tant que pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de Th\u00e9ologie Evang\u00e9lique (Evangelical Theological Society), a prononc\u00e9 le discours d&rsquo;usage \u00e0 la convention annuelle de la STE [55]. Il signalait un certain nombre de philosophies dangereuses qui attaquent l\u2019\u00c9glise et exercent une influence consid\u00e9rable. Il reconna\u00eet m\u00eame l&rsquo;application de l&rsquo;antisurnaturalisme de David Hume \u00e0 la g\u00e9ologie, ce qui inaugure ainsi presque deux si\u00e8cles de naturalisme dans les sciences \u00bb [56].<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;il y a de terriblement ironique et de tr\u00e8s d\u00e9cevant est que Geisler a confirm\u00e9 les positions de Hugh Ross qui, d&rsquo;une fa\u00e7on agressive, mais subtile (en conscience ou non), encourage la p\u00e9n\u00e9tration des th\u00e9ories et de la pens\u00e9e naturalistes dans l\u2019\u00c9glise, en persuadant les chr\u00e9tiens d&rsquo;accepter les millions d&rsquo;ann\u00e9es et le \u00ab Big Bang \u00bb comme des faits de science. D&rsquo;autre part, Geisler d\u00e9clare, dans son <em>Encyclopedia of Christian Apologetics<\/em> publi\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e qui suivit son discours \u00e0 la STE, que \u00ab la plupart des preuves scientifiques donnent \u00e0 la Terre des milliards d&rsquo;ann\u00e9es \u00bb [57]. Mais comme je l&rsquo;ai montr\u00e9, ces milliards d&rsquo;ann\u00e9es ne correspondent pas \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la Terre, mais \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation naturaliste de ces preuves. La confusion entre preuves et lecture des preuves conduit Geisler \u00e0 rejeter les jours solaires de Gen\u00e8se 1 et \u00e0 croire que les g\u00e9n\u00e9alogies de Gen\u00e8se 5 et 11 r\u00e9v\u00e8lent des lacunes de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, tout en affirmant qu\u2019\u00e0 premi\u00e8re vue, les preuves de la Gen\u00e8se soutiennent l&rsquo;id\u00e9e de jours solaires et non de lacunes g\u00e9n\u00e9alogiques [58]. Apr\u00e8s avoir expos\u00e9 les diverses r\u00e9interpr\u00e9tations de la Gen\u00e8se allant dans le sens d\u2019une vieille Terre (avec dans tous les cas une lecture naturaliste des preuves scientifiques, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9e par les chr\u00e9tiens partisans de la Terre jeune (CTJ) et pr\u00e9sente de graves probl\u00e8mes d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se), Geisler conclut \u00e0 tort par ces mots :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Il n&rsquo;existe aucun conflit in\u00e9vitable entre la Gen\u00e8se et la croyance \u00e0 un univers de millions, voire de milliards d&rsquo;ann\u00e9es \u00bb [59].<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais Geisler n&rsquo;est pas le seul philosophe \u00e9vang\u00e9lique dont le niveau de formation lui permet de d\u00e9tecter le naturalisme philosophique sans lui permettre d&rsquo;y parvenir dans la question de l&rsquo;\u00e2ge de la Terre. Je ne connais en r\u00e9alit\u00e9 aucun philosophe \u00e9vang\u00e9lique de renom qui soit un CTJ convaincu. Si les philosophes qui ont foi dans la Bible et la d\u00e9fendent ne discernent pas l&rsquo;influence dominante de la pens\u00e9e naturaliste sur la g\u00e9ologie et la cosmologie, qu&rsquo;en sera-t-il du reste de l&rsquo;\u00c9glise ? Or c&rsquo;est justement en cela que se r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;influence magique de la pens\u00e9e de la Terre \u00e2g\u00e9e. Car nous avons tous (\u00e0 tous les niveaux de comp\u00e9tence) subi un lavage de cerveau. \u00ab Lavage de cerveau \u00bb est un terme tr\u00e8s fort qui demande une explication. Comme nous l&rsquo;avons vu, c&rsquo;est \u00e0 la suite de la publication des <em>Principes de G\u00e9ologie<\/em> (<em>Principles of Geology<\/em>) de Lyell (1830-1833) que la g\u00e9ologie est pass\u00e9e sous le contr\u00f4le d&rsquo;un actualisme dogmatique avec dans le m\u00eame temps la disparition presque totale de la th\u00e9orie catastrophiste. Cette situation se refl\u00e8te dans une d\u00e9finition du \u00ab catastrophisme \u00bb donn\u00e9e en 1972 (par deux \u00e9minents sp\u00e9cialistes) dans un dictionnaire des sciences :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Catastrophisme : hypoth\u00e8se, aujourd&rsquo;hui \u00e0 peu pr\u00e8s totalement \u00e9cart\u00e9e, selon laquelle les changements survenus sur la Terre sont le r\u00e9sultat de grandes catastrophes isol\u00e9es, de courte dur\u00e9e, en opposition avec l&rsquo;id\u00e9e, implicite dans l\u2019actualisme, que des changements mineurs apparaissent en continu \u00bb [60].