{"id":6833,"date":"2020-02-16T07:50:28","date_gmt":"2020-02-16T06:50:28","guid":{"rendered":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/16\/pourquoi-une-terre-jeune-est-necessaire-pour-une-saine-theodicee-le-probleme-de-la-mort-et-du-mal-dans-le-monde\/"},"modified":"2020-02-16T13:19:28","modified_gmt":"2020-02-16T12:19:28","slug":"pourquoi-une-terre-jeune-est-necessaire-pour-une-saine-theodicee-le-probleme-de-la-mort-et-du-mal-dans-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/16\/pourquoi-une-terre-jeune-est-necessaire-pour-une-saine-theodicee-le-probleme-de-la-mort-et-du-mal-dans-le-monde\/","title":{"rendered":"Pourquoi une Terre jeune est n\u00e9cessaire pour une saine th\u00e9odic\u00e9e : le probl\u00e8me de la mort et du mal dans le monde"},"content":{"rendered":"<p>Par G\u00e9rald Pech<\/p>\n<p>Darwin fit la d\u00e9claration suivante qui servira de point de d\u00e9part \u00e0 ma r\u00e9flexion \u00e0 propos de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une saine th\u00e9odic\u00e9e :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Un \u00eatre si puissant et si rempli de connaissance qu&rsquo;un Dieu capable de cr\u00e9er l&rsquo;univers est, \u00e0 nos esprits limit\u00e9s, tout puissant et omniscient. Cela r\u00e9volte notre intelligence d&rsquo;imaginer que sa bont\u00e9 n&rsquo;est pas \u00e9galement illimit\u00e9e. Car quel avantage peut-il y avoir aux souffrances de millions d&rsquo;animaux inf\u00e9rieurs au cours d&rsquo;\u00e2ges presque sans fin ? \u00bb [1]<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019absurdit\u00e9 des \u00ab souffrances de millions d&rsquo;animaux inf\u00e9rieurs au cours d&rsquo;\u00e2ges presque sans fin \u00bb (selon l\u2019expression de Darwin) et de leur mort subs\u00e9quente n\u2019est pas seulement le propre de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution, mais constitue une difficult\u00e9 insurmontable au regard de la r\u00e9v\u00e9lation biblique pour \u00e9galement tout mod\u00e8le de cr\u00e9ation qui postule de longues \u00e8res g\u00e9ologiques et accepte la chronologie enseign\u00e9e par la science moderne, en faisant \u00e9merger l\u2019homme des millions d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s la mort d\u2019autres \u00eatres vivants.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;id\u00e9e que la souffrance, la mort, la pr\u00e9dation comme moyen de survie aient exist\u00e9 bien avant l&rsquo;homme, et donc avant la Chute, s&rsquo;oppose frontalement \u00e0 trois v\u00e9rit\u00e9s bibliques de premi\u00e8re importance, qui sont les suivantes :<\/p>\n<p>&#8211;\tLa cr\u00e9ation a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00ab bonne \u00bb au d\u00e9part, non g\u00e2t\u00e9e par le p\u00e9ch\u00e9 ni m\u00eame la mort ni la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.<\/p>\n<p>&#8211;\tLa chute d&rsquo;Adam, par son p\u00e9ch\u00e9 de d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 Dieu, a amen\u00e9 sur lui et sur l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re la mort spirituelle et physique, et par l\u00e0-m\u00eame, introduit la mal\u00e9diction, la souffrance, la corruption et la mort dans le cosmos tout entier, dans la nature, plantes et animaux compris, cette corruption n&rsquo;\u00e9tant pas constitutive de la cr\u00e9ation, mais uniquement le fruit de la chute. Par sa chute, l&rsquo;homme, couronnement et t\u00eate f\u00e9d\u00e9rale de la cr\u00e9ation, a donc amen\u00e9 la vanit\u00e9 et la corruption dans le monde. La mort, spirituelle et physique, est la cons\u00e9quence directe du p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\tLa r\u00e9demption, qui culmine \u00e0 la croix, o\u00f9 J\u00e9sus-Christ, le Fils de Dieu, par sa mort, a effac\u00e9 la dette de nos p\u00e9ch\u00e9s et nous a justifi\u00e9s par son sang pr\u00e9cieux pour la vie \u00e9ternelle, sera pleinement achev\u00e9e lorsque Dieu reviendra r\u00e9tablir toutes choses, et instaurer \u00ab une nouvelle terre et de nouveaux cieux o\u00f9 la justice habitera \u00bb (2 Pierre 2:3.) En attendant ce jour b\u00e9ni, la cr\u00e9ation enti\u00e8re soupire et g\u00e9mit en attendant cette r\u00e9demption finale, o\u00f9 elle sera d\u00e9livr\u00e9e de la vanit\u00e9, de la corruption et de la mort (Romains 8:18-25), qui sera le dernier ennemi vaincu. \u00ab Lorsque ce corps corruptible aura rev\u00eatu l\u2019incorruptibilit\u00e9, et que ce corps mortel aura rev\u00eatu l\u2019immortalit\u00e9, alors s\u2019accomplira la parole qui est \u00e9crite : La mort a \u00e9t\u00e9 engloutie dans la victoire. O mort, o\u00f9 est ta victoire ? O mort, o\u00f9 est ton aiguillon ? L\u2019aiguillon de la mort, c\u2019est le p\u00e9ch\u00e9 ; et la puissance du p\u00e9ch\u00e9, c\u2019est la loi. \u00bb (1 Corinthiens 15:54-56.) Cette r\u00e9demption n&rsquo;a aucun sens si la mort \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente avant la chute, car comment Dieu peut-il encore appeler la mort un <em>ennemi<\/em> si elle faisait ontologiquement partie de la cr\u00e9ation \u00ab bonne \u00bb au d\u00e9part, et \u00e9tait utilis\u00e9e par Dieu comme un moyen de cr\u00e9ation progressive ?