<\/p><\/blockquote>\n<p>Cependant, un \u00e9v\u00e8nement tr\u00e8s inattendu s&rsquo;est produit \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque en g\u00e9ologie \u2013 \u00e0 savoir la naissance du \u00ab n\u00e9ocatastrophisme \u00bb. Tous ses partisans \u00e9taient des \u00e9volutionnistes qui \u00e9valuaient l&rsquo;\u00e2ge de la Terre en milliards d&rsquo;ann\u00e9es. Dans le sillage des sp\u00e9cialistes du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, ils croyaient \u00e0 une formation rapide du paysage g\u00e9ologique par une suite de catastrophes. L&rsquo;un des chefs de file du mouvement \u00e9tait Derek Ager, un g\u00e9ologue britannique qui avait men\u00e9 des recherches dans \u00e0 peu pr\u00e8s cinquante pays du monde. L&rsquo;un de ses livres \u00e9tudiait le d\u00e9veloppement des th\u00e8ses en pr\u00e9sence au XIXe si\u00e8cle et il a fait ce commentaire r\u00e9v\u00e9lateur :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Mon pr\u00e9texte pour ce long d\u00e9tour (d&rsquo;amateur) par l&rsquo;histoire est d&rsquo;avoir voulu montrer comment la g\u00e9ologie est \u00e0 mon avis tomb\u00e9e aux mains des th\u00e9oriciens [c\u2019est-\u00e0-dire les actualistes, selon Ager] davantage influenc\u00e9s par l&rsquo;histoire sociale et politique de leur temps que par leurs observations sur le terrain\u2026 En d&rsquo;autres termes, nous nous sommes laiss\u00e9s conditionner de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter toute interpr\u00e9tation du pass\u00e9 qui prend en compte des processus extr\u00eames pouvant \u00eatre d\u00e9sign\u00e9s sous le nom de processus \u2018catastrophiques\u2019 \u00bb [61].<\/p><\/blockquote>\n<p>Ager admettait avoir subi ce lavage de cerveau et l&rsquo;attribuait \u00e0 sa formation de g\u00e9ologue et \u00e0 ses premi\u00e8res ann\u00e9es de recherche qui l&rsquo;avaient emp\u00each\u00e9 d&rsquo;accorder aux faits valeur de preuves quant \u00e0 l&rsquo;existence de catastrophes. Malgr\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 qui lui sautait aux yeux, son esprit \u00e9tait aveugl\u00e9 par toute une s\u00e9rie de suppositions. Mais il n&rsquo;avait pas conscience du fait que, mis \u00e0 part le lavage de cerveau impos\u00e9 par la philosophie socio-politique du XIXe si\u00e8cle, son aveuglement \u00e9tait d\u00fb aussi \u00e0 tout un appareil philosophico-religieux du nom de naturalisme (il n&rsquo;en \u00e9tait pas moins une victime consentante, car ses ouvrages indiquent assez clairement son \u00e9tat de p\u00e9cheur en r\u00e9volte contre Dieu). En cons\u00e9quence, et pour peu que je sache, cet aveuglement s&rsquo;est maintenu jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, survenue voici quelques ann\u00e9es, eu \u00e9gard aux fossiles et aux roches qui d\u00e9montraient abondamment la r\u00e9alit\u00e9 du D\u00e9luge \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de No\u00e9. Si ce conditionnement s&rsquo;\u00e9tendait m\u00eame aux g\u00e9ologues (c&rsquo;est encore le cas pour la plupart, y compris les g\u00e9ologues chr\u00e9tiens), pensez \u00e0 d&rsquo;autres chr\u00e9tiens (y compris les plus brillants philosophes \u00e9vang\u00e9liques et les sp\u00e9cialistes de l&rsquo;Ancien Testament) qui, au travers de leur formation, des mus\u00e9es, des circuits de visite dans les parcs nationaux, des programmes scientifiques de la t\u00e9l\u00e9vision, etc., ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 croire que les g\u00e9ologues ont d\u00e9montr\u00e9 la vieillesse de la Terre (\u00e2g\u00e9e de milliards d&rsquo;ann\u00e9es) et que la catastrophe du D\u00e9luge universel (d&rsquo;une dur\u00e9e d&rsquo;un an) ne s&rsquo;est jamais produite.<\/p>\n<h2>IX. CONCLUSION<\/h2>\n<p>Le contr\u00f4le du naturalisme sur la science remonte bien au-del\u00e0 de Darwin : il a pour origine les th\u00e9ories de la Terre \u00e2g\u00e9e et du vieil univers, \u00e0 l&rsquo;aube des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, voire m\u00eame les \u00e9crits de Galil\u00e9e et de Francis Bacon (dont les diktats \u00e0 propos de l&rsquo;Ecriture et de la science servaient souvent de r\u00e9f\u00e9rences aux g\u00e9ologues du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle). Ce sont eux qui ont enfonc\u00e9 le premier coin entre l&rsquo;Ecriture et la science.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e2ge de la Terre a une \u00e9norme importance pour qui veut combattre le naturalisme scientifique avec efficacit\u00e9 et rester fid\u00e8le \u00e0 la Parole inspir\u00e9e et inerrante du Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre ; Il \u00e9tait pr\u00e9sent au commencement, au moment du D\u00e9luge, et Il nous a fid\u00e8lement et clairement inform\u00e9s des \u00e9v\u00e8nements. Le mouvement du DI offre un tel m\u00e9lange d&rsquo;agnostiques et de th\u00e9istes, une telle palette de positions th\u00e9ologiques qu&rsquo;il ne peut jamais se pr\u00e9occuper d&rsquo;\u00eatre fid\u00e8le au vrai Dieu et \u00e0 sa Parole. Comme not\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, il n&rsquo;y a r\u00e9ellement aucun \u00ab coin \u00bb dans la strat\u00e9gie de Johnson. C&rsquo;est plut\u00f4t un clou qui ne pourra pas fendre la b\u00fbche. Une approche con\u00e7ue sans l&rsquo;Ecriture ne peut gu\u00e8re atteindre qu&rsquo;\u00e0 une d\u00e9finition vague d&rsquo;un concepteur intelligent (et pas m\u00eame n\u00e9cessairement divin). Apr\u00e8s avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ignor\u00e9 la doctrine biblique donn\u00e9e par le Cr\u00e9ateur \u2013 en particulier dans la Gen\u00e8se \u2013 les arguments du DI ne sauraient constituer une ouverture vers le vrai Dieu.<\/p>\n<p>Si Johnson et les autres tenants du DI veulent en d\u00e9finitive introduire la Gen\u00e8se dans le d\u00e9bat des origines, je pr\u00e9dis alors que :<br \/>\n&#8211; ils seront r\u00e9trospectivement accus\u00e9s de tromperie (accusation d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9e par de nombreux \u00e9volutionnistes) pour s&rsquo;\u00eatre longtemps distanc\u00e9s des CTJ en ignorant la Gen\u00e8se, et<br \/>\n&#8211; ils feront fuir la plupart de leurs coll\u00e8gues partisans de la Terre \u00e2g\u00e9e \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du mouvement du DI, qui, pour diverses raisons, refusent de se soumettre \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de la Parole de Dieu.<br \/>\nLe manque de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ecriture dans le mouvement du DI devrait inqui\u00e9ter tout chr\u00e9tien qui croit \u00e0 la Bible. Les chr\u00e9tiens ne sont d&rsquo;aucune aide au monde \u00e9volutionniste et encore moins \u00e0 Dieu en ignorant sa Sainte Parole.<\/p>\n<p>J&rsquo;appelle ici mes fr\u00e8res chr\u00e9tiens engag\u00e9s dans le mouvement du DI \u00e0 retourner \u00e0 la Parole de Dieu et surtout \u00e0 la Gen\u00e8se, afin de prendre conscience de la contrainte naturaliste impos\u00e9e \u00e0 la g\u00e9ologie, \u00e0 la cosmologie, et qui conduit les gens \u00e0 penser \u00e0 tort que la science a d\u00e9montr\u00e9 le tr\u00e8s grand \u00e2ge de la Terre. Je les supplie d&#8217;employer leurs grandes capacit\u00e9s intellectuelles, leurs talents d&rsquo;orateurs et d&rsquo;\u00e9crivains \u00e0 d\u00e9noncer le mensonge des lectures naturalistes concernant l\u2019antiquit\u00e9 de la Terre et de l&rsquo;univers, et de d\u00e9fendre la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9vidente de la Gen\u00e8se, \u00e0 la fois dans l\u2019\u00c9glise et dans le monde.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages abondent et sont clairs. L&rsquo;ennemi a envahi la sainte citadelle. Les modes de pens\u00e9e naturalistes (ath\u00e9es) ont progressivement contamin\u00e9 l\u2019\u00c9glise depuis ces deux cents derni\u00e8res ann\u00e9es, au moyen des \u00ab th\u00e9ories scientifiques \u00bb de la Terre \u00e2g\u00e9e et de la th\u00e9ologie lib\u00e9rale. Qui saisira l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de l&rsquo;Esprit (\u00c9ph\u00e9siens 6:1-7) \u2013 surtout Gen\u00e8se 1-11 \u2013 pour aider \u00e0 expulser l&rsquo;ennemi, le naturalisme ? La seule alternative est d&rsquo;ignorer cette invasion, cette pollution, et de les encourager davantage encore par le biais d\u2019un compromis avec la croyance \u00e9volutionniste dans les millions d&rsquo;ann\u00e9es.