<\/p>\n<p>En effet, si c&rsquo;est Dieu qui a instaur\u00e9 la \u00ab loi de la jungle \u00bb comme principe de cr\u00e9ation progressive, cela voudrait donc dire que le principe m\u00eame de lutte pour sa survie, et donc d&rsquo;\u00e9go\u00efsme, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit pour un animal de d\u00e9chirer sa proie pour la d\u00e9vorer et pour subsister, a \u00e9t\u00e9 voulu de Dieu m\u00eame, et que ce principe pr\u00e9side \u00e0 l&rsquo;apparition de l&rsquo;homme, et constitue un principe ontologique fondateur, \u00e9manant de la nature m\u00eame de Dieu. Car puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli d\u00e8s l&rsquo;origine par Dieu le Cr\u00e9ateur, c&rsquo;est qu&rsquo;il provient de sa nature m\u00eame. C&rsquo;est un lien ontologique que l&rsquo;on ne peut briser. Si l&rsquo;on accepte cela, cela veut dire que, dans le caract\u00e8re m\u00eame de Dieu, se trouve cette propension \u00e0 la domination par la loi de la survie, du plus apte, du plus fort, et se trouve le principe de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, de l&rsquo;individualisme. Mais cela contredirait alors la conception d&rsquo;un Dieu d&rsquo;amour parfait en J\u00e9sus-Christ qui, lui, s&rsquo;est donn\u00e9 en sacrifice sur la croix. M\u00eame en disant que de cette loi de la jungle r\u00e9sulte une plus grande harmonie pour l&rsquo;homme, cela ne changerait rien, mais aggraverait encore la situation d&rsquo;un cran, puisque cela reviendrait \u00e0 dire que la fin (bonne) justifie les moyens employ\u00e9s (mauvais). Dieu serait donc hautement fonci\u00e8rement immoral, et sur cette base ontologique mouvante, il serait possible de justifier toutes les dictatures pass\u00e9es et pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>Nous en arrivons donc tout naturellement au c\u0153ur du probl\u00e8me soulev\u00e9 : si l&rsquo;on admet que Dieu a cr\u00e9\u00e9 les animaux des millions d&rsquo;ann\u00e9es avant l&rsquo;homme, alors comment d\u00e9fendre logiquement et rationnellement une th\u00e9odic\u00e9e saine, c&rsquo;est-\u00e0-dire comment justifier la pr\u00e9sence du mal dans le monde si Dieu est un Dieu d&rsquo;amour ? Comme dit plus haut, il n&rsquo;y a plus de th\u00e9odic\u00e9e possible puisque le mal (la loi du plus fort qui rev\u00eat une connotation morale) serait partie int\u00e9grante de la nature, du caract\u00e8re, de la volont\u00e9 et de l&rsquo;\u0153uvre de Dieu. Accepter un mod\u00e8le de cr\u00e9ation progressive (avec ou non un sch\u00e9ma transformiste) \u00e9tal\u00e9e sur des millions d&rsquo;ann\u00e9es revient donc \u00e0 d\u00e9naturer compl\u00e8tement le caract\u00e8re de Dieu, lui enlevant la bienveillance, la compassion pour les faibles, l&rsquo;amour pour les perdus et les marginaux.<\/p>\n<p>Ceux qui d\u00e9fendent une Terre \u00e2g\u00e9e soutiennent qu&rsquo;avant l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;homme, pour ce qui est du monde animal pr\u00e9-adamique, il faut faire abstraction de toute notion morale, et ne pas recourir \u00e0 la notion du bien et du mal, parce que, disent-ils, les animaux ne poss\u00e8dent pas de conscience morale. Par exemple, un scientifique chr\u00e9tien d\u00e9fendant une Terre \u00e2g\u00e9e s&rsquo;exprime de la fa\u00e7on suivante :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Mais peut-on parler de la notion de p\u00e9ch\u00e9 chez les animaux ? Quand un lion mange une antilope commet-il une transgression ? Non car il agit selon son instinct, cette volont\u00e9 que Dieu a plac\u00e9 dans son fort int\u00e9rieur ; il a appris la technique de chasse par l\u2019\u00e9ducation de ses parents. Il n\u2019a pas une conscience qui puisse \u00e0 un moment donn\u00e9 l\u2019amener \u00e0 la repentance : \u00ab Pardon ch\u00e8res antilopes de vous avoir chass\u00e9es ! \u00bb Ainsi, la notion du p\u00e9ch\u00e9 ne pouvait venir que par l\u2019homme en qui Dieu a mis une conscience (un esprit dans le sens profond du terme). Sinon, il faut croire que la chute a enlev\u00e9 la conscience animale. \u00bb [7]<\/p><\/blockquote>\n<p>A ceci, il peut \u00eatre r\u00e9pondu que si les animaux ne sont pas dot\u00e9s d&rsquo;une conscience morale, l&rsquo;homme, lui, l&rsquo;est, et cette conscience morale nous convainc bien que la souffrance et la mort d&rsquo;un animal sont proprement injustes et cruelles. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;image de Dieu en nous qui nous permet d&rsquo;\u00e9prouver ces sentiments de piti\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un animal. Ceux qui ont poss\u00e9d\u00e9 un animal domestique (chat, chien, etc.) auquel ils \u00e9taient attach\u00e9s et qui, un jour, est mort, pourront sans peine t\u00e9moigner de la tristesse qu&rsquo;ils ont \u00e9prouv\u00e9e en voyant leur animal de compagnie mourir. Et Dieu qui est, par excellence, le Dieu d&rsquo;amour et de mis\u00e9ricorde, ne serait-il pas, lui le premier afflig\u00e9 par la mort d&rsquo;une de ses cr\u00e9atures? La parabole des quatre-vingt dix-neuf brebis montre, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, que non seulement un fort lien d&rsquo;affection peut se tisser entre l&rsquo;homme et un animal, mais qu&rsquo;en outre Dieu se soucie de ses cr\u00e9atures humaines comme il se soucie de ses cr\u00e9atures animales. Darwin, qui \u00e9tait agnostique, avait \u00e9galement compris l&rsquo;absurdit\u00e9 de la souffrance et de la mort de millions d&rsquo;animaux pendant des \u00e8res sans fin, comme le montre la citation de lui qui introduit le pr\u00e9sent texte. Il est donc tout \u00e0 fait impropre de d\u00e9nier le caract\u00e8re immoral de la souffrance et de la mort lorsqu&rsquo;elles sont