<\/p>\n<h2>Visions de l\u2019histoire terrestre au XIXe si\u00e8cle<\/h2>\n<h3>Vision biblique (g\u00e9ologues scripturaires)<\/h3>\n<p>CS&#8212;D&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;P&#8212;&#8212;&#8212;-FS<br \/>\n(Des origines \u00e0 nos jours : environ 6000 ans).<\/p>\n<p>Le monde est une cr\u00e9ation surnaturelle (CS) de Dieu en six jours solaires ; il en fut de m\u00eame des \u00ab formes \u00bb de vie dans le m\u00eame espace de temps. Puis Dieu jugea le monde au moyen d&rsquo;un D\u00e9luge universel (D) \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de No\u00e9, ce qui fut \u00e0 l&rsquo;origine de la plupart des strates fossilif\u00e8res d\u00e9couvertes par les g\u00e9ologues ; tous les processus actuels (P) sont pour l&rsquo;essentiel caract\u00e9ris\u00e9s par la continuit\u00e9 depuis le D\u00e9luge. Ils resteront invariables jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du monde que Dieu am\u00e8nera de fa\u00e7on surnaturelle (FS).<\/p>\n<h3>Vision catastrophiste (Cuvier, Smith)<\/h3>\n<p>DS&#8212;&#8212;&#8212;-C&#8212;&#8212;&#8212;-C&#8212;&#8212;&#8212;-C&#8212;&#8212;&#8212;-C&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;P&#8212;&#8212;-C ?&#8212;FN ? (FS ?)<br \/>\n(temps \u00e9coul\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui : \u00ab \u00e2ges non d\u00e9finis \u00bb)<\/p>\n<p>Au cours de la longue histoire de la Terre (au moins des millions d&rsquo;ann\u00e9es) depuis la cr\u00e9ation surnaturelle d&rsquo;une Terre primitive (DS : D\u00e9but Surnaturel) par Dieu, il y a eu de nombreuses inondations catastrophiques, locales ou universelles qui ont produit la plupart des d\u00e9p\u00f4ts fossilif\u00e8res\/g\u00e9ologiques et la configuration terrestre existante. Apr\u00e8s chaque catastrophe (C), Dieu a cr\u00e9\u00e9 de nouvelles formes de vie de fa\u00e7on surnaturelle. Les catastrophes du pass\u00e9 \u00e9tant des \u00e9v\u00e8nements naturels, il pourrait y en avoir une autre sur la Terre \u00e0 l&rsquo;avenir, qui pourrait aussi se terminer de fa\u00e7on naturelle (FN) ou surnaturelle (FS).<\/p>\n<h3>Vision actualiste (Hutton, Lyell)<\/h3>\n<p>DS ?&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;P&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-FN ?<br \/>\n(temps \u00e9coul\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui : \u00ab \u00e2ges non d\u00e9finis \u00bb)<\/p>\n<p>Tous les processus g\u00e9ologiques de la Terre ont (peut-\u00eatre) eu un commencement (DS : D\u00e9but Surnaturel) il y a des millions d&rsquo;ann\u00e9es sur une Terre primitive. Ces processus (P) d\u2019\u00e9rosion, de s\u00e9dimentation, et impliquant des volcans et des s\u00e9ismes se sont produits jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui et se produiront \u00e0 l&rsquo;avenir dans les m\u00eames proportions et avec la m\u00eame intensit\u00e9 qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<br \/>\nPersonne ne sait si ces processus naturels ordinaires auront ou non une fin (FN : Fin Naturelle).<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p>[1] Selon cette philosophie ou vision du monde, active sous diff\u00e9rentes \u00e9tiquettes (mat\u00e9rialisme philosophique, ath\u00e9isme ou humanisme s\u00e9culier), la nature (ou mati\u00e8re) est la seule r\u00e9alit\u00e9 et tout doit et peut s&rsquo;expliquer par l&rsquo;action conjointe du facteur temps, du hasard et des lois naturelles sur la mati\u00e8re. Cette philosophie rend compte non seulement du fonctionnement de l&rsquo;univers mais aussi des conditions de son apparition. Les mat\u00e9rialistes croient au caract\u00e8re \u00e9ternel de la mati\u00e8re (dont les formes \u00e9voluent) ou attribuent l&rsquo;apparition de la mati\u00e8re primitive au hasard.<\/p>\n<p>[2] Citons, par exemple, les propos de Philippe Johnson : \u00ab Afin d&rsquo;\u00e9viter la confusion et des digressions sans fin, et de fixer notre attention sur ce qui importe vraiment, j&rsquo;ai r\u00e9solument \u00e9cart\u00e9 toutes les questions d&rsquo;interpr\u00e9tation biblique et d&rsquo;autorit\u00e9 religieuse, ce qui me permettra de concentrer toute mon attention sur un seul th\u00e8me de recherche. Ce th\u00e8me, formul\u00e9 dans les termes emprunt\u00e9s \u00e0 Fr. Seraphim, le voici : \u00ab L&rsquo;\u00e9volution n&rsquo;est pas du tout un fait scientifique, mais une philosophie. \u00bb Cette philosophie, c&rsquo;est le naturalisme.\u201d (Introduction \u00e0 Fr. Seraphim Rose, <em>Genesis, Creation and Early Man. <\/em>Platina, Calif. : St. Herman of Alaska Brotherhood, 2000:50).<\/p>\n<p>[3] Galil\u00e9e, <em>Letter to the Grand Duchess Christina<\/em> (Lettre \u00e0 la Grande Duchesse Christina) (1615), traduit et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans Stillman Drake, <em>Discoveries and Opinions of Galileo <\/em>(New York : Doubleday, 1957) 186, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans D. C. Goodman, \u00e9d., <em>Science and Religious Belief 1600-1900: A Selection of Primary Sources <\/em>(Milton Keynes, U.K.: The Open University Press, 1973) 34.<\/p>\n<p>[4] L&rsquo;affaire complexe de Galileo Galilei a fait couler beaucoup d&rsquo;encre. On trouvera une int\u00e9ressante analyse de la question sous la plume de Thomas Schirrmacher, \u201cThe Galileo Affair: history or heroic hagiography?\u201d, <em>Creation Ex Nihilo Technical Journal<\/em> 14\/1 (2000):91\u2013100.<br \/>\nVoir aussi : [acc\u00e9d\u00e9 le 30 janvier 2004]), et : William R. Shea, \u201cGalileo and the Church\u201d, dans God and Nature, \u00e9diteurs. David C. Lindberg and Ronald L. Numbers (Berkeley, Calif. : University of California Press, 1986) 114\u201335.<\/p>\n<p>[5] Francis Bacon, <em>The Works of Francis Bacon<\/em> (Londres : n.p., 1819) 2:480\u201388.<\/p>\n<p>[6] Francis Bacon, traduit par Andrew Johnson \u00e0 partir de l\u2019\u00e9dition originale de 1620 de <em>Novum Organum<\/em> (Londres, n.p., 1859) 43 (Livre I, partie lxv). Voir aussi : Francis B<em>acon, Advancement of Learning <\/em>(Oxford, 1906) 46 (Livre I, partie VI.16).<\/p>\n<p>[7] Une analyse extensivement document\u00e9e des g\u00e9ologues scripturaux et de leur opposition \u00e0 la g\u00e9ologie de la Terre \u00e2g\u00e9e peut \u00eatre trouv\u00e9e dans ma th\u00e8se de doctorat : T. J. Mortenson, \u201cBritish Scriptural Geologists in the first half of the Nineteenth Century\u201d [G\u00e9ologues scripturaires britanniques dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle] (Coventry University, Coventry, U.K., 1996). Elle est disponible au Service des Th\u00e8ses de la Biblioth\u00e8que Britannique (<a href=\"http:\/\/www.bl.uk\/services\/document\/brittheses.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">www.bl.uk\/services\/document\/brittheses.html<\/a>) [acc\u00e9d\u00e9 le 30 janvier 2004] soit sur microfilm pour pr\u00eat, soit sur papier pour achat. La maison d\u2019\u00e9dition New Leaf Press esp\u00e8re pouvoir publier une version r\u00e9vis\u00e9e au printemps 2004 sous le titre : <em>The Great Turning Point: The Church\u2019s Mistake with Geology\u2014Before Darwin. <\/em>(NDT : ce livre a, en effet, \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 par Master Books qui est une filiale de New Leaf Press, en f\u00e9vrier 2004.)<\/p>\n<p>[8] Georges Comte de Buffon, Les \u00e9poques de la nature (Paris: n.p., 1778). D\u2019apr\u00e8s le manuscrit non publi\u00e9 de Buffon, ce dernier croyait en r\u00e9alit\u00e9 que les roches s\u00e9dimentaires avaient probablement n\u00e9cessit\u00e9 au moins trois millions d\u2019ann\u00e9es pour se former. Mais sa crainte des r\u00e9actions de ses contemporains vis-\u00e0-vis de cette date recul\u00e9e le conduisit \u00e0 mettre la date de 75000 ans dans la version publi\u00e9e de son livre. Voir Georges-Louis LeClerc, Comte de\u201d, dans Charles C. Gillispie, \u00e9d., <em>Dictionary of Scientific Biography<\/em> [ci-apr\u00e8s DSB], 16 vols. (New York : Scribner\u2019s, 1970, 1990) 579.<\/p>\n<p>[9] \u201cBuffon, Georges-Louis LeClerc, Comte de,\u201d DSB 577\u201378.