d\u00e9corr\u00e9l\u00e9es du p\u00e9ch\u00e9 chez les animaux en invoquant l&rsquo;argument que ceux-ci ne poss\u00e8dent pas de conscience morale. Des ath\u00e9es \u00e9volutionnistes convaincus, hostiles \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un Cr\u00e9ateur, comme Theodosius Dobzhansky, comprennent sans peine l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019une cr\u00e9ation divine o\u00f9 la mort serait pr\u00e9sente :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Quelle op\u00e9ration aberrante et absurde, de la part de Dieu, que de cr\u00e9er \u00e0 partir du n\u00e9ant une multitude d\u2019esp\u00e8ces pour en laisser mourir la plupart ensuite ! \u00bb [8]<\/p><\/blockquote>\n<p>Comment pourrions-nous encore, en tant que chr\u00e9tiens, leur pr\u00e9senter la solution de Dieu qu\u2019il a lui-m\u00eame r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019homme, si nous enseignions nous-m\u00eames que la mort \u00e9tait au c\u0153ur de la cr\u00e9ation, ce qui revient \u00e0 dire que nous ne nous formalisons pas le moins du monde de l\u2019absurdit\u00e9 m\u00eame caract\u00e9risant et la cr\u00e9ation \u00ab bonne \u00bb au d\u00e9part et le Cr\u00e9ateur ? Que signifierait alors \u00ab bon \u00bb ? Comment d\u00e9finir le bien et le mal ? En somme, il n\u2019y aurait plus de morale possible, plus de coh\u00e9rence, et le christianisme se viderait de tout son sens. Puisque si la mort ne vient pas du p\u00e9ch\u00e9 d\u2019Adam, mais \u00e9tait inscrite comme principe fondateur dans la cr\u00e9ation, alors pourquoi et en quoi le p\u00e9ch\u00e9 serait-il si grave ? Et ultimement, la question qui ach\u00e8ve de sonner le glas au christianisme est la suivante : si la mort ne vient plus du p\u00e9ch\u00e9 d\u2019Adam, pourquoi aurai-je besoin de J\u00e9sus-Christ pour ma r\u00e9demption ? Pourquoi \u00e9tait-il n\u00e9cessaire que Christ mour\u00fbt pour mes p\u00e9ch\u00e9s afin que je fusse d\u00e9livr\u00e9 de la mort, puisque la science, en accord avec la th\u00e9ologie, aurait \u00e9tabli que la mort est constitutive de la cr\u00e9ation ? La croix de J\u00e9sus-Christ perd ainsi tout son sens, et tout le christianisme devient absurde.<\/p>\n<p>Cette pierre d\u2019achoppement qu&rsquo;est la pr\u00e9sence de la mort avant la chute se retrouve donc \u00e9galement dans la position concordiste qui cherche \u00e0 \u00e9tablir un accord entre la s\u00e9quence des actes cr\u00e9ateurs de Dieu relat\u00e9s dans le r\u00e9cit de Gen\u00e8se 1, et le sc\u00e9nario d\u2019apparition progressive de l\u2019univers, du monde min\u00e9ral, du monde v\u00e9g\u00e9tal et du monde vivant au cours de l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>C\u2019est conscients de cette difficult\u00e9 et pour essayer de la contourner que des th\u00e9ologiens \u00e9vang\u00e9liques actuels comme le math\u00e9maticien William Dembski, principal promoteur du \u201cDessein Intelligent\u201d cherchent \u00e0 proposer une th\u00e9odic\u00e9e [2], &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire une justification de la pr\u00e9sence du mal (souffrance, maladie, corruption et mort) dans le monde face \u00e0 l\u2019existence d\u2019un Dieu bon, bienveillant, omniscient et omnipotent &#8211; en consid\u00e9rant cet \u00e9tat de mal effectivement comme une cons\u00e9quence logiquement et th\u00e9ologiquement post\u00e9rieure \u00e0 la Chute, mais curieusement <em>ant\u00e9rieure chronologiquement et historiquement \u00e0 la Chute<\/em>. William Dembski r\u00e9sout cette contradiction en recourant \u00e0 ce qu\u2019il appelle une lecture non plus chronologique (du grec <em>chronos<\/em> qui d\u00e9note simplement la dur\u00e9e) de Gen\u00e8se 1, mais \u201c kairologique \u201d (du grec <em>kairos<\/em> qui signifie le temps en combinaison avec un dessein, sp\u00e9cialement un dessein divin), suivant une logique non plus causale mais \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9ologique-s\u00e9mantique\u00a0\u00bb par laquelle, selon lui, Dieu aurait agi dans ses actes cr\u00e9ateurs. Voici son explication :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Selon cette logique, Dieu est capable d\u2019agir de fa\u00e7on pr\u00e9emptive dans le monde, anticipant des \u00e9v\u00e9nements, et en particulier les actions humaines. En agissant de fa\u00e7on pr\u00e9emptive, Dieu ne fait pas obstruction \u00e0 l\u2019exercice de la libert\u00e9 humaine, mais plut\u00f4t anticipe les cons\u00e9quences de son exercice. La lecture kairologique de la Gen\u00e8se d\u00e9crite dans cet article pr\u00e9serve la compr\u00e9hension classique de la th\u00e9odic\u00e9e chr\u00e9tienne, suivant laquelle tout le mal dans le monde tire son origine du p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019homme lors de la Chute. De plus, ayant pr\u00e9serv\u00e9 cette compr\u00e9hension classique de la Chute, cette lecture de la Gen\u00e8se pr\u00e9serve \u00e9galement la compr\u00e9hension chr\u00e9tienne classique de la sagesse et de la providence particuli\u00e8re de Dieu dans la cr\u00e9ation. \u00bb (p. 53.)