<\/p>\n<p>[10] Pierre Laplace, <em>Exposition du syst\u00e8me du monde<\/em>, 2 volumes (Paris : Cercle Social, 1796).<\/p>\n<p>[11] John H. Brooke, <em>Science and Religion<\/em> (Cambridge : Cambridge University Press, 1991) 243.<\/p>\n<p>[12] Leroy E. Page, \u201cDiluvialism and Its Critics in Great Britain in the Early Nineteenth Century<em>\u201d, dans Toward a History of Geology,<\/em> \u00e9d. Cecil J. Schneer (Cambridge, Mass. : MIT, 1969) 257.<\/p>\n<p>[13] Alexander Ospovat, \u201cWerner, Abraham Gottlob\u201d, DSB 260.<\/p>\n<p>[14] Dennis R. Dean, \u201cJames Hutton on Religion and Geology: the Unpublished Preface to His Theory of the Earth (1788)\u201d, <em>Annals of Science <\/em>32 (1975) :187\u201393.<\/p>\n<p>[15] William Smith, <em>Strata Identified by Organized Fossils<\/em> (Londres : n.p., 1816); et <em>Stratigraphical System of Organized Fossils<\/em> (Londres : n.p., 1817).<\/p>\n<p>[16] Les propres \u00e9crits de Smith sugg\u00e8rent cela, comme \u00e9galement les commentaires du g\u00e9ologue John Phillips, le neveu de Smith et son \u00e9tudiant en g\u00e9ologie. Voir : John Phillips, <em>Memoirs of William Smith<\/em> (Londres : [n.p.], 1844) 25.<\/p>\n<p>[17] William Smith, <em>Deductions from Established Facts in Geology<\/em> (Scarborough : n.p., 1835).<\/p>\n<p>[18] Brooke, <em>Science and Religion<\/em> 247\u201348.<\/p>\n<p>[19] <em>Theory of the Earth<\/em> (Edimbourg : Blackwood, 1913) fut la premi\u00e8re traduction en anglais du \u00ab Discours pr\u00e9liminaire \u00bb, titre originel de l&rsquo;ouvrage de Cuvier dans <em>Recherches sur les ossements fossiles de quadrup\u00e8des<\/em> (Paris, 1812).<\/p>\n<p>[20] C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9diteur \u00e9cossais des \u00e9ditions anglaises de Cuvier, Robert Jameson, qui \u00e9tablit un lien entre la derni\u00e8re catastrophe et le D\u00e9luge de No\u00e9, sans doute dans le but de mettre le ph\u00e9nom\u00e8ne en accord avec l&rsquo;opinion britannique de l&rsquo;\u00e9poque. William Buckland, le g\u00e9ologue d&rsquo;Oxford, rendit cette th\u00e9orie encore plus populaire. Voir : Martin Ru<em>dwick, The Meaning of Fossils<\/em> (Chicago : University of Chicago Press, 1985) 133\u201335.<\/p>\n<p>[21] Colin A. Russell, <em>Cross-currents: Interactions Between Science &amp; Faith<\/em> (Leicester : InterVarsity, 1985) 136.<\/p>\n<p>[22] William Hanna, <em>Memoirs of the Life and Writings of Thomas Chalmers<\/em> Edimbourg : n.p., 184952) 1.80\u201381 ; Thomas Chalmers, \u201cRemarks on Curvier&rsquo;s Theory of the Earth,\u201d dans <em>The Christian Instructor<\/em> (1814), r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans <em>The Works of Thomas Chalmers<\/em> (Glasgow : n.p., 1836\u201342) 12:347\u201372.<\/p>\n<p>[23] George S. Faber, <em>Treatise on the Genius and Object of the Patriarchal, the Levitical, and the Christian Dispensations <\/em>(Londres : n.p., 1823) 1:chap. 3.<\/p>\n<p>[24] Hugh Miller, <em>The Two Records: Mosaic and the Geological <\/em>(Londres : n.p., 1854) ; et : <em>Testimony of the Rocks<\/em> (r\u00e9impression de l\u2019\u00e9dition de 1957 ; Edimbourg : W. P. Nimmo, Hay &amp; Mitchell, 1897) 107\u201374.<\/p>\n<p>[25] John Fleming, \u201cThe Geological Deluge as Interpreted by Baron Cuvier and Buckland Inconsistent with Moses and Nature,\u201d <em>Edimbourg Philosophical Journal<\/em> 14 (1826):205\u201339.<\/p>\n<p>[26] John Pye Smith, <em>Relation between the Holy Scriptures and some parts of Geological Science <\/em>(Londres : Jackson &amp; Walford, 1839).<\/p>\n<p>[27] Voir les analyses et commentaires d\u00e9taill\u00e9s avant et durant cette p\u00e9riode dans ma th\u00e8se (note de bas de page 7) 53-67, \u00e9galement :<br \/>\n(acc\u00e9d\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 2004).<\/p>\n<p>[28] Brooke, <em>Science and Religion<\/em> 194.<\/p>\n<p>[29] Henning G. Reventlow, <em>The Authority of the Bible and the Rise of the Modern World,<\/em> trad. John Bowden (Londres : SCM, 1984) 412.<\/p>\n<p>[30] Article sur Buffon dans DSB 577\u201378.<\/p>\n<p>[31] James A. Secord, <em>Controversy in Victorian Geology: The Cambrian-Silurian Dispute<\/em> (Princeton, N. J. : Princeton Univ. Press, 1986) 6.<\/p>\n<p>[32] Colin A. Russell, \u201cThe Conflict Metaphor and Its Social Origins\u201d, <em>Science and Christian Belief<\/em> 1\/1 (1989) :25.<\/p>\n<p>[33] Martin J. S. Rudwick, <em>The Great Devonian Controversy: The Shaping of Scientific Knowledge among Gentlemanly Specialists<\/em> (Chicago : University of Chicago Press, 1985) 431\u201332.<\/p>\n<p>[34] Charles Lyell, \u201cReview of Scrope\u2019s Memoir on the Geology of Central France\u201d, <em>Quarterly Review<\/em> 36\/72 (1827) :480.<\/p>\n<p>[35] Thomas S. Kuhn, <em>The Structure of Scientific Revolution<\/em>s (Chicago : University of Chicago Press, 1970) 76.<\/p>\n<p>[36] Henry Cole, Popular Geology (Londres : J. Hatchard, 1834) 31; George Young, <em>Scriptural Geology <\/em>(Londres : Simpkin, Marshall and Co., 1838) 74.<\/p>\n<p>[37] Cit\u00e9 dans : John H. Brooke, \u201cThe Natural Theology of the Geologists: Some Theo<em>logical Strata\u201d, Images of the Earth<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par L. J. Jordanova et Roy S. Porter (British Society for the History of Science, Monographe 1, 1979) 45.<\/p>\n<p>[38] Cit\u00e9 dans Roy Porter, \u201cCharles Lyell and the Principles of the History of Geology\u201d, <em>The British Journal for the History of Science <\/em>9\/2\/32 (juillet 1976):93.<\/p>\n<p>[39] James Hutton, \u201cTheory of the Earth\u201d, <em>Transactions of the Royal Society of Edinburgh<\/em>, 1785, cit\u00e9 dans A. Holmes, <em>Principles of Physical Geology<\/em> (Royaume-Uni : Thomas Nelson and Sons Ltd., 1965) 43-44.<\/p>\n<p>[40] John K. Reed, \u201cDemythologizing Uniformitarian History\u201d, <em>Creation Research Society Quarterly<\/em> (CRSQ) 35\/3 (d\u00e9cembre 1998):156-65, et : \u201cHistoriography and Natural History,\u201d CRSQ 37\/3 (d\u00e9cembre 2000):160-75).<\/p>\n<p>[41] Les cr\u00e9ationnistes \u00e0 la pointe de la recherche dans ce domaine pensent qu&rsquo;il existe sans \u00e9quivoque possible des preuves d&rsquo;une seule \u00e8re glaciaire et qu&rsquo;elle aurait \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par des facteurs climatiques, atmosph\u00e9riques, g\u00e9ologiques et oc\u00e9aniques pr\u00e9sents \u00e0 la fin du D\u00e9luge de 371 jours, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de No\u00e9. Voir par exemple : Michael Oard<em>, An Ice Age Caused by the Genesis Flood <\/em>(El Cajon, Calif. : Institute for Creation Research, 1990) ; et : Larry Vardim<em>an, Ice Cores and the Age of the Earth<\/em> (El Cajon, Calif. : Institute for Creation Research, 1996). Pour une \u00e9tude moins technique, voir : Don Batten, \u00e9d., <em>The Answers Book<\/em> (Green Forest, Ark. : Master Books, 1990) 199\u2013210.<\/p>\n<p>[42] Pour une comparaison acad\u00e9mique r\u00e9cente de la mani\u00e8re dont les partisans du XIXe si\u00e8cle de la Terre \u00e2g\u00e9e et de la Terre jeune abordaient le probl\u00e8me du mal dans la cr\u00e9ation, voir : Thane Hutcherson Ury, \u201cThe Evolving Face of God as Creator: Earth Nineteenth-Century Traditionalist and Accommodationist Theodical Responses in British Religious Thought to Paleonatural Evil in the Fossil Record\u201d (m\u00e9moire de th\u00e8se de doctorat, Andrews University, 2001).<\/p>\n<p>[43] John M. Robson, \u201cThe Fiat and Finger of God: The Bridgewater Treatises\u201d dans<em> Victorian Faith in Crisis,<\/em> \u00e9d. Richard J. Helmstadter et Bernard Lightman (Basingston, Royaume-Uni : MacMillan, 1990) 111\u201313.<\/p>\n<p>[44] Bertrand Russell, \u201cWhy I Am Not A Christian\u201d (6 mars 1927, conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 S\u00e9culi\u00e8re Nationale, Branche de Londres Sud, Battersea Town Hall), (acc\u00e9d\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 2004) 4.<\/p>\n<p>[45] David Hull, \u201cThe God of the Gal\u00e1pagos\u201d, <em>Nature<\/em> 352 (8 ao\u00fbt 1991) :485\u201386.<\/p>\n<p>[46] Phillip Johnson, \u201cAfterword: How to Sink a Battleship,\u201d dans <em>Mere Creation: Science, Faith and Intelligent Design, \u00e9<\/em>d. William Dembski (Downers Grove, Ill. : InterVarsity, 1998) 448\u201349.<\/p>\n<p>[47] Nancy Pearcey, \u201cYou Guys Lost\u201d, ibid., 84.<\/p>\n<p>[48] (acc\u00e9d\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 2004).