<\/p><\/blockquote>\n<p>Malheureusement, cette sorte d\u2019explication tout \u00e0 fait artificielle ne nous para\u00eet pas satisfaisante. Elle se r\u00e9v\u00e8le m\u00eame d\u00e9ficiente, car dans le monde visible, et suivant le principe essentiel de causalit\u00e9, l\u2019effet est toujours post\u00e9rieur \u00e0 la cause qui lui a donn\u00e9 naissance. En outre, le fait que Dieu ait pu et voulu cr\u00e9er le monde en faisant en sorte de le soumettre \u00e0 la vanit\u00e9 avant m\u00eame l\u2019entr\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9 dans le monde, par anticipation et de fa\u00e7on pr\u00e9emptive, est en parfaite contradiction avec la p\u00e9dagogie la plus \u00e9l\u00e9mentaire : comment Adam aurait-il pu comprendre logiquement, moralement et spirituellement la port\u00e9e de sa d\u00e9sob\u00e9issance entra\u00eenant non seulement sa mort (spirituelle et physique), mais aussi la mal\u00e9diction sur toute la cr\u00e9ation (Gen\u00e8se 3:14-19) si cette vanit\u00e9 et cette mort existaient d\u00e9j\u00e0 bien avant son premier p\u00e9ch\u00e9 ? Pour illustrer cette interrogation, que penser d\u2019un p\u00e8re qui corrigerait son enfant de fa\u00e7on pr\u00e9emptive <em>avant m\u00eame que celui-ci n\u2019ait commis la moindre faute <\/em>? Une telle p\u00e9dagogie se r\u00e9v\u00e8lerait certainement inefficace et contre-productive ! Voil\u00e0 donc la sorte d\u2019impasse \u00e0 laquelle l\u2019on peut \u00eatre accul\u00e9, lorsque l\u2019on part de l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e et que l\u2019on cherche \u00e0 tout prix \u00e0 harmoniser les Ecritures avec ce pr\u00e9suppos\u00e9. Si William Dembski avait entrepris la d\u00e9marche inverse, celle qui consiste d\u2019abord \u00e0 accepter la proposition biblique que le d\u00e9sordre, la corruption, la souffrance et la mort sont les cons\u00e9quences directes et subs\u00e9quentes du p\u00e9ch\u00e9 d\u2019Adam, et ensuite \u00e0 remettre en cause les v\u00e9rit\u00e9s de la science conventionnelle, il n\u2019aurait pas eu besoin de recourir \u00e0 cet exp\u00e9dient th\u00e9ologique fort confus.<\/p>\n<p>La raison de ce jonglage th\u00e9ologique \u00e9l\u00e9gant, mais incoh\u00e9rent est li\u00e9e principalement au fait que William Dembski, comme beaucoup d\u2019autres scientifiques chr\u00e9tiens qui acceptent la vision scientifique conventionnelle d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e, tient, dans la pratique, en plus haute estime les v\u00e9rit\u00e9s et acquis de la \u201cscience\u201d que la r\u00e9v\u00e9lation des Ecritures, ce qui revient \u00e0 nier leur inerrance, m\u00eame s\u2019il s\u2019en d\u00e9fend vigoureusement. Int\u00e9rieurement, William Dembski r\u00e9alise bien que l\u2019enseignement des Ecritures ne laisse aucune place \u00e0 un sc\u00e9nario dans lequel une cr\u00e9ation bonne serait caract\u00e9ris\u00e9e par la mort et la souffrance, mais, intellectuellement, cette conclusion appuy\u00e9e sans \u00e9quivoque par l\u2019\u00e9vidence ex\u00e9g\u00e9tique le perturbe, parce qu\u2019elle introduit, du coup, une contradiction irr\u00e9conciliable avec les donn\u00e9es de la science moderne. Les lignes suivantes de son cru qui explicitent clairement ses motivations sont fort honn\u00eates et le montrent bien :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab C\u2019est certain, l\u2019on peut tenter de soutenir l\u2019argument ex\u00e9g\u00e9tique que Romains 5:12 ne parle strictement que de la mort humaine. Mais les cr\u00e9ationnistes partisans de la Terre jeune s\u2019en sortent beaucoup mieux, \u00e0 la fois ex\u00e9g\u00e8tiquement et th\u00e9ologiquement, en interpr\u00e9tant ce passage comme parlant de toute mort et non pas seulement de la mort humaine. Il semble difficile de faire cadrer un monde dans lequel des maux naturels comme la mort, la pr\u00e9dation, le parasitisme, la maladie, la s\u00e8cheresse, les famines, les tremblements de terre et les ouragans pr\u00e9c\u00e8dent les humains et paraissent, par cons\u00e9quent, d\u00e9connect\u00e9s de la Chute, avec une cr\u00e9ation qui, au commencement, est cr\u00e9\u00e9e bonne. Sans une Terre jeune (c\u2019est-\u00e0-dire une Terre cr\u00e9\u00e9e en six jours de 24 heures et couvrant une histoire de seulement quelques milliers d\u2019ann\u00e9es), comment de tels maux naturels peuvent-ils \u00eatre reli\u00e9s au p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019homme ?<\/p>\n<p>Le cr\u00e9ationnisme partisan de la Terre jeune pr\u00e9sente une chronologie directe qui aligne l\u2019ordre de la cr\u00e9ation avec une conception traditionnelle de la Chute : Dieu cr\u00e9e un monde parfait, Dieu place des humains dans ce monde, ceux-ci p\u00e8chent, et le monde va de travers. Dans cette chronologie, la th\u00e9ologie et l\u2019histoire marchent parfaitement synchronis\u00e9es avec le premier p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019homme, pr\u00e9c\u00e9dant le mal et \u00e9tant causalement responsable du mal dans la nature aussi bien que personnel. Cependant, si la plus grosse partie de l\u2019histoire naturelle pr\u00e9c\u00e8de les humains de milliards d\u2019ann\u00e9es et si sur les 600 derni\u00e8res millions d\u2019ann\u00e9es des animaux multicellulaires ont \u00e9merg\u00e9, ont lutt\u00e9, combattu pour leur survie, chass\u00e9 leurs proies, parasit\u00e9, extermin\u00e9 d\u2019autres cr\u00e9atures, et se sont \u00e9teintes, alors l\u2019harmonie entre la th\u00e9ologie et l\u2019histoire dans le cr\u00e9ationnisme dans sa version Terre jeune devient insupportable. Dans ce cas, l\u2019histoire naturelle telle que d\u00e9crite par la science moderne appara\u00eet irr\u00e9conciliable avec l\u2019ordre cr\u00e9ationnel d\u00e9crit par la Gen\u00e8se\u00bb (p.18.)