<\/p>\n<p>[49] (acc\u00e9d\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 2004) [soulign\u00e9 dans l\u2019original].<\/p>\n<p>[50] (t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 le 11 janvier 2004).<\/p>\n<p>[51] Paul Nelson et Mark John Reynolds, \u201cYoung-Earth Creationism: Conclusion,\u201d dans : <em>Three Views of Creation and Evolution<\/em>, \u00e9diteurs J. P. Moreland et John Mark Reynolds (Grand Rapids : Zondervan, 1999) 100.<\/p>\n<p>[52] Ibid.<\/p>\n<p>[53] Voir Phillip Johnson<em>, The Wedge of Truth: Splitting the Foundations of Naturalism <\/em>(DownersGrove, Ill. : InterVarsity, 2000) 151.<\/p>\n<p>[54] Hastie, \u201cDesigner genes: Phillip E. Johnson talks to Peter Hastie\u201d, <em>Australian Presbyterian<\/em> 531 (octobre 2001):4\u20138; , voir la r\u00e9ponse de Johanson \u00e0 la question : \u201cA votre avis, quelles sont les probl\u00e9matiques secondaires dans le d\u00e9bat creation-\u00e9volution? \u00bb (acc\u00e9d\u00e9 le 3 f\u00e9vrier 2004).<\/p>\n<p>[55] Norman Geisler, \u201cBeware of Philosophy: A Warning to Biblical Scholars\u201d, <em>JETS<\/em> 42\/1 (mars 1999):3\u201319.<\/p>\n<p>[56] Ibid., 5.<\/p>\n<p>[57] Norman L. Geisle<em>r, Encyclopedia of Christian Apologetics<\/em> (Grand Rapids : Baker, 1999) 272.<\/p>\n<p>[58] Ibid., 270 (sur les jours) et 267 (sur les g\u00e9n\u00e9alogies).<\/p>\n<p>[59] Ibid., 272.<\/p>\n<p>[60] D. G. A. Whitten et J. R. V. Brooks, <em>The Penguin Dictionary of Geology<\/em> (Londres : Penguin Books, 1972) 74. Comme exemple classique de l\u2019incoh\u00e9rence \u00e9volutionniste, la definition donn\u00e9e pour l\u2019actualisme dans ce m\u00eame dictionnaire contredit ce qu\u2019il dit \u00e0 propos de l\u2019actualisme dans la d\u00e9finition du catastrophisme !<\/p>\n<p>[62] Derek Ager, <em>The Nature of the Stratigraphical Record<\/em> (Londres : Macmillan, 1981) 46\u201347.<\/p>\n<hr \/>\n<h2>A propos de l&rsquo;auteur<\/h2>\n<div style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6743 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/terry-mortenson.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/terry-mortenson.jpg 300w, https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/terry-mortenson-150x150.jpg 150w, https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/terry-mortenson-100x100.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Terry Mortenson<\/p><\/div>\n<p>* Terry Mortenson a obtenu son doctorat en histoire de la g\u00e9ologie de l\u2019Universit\u00e9 de Coventry en Angleterre, et travaille actuellement comme orateur, \u00e9crivain et chercheur avec Answer in Genesis. Avant de rejoindre le personnel d\u2019AiG, il a travaill\u00e9 comme missionnaire en Europe de l\u2019Est pendant vingt-six ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le contr\u00f4le du naturalisme sur la science remonte bien au-del\u00e0 de Darwin : il a pour origine les th\u00e9ories de la Terre \u00e2g\u00e9e et du vieil univers, \u00e0 l&rsquo;aube des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, voire m\u00eame les \u00e9crits de Galil\u00e9e et de Francis Bacon (dont les diktats \u00e0 propos de l&rsquo;Ecriture et de la science servaient souvent de r\u00e9f\u00e9rences aux g\u00e9ologues du d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle). Ce sont eux qui ont enfonc\u00e9 le premier coin entre l&rsquo;Ecriture et la science.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[137,26,16,76,31,17,20,136],"tags":[34,35,179,81,155,189,190,41],"class_list":["post-6719","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-dessein-intelligent","category-genese","category-histoire-des-sciences-2","category-naturalisme","category-philosophie-des-sciences","category-sciences-terre","category-theologie","tag-age-de-la-terre","tag-creation","tag-darwin","tag-darwinisme","tag-evolution","tag-naturalisme","tag-terre-jeune","tag-terre-vieille"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pbu0ZL-1Kn","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6719"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6719\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6747,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6719\/revisions\/6747"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}