<\/p>\n<p>\u00ab Si la science est contre une Terre jeune, l\u2019histoire des interpr\u00e9tations bibliques ne l\u2019est pas. En effet, le cr\u00e9ationnisme de la Terre jeune a \u00e9t\u00e9, de mani\u00e8re \u00e9crasante, la position de l\u2019Eglise, depuis les P\u00e8res de l\u2019Eglise jusqu\u2019aux R\u00e9formateurs. M\u00eame Orig\u00e8ne et Augustin, qui voyaient l\u2019ordre de la cr\u00e9ation comme divergeant par rapport \u00e0 l\u2019histoire naturelle (et \u00e9taient, par cons\u00e9quent, sensibles \u00e0 la distinction \u00e0 op\u00e9rer entre kairos et chronos), soutenaient l\u2019id\u00e9e d\u2019une Terre r\u00e9cente \u00bb (p. 22.)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une Terre jeune semble \u00eatre requise pour maintenir une compr\u00e9hension traditionnelle de la Chute. Et pourtant une Terre jeune s\u2019oppose de fa\u00e7on frontale avec le courant majoritaire en science. Les chr\u00e9tiens, par cons\u00e9quent, semblent se trouver dans la situation o\u00f9 ils doivent choisir leur poison. Ils peuvent soit opter pour une Terre jeune, maintenant par l\u00e0 une orthodoxie th\u00e9ologique, mais commettant une h\u00e9r\u00e9sie scientifique ; soit opter pour une Terre \u00e2g\u00e9e, et, de fait, commettant une h\u00e9r\u00e9sie th\u00e9ologique, mais maintenant une orthodoxie scientifique\u2026 \u00bb (p. 25.)<\/p><\/blockquote>\n<p>Il s\u2019agit, \u00e0 nos yeux, de l\u2019aveu le plus lucide bibliquement et le plus sinc\u00e8re intellectuellement et moralement, qui puisse \u00eatre arrach\u00e9 de la bouche d\u2019un chr\u00e9tien soutenant l\u2019id\u00e9e d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e, et, pour cette seule raison, William Dembski m\u00e9rite bien des f\u00e9licitations. Pour paraphraser William Dembski avec des mots plus directs encore, l\u2019id\u00e9e d\u2019une Terre jeune est historiquement, th\u00e9ologiquement et ex\u00e9g\u00e8tiquement celle qui se d\u00e9gage imm\u00e9diatement de la lecture des Ecritures interpr\u00e9t\u00e9e suivant une herm\u00e9neutique respectant l\u2019analogie de la foi. L\u2019id\u00e9e d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la pens\u00e9e biblique, distord l\u2019ex\u00e9g\u00e8se et perturbe toute la compr\u00e9hension scripturaire du sens m\u00eame de l\u2019histoire de la r\u00e9demption (que la R\u00e9forme a admirablement bien replac\u00e9e dans la perspective \u00ab Cr\u00e9ation \u2013 Chute \u2013 R\u00e9demption \u00bb que nous avons r\u00e9sum\u00e9e plus haut). En d\u2019autres termes, ce qui pouvait para\u00eetre n\u2019\u00eatre, au d\u00e9part, qu\u2019une dispute d\u2019ordre purement scientifique, sans aucun lien, sans aucune incidence sur le c\u0153ur de la foi, le c\u0153ur de l\u2019Evangile, et le fondement m\u00eame du christianisme, \u00e0 savoir, la th\u00e9ologie de l\u2019alliance qui culmine dans la finalit\u00e9 christocentrique de la croix et dans la perspective du salut et de la r\u00e9demption, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre, en r\u00e9alit\u00e9, un point th\u00e9ologique n\u00e9vralgique sur lequel repose toute la r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il ressort aussi des affirmations de Dembski que l\u2019id\u00e9e d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e ne tire pas son origine des Ecritures mais clairement de l\u2019influence de la science moderne sur laquelle il pr\u00e9f\u00e8re s\u2019aligner afin de ne pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab h\u00e9r\u00e9tique \u00bb. Il est bien dommage qu\u2019un aussi brillant scientifique, dou\u00e9, plein de talents, titulaire de plusieurs dipl\u00f4mes universitaires dans des domaines tr\u00e8s disjoints (math\u00e9matiques, philosophie, th\u00e9ologie, biologie), se soit laiss\u00e9 intimider par la science conventionnelle, croyant que les m\u00e9thodes de datation radiom\u00e9trique, dans ce dilemme entre orthodoxie scientifique ou orthodoxie biblique, ont eu le dernier mot :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les m\u00e9thodes de datation, \u00e0 mon avis, fournissent la plus forte preuve en faveur d\u2019un rejet de cette lecture chronologique directe de Gen\u00e8se 4-11 \u00bb (p. 49.)<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est h\u00e9las ! ignorer ou sous-estimer les conclusions des travaux du projet RATE (Radioisotopes and the Age of The Earth) [4] tr\u00e8s stimulants, en pleine effervescence, men\u00e9s par les chercheurs chr\u00e9tiens am\u00e9ricains de l\u2019Institute of Creation Research (ICR) sur la fiabilit\u00e9 des m\u00e9thodes radiom\u00e9triques, travaux qui ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 fourni des r\u00e9sultats tr\u00e8s encourageants de nature \u00e0 renverser le paradigme d\u2019une Terre \u00e2g\u00e9e. En effet, plusieurs indices montrent la possibilit\u00e9 que le taux de d\u00e9sint\u00e9gration des \u00e9l\u00e9ments radioactifs n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 constant au cours de l\u2019histoire du cosmos. Ariel Roth de la Geoscience Research Institute a raison de dire, avec confiance, que le dernier chapitre sur les datations radiom\u00e9triques n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9crit [5], ce qui signifie, pour les scientifiques chr\u00e9tiens, qu\u2019une voie passionnante de recherche reste encore \u00e0 \u00eatre explor\u00e9e !<\/p>\n<p>H\u00e9las ! les affirmations si limpides de William Dembski contrastent avec le ton fort immod\u00e9r\u00e9 de certains partisans fran\u00e7ais de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution tels que Jean Humbert, pourtant chr\u00e9tien \u00e9vang\u00e9lique. Dans son livre <em>Cr\u00e9ation \u2013 Evolution : Faut-il trancher ? <\/em>[3], il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 qualifier d\u2019 \u00ab int\u00e9griste \u00bb l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab litt\u00e9raliste \u00bb des \u00ab n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes \u00bb (p. 125.) Quelques extraits de son livre sont \u00e9clairants :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Depuis plus de 20 ans, les protagonistes du <strong>litt\u00e9ralisme<\/strong> <strong>int\u00e9griste<\/strong> s\u2019estiment les seuls vrais cr\u00e9ationnistes. Ils monopolisent le mot de cr\u00e9ation en lui donnant un sens plus \u00e9troit. Avec eux, le cr\u00e9ationnisme prend une forme nouvelle. C\u2019est pourquoi je propose de les nommer \u201c n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes\u00bb.<\/p>\n<p>1 \u2013 La th\u00e8se <strong>litt\u00e9raliste int\u00e9griste <\/strong>est d\u00e9fendue par la Creation Research Society de San Diego\u2026<\/p>\n<p>S\u2019appuyant sur <strong>leur<\/strong> lecture de la Bible, les n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes admettent la cr\u00e9ation en 6 jours de 24 heures\u2026<\/p>\n<p>2 \u2013 (\u2026) Le <strong>litt\u00e9ralisme int\u00e9griste<\/strong> est-il la bonne interpr\u00e9tation ? Nous estimons que pour respecter l\u2019intention des r\u00e9cits de la Cr\u00e9ation et du D\u00e9luge, <strong>pour ne pas fausser la tournure d\u2019esprit de leur r\u00e9dacteur<\/strong>, il ne faut pas lire ces textes simplement comme des r\u00e9cits de faits d\u2019\u00e9v\u00e9nements observ\u00e9s et rapport\u00e9s par un t\u00e9moin oculaire. (\u2026) Se limiter aux d\u00e9tails mat\u00e9riels, c\u2019est att\u00e9nuer la port\u00e9e des grandes v\u00e9rit\u00e9s dont ils ne sont que les supports. L\u2019<strong>hyperlitt\u00e9ralisme<\/strong> dont les n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes font preuve d\u00e9note une <strong>insensibilit\u00e9 litt\u00e9raire<\/strong> <strong>grave<\/strong> (ou voulue ?) et r\u00e9v\u00e8le le <strong>refus de reconna\u00eetre les genres litt\u00e9raires, ainsi que les principes herm\u00e9neutiques. <\/strong><\/p>\n<p>(\u2026) Ce n\u2019est pas en <strong>d\u00e9nigrant la science officielle<\/strong> que l\u2019on pourra construire une bonne anti-science ! \u00bb (p. 127-128) [c\u2019est nous qui soulignons.]<\/p><\/blockquote>\n<p>La position, la posture et l\u2019attitude de Jean Humbert face au cr\u00e9ationnisme de la Terre jeune sont symptomatiques d\u2019une large ignorance, tr\u00e8s courante et tr\u00e8s m\u00e9diatiquement et savamment entretenue en France, de l\u2019histoire de l\u2019interpr\u00e9tation th\u00e9ologique des six jours de la cr\u00e9ation \u00e0 travers les si\u00e8cles et de la doctrine biblique m\u00eame de la cr\u00e9ation. En \u00e0 peine quelques pages, Jean Humbert aligne l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre d\u2019\u00e9normes erreurs et contre-v\u00e9rit\u00e9s parmi lesquelles nous nous contenterons d\u2019en relever quatre ci-apr\u00e8s :<\/p>\n<p>(i) <em>L\u2019interpr\u00e9tation \u00ab litt\u00e9raliste \u00bb (l\u2019emploi de ce terme est d\u00e9j\u00e0 en soi tr\u00e8s p\u00e9joratif) ne daterait que de 40 ans, des ann\u00e9es 60 plus pr\u00e9cis\u00e9ment (son livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1989), et serait le fait d\u2019un groupe obscur de cr\u00e9ationnistes am\u00e9ricains \u00ab int\u00e9gristes \u00bb. Avant leur apparition, le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 compris par l\u2019Eglise suivant le sens litt\u00e9ral et chronologique \u00ab \u00e9troit \u00bb de six jours de 24 heures. Ils innoveraient donc totalement en introduisant leur propre interpr\u00e9tation de la Gen\u00e8se. <\/em><\/p>\n<p>Cette affirmation est, bien s\u00fbr, totalement erron\u00e9e, l\u2019interpr\u00e9tation historique, litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se \u00e9tant l\u2019interpr\u00e9tation traditionnelle soutenue majoritairement par l\u2019Eglise tout au long des si\u00e8cles avant sa remise en cause pendant le si\u00e8cle de Darwin.<\/p>\n<p>(ii) <em>Par leur hyperlitt\u00e9ralisme, ces n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes ne respecteraient en rien ni l\u2019esprit des r\u00e9dacteurs de la Bible, ni les principes herm\u00e9neutiques, ramenant toute la Bible \u00e0 une compr\u00e9hension uniquement litt\u00e9rale, sans distinguer les diff\u00e9rents genres litt\u00e9raires. <\/em><\/p>\n<p>Il est ici \u00e9vident que Jean Humbert n\u2019a \u00e9tudi\u00e9 le texte biblique que tr\u00e8s superficiellement, car les meilleurs sp\u00e9cialistes et \u00e9rudits h\u00e9bra\u00efsants reconnaissent, comme l\u2019admet William Dembski, que le seul sens permis par une ex\u00e9g\u00e8se attentive de la Gen\u00e8se et une herm\u00e9neutique respectant l\u2019analogie de la foi est celui de six jours litt\u00e9raux [6]. Par ailleurs, il est parfaitement erron\u00e9 d\u2019affirmer que les partisans am\u00e9ricains d\u2019une Terre jeune ignorent tout des genres litt\u00e9raires et du symbolisme dans la Bible. Une lecture symbolique ou po\u00e9tique ou analogique est autoris\u00e9e lorsque le texte l\u2019y autorise, et les \u00ab n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes \u00bb am\u00e9ricains acceptent sans probl\u00e8me les m\u00e9thodes d\u2019analyse historico-grammaticale du texte sacr\u00e9 pour d\u00e9terminer les genres litt\u00e9raires [6]. L\u2019affirmation de Jean Humbert n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une caricature insoutenable qui ressemble \u00e9trangement \u00e0 la prose journalistique si farouchement anticr\u00e9ationniste et antiam\u00e9ricaine de la bien-pensance fran\u00e7aise de ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>(iii) <em>Jean Humbert attribue \u00e9galement aux n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes am\u00e9ricains l\u2019id\u00e9e que c\u2019est le p\u00e9ch\u00e9 d\u2019Adam qui a provoqu\u00e9 la mal\u00e9diction et la mort s\u2019introduisant dans une cr\u00e9ation bonne et parfaite, car suivant la conception \u00e9volutionniste qui est la sienne, la mort \u00e9tait pr\u00e9sente dans la cr\u00e9ation des millions d\u2019ann\u00e9es avant l\u2019apparition de <\/em>l\u2019homme.<\/p>\n<p>Plus loin dans son livre, Jean Humbert, dans un r\u00e9sum\u00e9 de ce qu\u2019il appelle \u00ab le sc\u00e9nario n\u00e9o-cr\u00e9ationniste \u00bb, \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Adam et Eve vivent dans le jardin d\u2019Eden. Ils succombent \u00e0 la tentation. Leur chute a pour cons\u00e9quence la mal\u00e9diction de Dieu qui s\u2019abat sur eux et sur toute la Cr\u00e9ation qui s\u2019en trouve fauss\u00e9e : la violence y fait son apparition, le sol produit de mauvaises herbes, la mort appara\u00eet.<br \/>\nLe p\u00e9ch\u00e9 poursuit son \u0153uvre\u2026 \u00bb (p.143.)<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais alors l\u2019ap\u00f4tre Paul et les P\u00e8res de l\u2019Eglise \u00e9taient tous des \u00ab n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes \u00bb int\u00e9gristes avant l\u2019heure, car ce sc\u00e9nario \u00ab na\u00eff \u00bb \u00e9tait bien cru par ces derniers ! Nulle part dans son livre, Jean Humbert ne prend m\u00eame la peine de proposer une th\u00e9odic\u00e9e \u00e0 partir de <em>son<\/em> interpr\u00e9tation des Ecritures dans une perspective \u00e9volutionniste. Nulle part, il ne nous dit comment et pourquoi la mort serait pr\u00e9sente dans la cr\u00e9ation avant la Chute, et comment cette doctrine peut \u00eatre soutenue par les Ecritures. Au lieu de cela, il d\u00e9nigre le sens obvie des \u00c9critures d\u2019un revers de main rapide en appelant \u00ab na\u00efve \u00bb cette lecture classique (p. 21.) et en accusant les chr\u00e9tiens fid\u00e8les qui la soutiennent de distordre le sens des \u00c9critures. Il est clair, \u00e0 la lecture de son livre, que l\u2019auteur n\u2019attache aucun soin m\u00e9ticuleux \u00e0 extraire des \u00c9critures leur substantifique moelle : la Bible est b\u00e2illonn\u00e9e tout simplement, elle est r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e sans scrupules, livr\u00e9e entre les mains de sp\u00e9cialistes scientifiques. Il nous entra\u00eene ainsi sur les sables mouvants des \u00ab vents de doctrine \u00bb dont nous met en garde l\u2019ap\u00f4tre Paul.<\/p>\n<p>Il est grandement significatif qu&rsquo;apr\u00e8s avoir attaqu\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s d\u00e9loyale, d\u00e9nigr\u00e9 et tourn\u00e9 en d\u00e9rision la position \u00ab hyperlitt\u00e9raliste \u00bb des \u00ab n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes \u00bb \u00e0 travers tout son livre, avan\u00e7ant l&rsquo;id\u00e9e que ceux-ci ont introduit une interpr\u00e9tation nouvelle, fausse et falsifi\u00e9e de la Gen\u00e8se, Jean Humbert finit par faire une concession de taille dans sa conclusion. La voici :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab A c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;herm\u00e9neutique traditionnelle de la Gen\u00e8se, <strong>inspir\u00e9e<\/strong> <strong>par le litt\u00e9ralisme<\/strong>, il y a place pour une herm\u00e9neutique <strong>renouvel\u00e9e<\/strong> \u00bb (p.210) [c&rsquo;est nous qui soulignons].<\/p><\/blockquote>\n<p>Ceci tient lieu d&rsquo;un aveu grandiloquent qui vient contredire toutes les affirmations rapides, relev\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, de l&rsquo;auteur au sujet de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie du \u00ab litt\u00e9ralisme \u00bb : Jean Humbert reconna\u00eet, en d\u00e9finitive, \u00e0 demi-mots, que l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9rale de la Gen\u00e8se <strong>faisait<\/strong> <strong>partie int\u00e9grante de l&rsquo;herm\u00e9neutique traditionnelle. <\/strong>Qui, parmi ses lecteurs auront entr&rsquo;aper\u00e7u cette confession lapidaire et bien discr\u00e8te ?<\/p>\n<p>Il est navrant de constater combien l\u2019esprit du si\u00e8cle et la sagesse de l\u2019homme peuvent amener \u00e0 une telle d\u00e9pr\u00e9ciation du sens des \u00c9critures, et comme cons\u00e9quence, \u00e0 une telle inversion du jugement moral, faisant passer les \u00ab n\u00e9o-cr\u00e9ationnistes \u00bb pour des falsificateurs de la Parole de Dieu alors qu\u2019ils ne font que d\u00e9fendre la lecture classique et traditionnelle de la Gen\u00e8se de mani\u00e8re \u00e0 affirmer, haut et fort, l\u2019autorit\u00e9 de la Bible, et ainsi la coh\u00e9rence de tout son enseignement, de la cr\u00e9ation \u00e0 la r\u00e9demption, en passant par la Chute.<\/p>\n<p>Le prix \u00e0 payer pour harmoniser la Gen\u00e8se avec les longues \u00e8res g\u00e9ologiques de la science moderne me para\u00eet, personnellement, trop \u00e9lev\u00e9 : je ne peux accepter une telle distorsion de la signification th\u00e9ologique fondamentale des \u00c9critures, en abandonnant la n\u00e9cessit\u00e9, comme l\u2019\u00c9criture l\u2019enseigne, de faire remonter la mort animale et humaine \u00e0 la Chute, point d\u2019ancrage fondamental de toute th\u00e9odic\u00e9e, abandon qu\u2019imposerait l\u2019acceptation d\u2019une cr\u00e9ation s\u2019\u00e9talant sur des millions d\u2019ann\u00e9es, qu\u2019elle soit associ\u00e9e ou non \u00e0 un sch\u00e9ma transformiste.<\/p>\n<p>En conclusion, je pr\u00e9f\u00e8re choisir de para\u00eetre, en reprenant les termes de William Dembksi, \u00ab h\u00e9r\u00e9tique \u00bb par rapport \u00e0 l\u2019orthodoxie scientifique du jour, plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par le divin Auteur de la Parole sacr\u00e9e, devant lequel tous devront rendre compte, comme h\u00e9r\u00e9tique par rapport \u00e0 la foi transmise une fois pour toutes aux saints. Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre fid\u00e8le au Seigneur en conservant jalousement le myst\u00e8re et l\u2019orthodoxie de la foi, quitte, aujourd\u2019hui, \u00e0 devenir un martyr en science. Et je sais qu\u2019il viendra un jour, un jour proche, o\u00f9 Dieu justifiera sa Parole de fa\u00e7on indubitable, quand la v\u00e9ritable science se soumettra enfin au Dieu de la cr\u00e9ation tout enti\u00e8re et \u00e0 sa Parole infaillible.<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><br \/>\n1. Gertrude Himmelfarb (1959). <em>Darwin and the Darwinian Revolution<\/em>, New York : Norton, p. 385. Cit\u00e9 par Jean-Marc Berthoud dans \u201cPourquoi la doctrine biblique de la cr\u00e9ation est-elle si importante ?\u201d, <em>Cr\u00e9ation, Bible et Science \u2013 Les fondements de la m\u00e9taphysique, l\u2019\u0153uvre cr\u00e9atrice divine et l\u2019ordre cosmique<\/em>, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, collection Messages, Lausanne, Suisse, 2008, chapitre XIII, p. 265-274.<br \/>\n2. William Dembski: Christian Theodicy in Light of Genesis and Modern Science, School of Theology Southwestern Baptist Theological Seminary Fort Worth, Texas 76115, USA, version 2.3, 15 mars 2007.<br \/>\n3. Jean Humbert (1989). <em>Cr\u00e9ation \u2013 Evolution : Faut-il trancher ? <\/em>Paris : Sator. Pr\u00e9face d\u2019Henri Blocher.<br \/>\n4. Larry Vardiman, Andrew A. Snelling, et Eugene F. Chaffin, \u00e9diteurs (2000). <em>Radioisotopes and the Age of The Earth \u2013 A Young Earth Creationnist Research Intitiative. <\/em>El Cajon, California, USA : ICR, premi\u00e8re impression.<br \/>\n5. Ariel Roth (2000). <em>Origines &#8211; Au carrefour entre la Bible et la science.<\/em> Editions Vie et Sant\u00e9, premi\u00e8re \u00e9dition.<br \/>\n6. Terry Mortenson et Thane H. Ury, \u00e9diteurs (2008). <em>Coming to Grips with Genesis: Biblical Authority and the Age of the Earth. <\/em>New Leaf Publishing Group.<br \/>\n7. \u00ab\u00a0Le concordisme\u00a0\u00bb, ao\u00fbt 2009. Article non imprim\u00e9. L&rsquo;anonymat de l&rsquo;auteur est conserv\u00e9.<br \/>\n8. Theodosius Dobzhansky, \u00ab\u00a0Nothing in biology makes sense except in the light of evolution\u00a0\u00bb, <em>The<\/em> <em>American Biology<\/em> <em>Teacher<\/em> 35:125-129. Cit\u00e9 dans Ariel A. Roth (2000). <em>Origines \u2013 Au carrefour entre la Bible et la science.<\/em> \u00c9ditions Vie et Sant\u00e9, p. 343.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019absurdit\u00e9 des \u00ab souffrances de millions d&rsquo;animaux inf\u00e9rieurs au cours d&rsquo;\u00e2ges presque sans fin \u00bb (selon l\u2019expression de Darwin) et de leur mort subs\u00e9quente n\u2019est pas seulement le propre de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution, mais constitue une difficult\u00e9 insurmontable au regard de la r\u00e9v\u00e9lation biblique pour \u00e9galement tout mod\u00e8le de cr\u00e9ation qui postule de longues \u00e8res g\u00e9ologiques et accepte la chronologie enseign\u00e9e par la science moderne, en faisant \u00e9merger l\u2019homme des millions d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s la mort d\u2019autres \u00eatres vivants.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[137,168,16,191,136,192],"tags":[179,81,155,195,194,190,41,193,196],"class_list":["post-6833","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-evolution","category-genese","category-theodicee","category-theologie","category-theologie-de-la-creation","tag-darwin","tag-darwinisme","tag-evolution","tag-jean-humbert","tag-terre-agee","tag-terre-jeune","tag-terre-vieille","tag-theodicee","tag-william-dembski"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pbu0ZL-1Md","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6833","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6833"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6833\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6839,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6833\/revisions\/6839"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6833"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6833"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6833"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}