{"id":691,"date":"2017-11-26T15:30:42","date_gmt":"2017-11-26T14:30:42","guid":{"rendered":"http:\/\/apologetique.plateformescientifique.fr\/?p=691"},"modified":"2020-01-08T09:55:55","modified_gmt":"2020-01-08T08:55:55","slug":"les-jours-de-la-creation-leur-signification-biblique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2017\/11\/26\/les-jours-de-la-creation-leur-signification-biblique\/","title":{"rendered":"Les jours de la cr\u00e9ation &#8211; leur signification biblique"},"content":{"rendered":"<p>Par Douglas Kelly<\/p>\n<p>L&rsquo;oeuvre du premier jour de la cr\u00e9ation nous met face \u00e0 la diff\u00e9rence majeure qui existe entre le christianisme biblique et le naturalisme s\u00e9culier : une cr\u00e9ation <em>ex nihilo<\/em> par un Dieu infini et personnel, en totale contradiction avec le concept de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de la mati\u00e8re et de l&rsquo;\u00e9nergie. L&rsquo;autre grande diff\u00e9rence, probablement irr\u00e9ductible, entre la pr\u00e9sentation biblique de la r\u00e9alit\u00e9 et celle de la philosophie humaniste est la question du temps, et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;univers. D&rsquo;immenses p\u00e9riodes de temps sont n\u00e9cessaires pour que la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution puisse valider une alternative impersonnelle, s\u00e9cularis\u00e9e et vraisemblable \u00e0 la cr\u00e9ation divine. En raison d&rsquo;une conception du monde tr\u00e8s largement modifi\u00e9e au XIXe si\u00e8cle par l&rsquo;adoption du grand \u00e2ge de la terre, dabord en g\u00e9ologie, puis en biologie, et bient\u00f4t dans tous les autres domaines, ceux qui prenaient les \u00c9critures au s\u00e9rieux ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des questions difficiles quant \u00e0 linterpr\u00e9tation des six jours de la cr\u00e9ation.<br \/>\nD&rsquo;o\u00f9, d\u00e8s le d\u00e9but ou le milieu du XIXe si\u00e8cle, toute une gamme d&rsquo;interpr\u00e9tations du mot \u00ab jour \u00bb, m\u00eame parmi les commentateurs traditionnels de la Bible. Mais avant d&rsquo;examiner ces interpr\u00e9tations, nous nous int\u00e9resserons \u00e0 l&#8217;emploi du mot \u00ab jour \u00bb dans la Gen\u00e8se et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans la Bible.<\/p>\n<h3>Utilisation biblique du mot \u00ab jour \u00bb<\/h3>\n<p>D&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la Bible utilise le mot \u00ab jour \u00bb (<em>yom<\/em> en h\u00e9breu) pour d\u00e9signer soit un jour solaire de vingt-quatre heures, soit sa partie diurne. Lorsque le mot \u00ab jour \u00bb est modifi\u00e9 par un nombre ordinal (comme \u00ab jour un \u00bb ou \u00ab jour deux \u00bb), il correspond, sur le plan scripturaire et universel \u00e0 un jour solaire normal. Parfois, \u00ab jour \u00bb est utilis\u00e9 dans les \u00c9critures pour indiquer une p\u00e9riode de temps ind\u00e9finie (comme dans Job 7:6 : \u00ab Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand \u00bb, ou bien dans Psaumes 90:9 : \u00ab Car tous nos jours d\u00e9clinent par ton courroux \u00bb). Mais dans ces cas-l\u00e0, \u00ab jour \u00bb d\u00e9signe encore une succession de jours normaux, et non pas de tr\u00e8s longues p\u00e9riodes, au gr\u00e9 de limagination des ex\u00e9g\u00e8tes. \u00ab Jour \u00bb (<em>yom<\/em>) peut aussi \u00e0 l&rsquo;occasion d\u00e9signer une partie de l&rsquo;ann\u00e9e, comme pour la moisson du bl\u00e9 (Gen\u00e8se 30:14), mais l\u00e0 encore, il s&rsquo;agit de quelques semaines de jours solaires et non pas de milliers ou de millions dann\u00e9es.<br \/>\nLe \u00ab jour du Seigneur \u00bb, expression fr\u00e9quente chez les proph\u00e8tes, est bien \u00e9videmment un jour tr\u00e8s particulier qui, hormis sa signification proph\u00e9tique, n&rsquo;est pourtant rien dautre qu&rsquo;un jour ordinaire, rendu extraordinaire par l&rsquo;intervention finale de Dieu. Elle n&rsquo;indique en aucun cas de vastes p\u00e9riodes et ne contredit pas davantage l&rsquo;usage biblique courant du mot \u00ab jour \u00bb comme un jour solaire ordinaire. Comme le disait Saint Hilaire de Poitiers au IIIe si\u00e8cle : \u00ab un jour est cach\u00e9 afin que tous les autres soient r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Quelques textes bibliques disent clairement que le mot \u00ab jour \u00bb signifie quelquefois autre chose qu&rsquo;une p\u00e9riode de vingt-quatre heures. 2 Pierre 3:8 en est un exemple typique : \u00ab (\u2026) devant le Seigneur, un jour est comme mille ans \u00bb. Mais ici le contexte indique clairement que le mot d\u00e9passe sa signification historique, litt\u00e9rale. Ce jour exceptionnel ne peut \u00eatre l\u00e9gitimement interpr\u00e9t\u00e9 comme une succession normale de jours (comme si, par exemple, \u00e0 cause de 2 Pierre 3:8, les sept jours de la cr\u00e9ation avaient automatiquement dur\u00e9 sept mille ann\u00e9es), \u00e0 moins que le contexte litt\u00e9ral et grammatical du passage ne requi\u00e8re une telle transformation. Les textes de Gen\u00e8se 1 et 2 n&rsquo;attestent aucun changement de ce genre, mais requi\u00e8rent, au contraire, une s\u00e9quence normale de jours solaires.<br \/>\nLe scientifique Henry M. Morris semble avoir raison, lorsqu&rsquo;il souligne le fait que \u00abjour\u00bb dans Gen\u00e8se 1 et 2 signifie un jour solaire normal :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab De plus, Dieu appela la lumi\u00e8re jour et il appela les t\u00e9n\u00e8bres nuit. Comme s&rsquo;il pr\u00e9voyait la m\u00e9prise future, Dieu a soigneusement d\u00e9fini les termes! Ainsi \u00abjour\u00bb (yom en h\u00e9breu) est, d\u00e8s sa premi\u00e8re utilisation, d\u00e9fini comme la \u00ablumi\u00e8re\u00bb, pour le distinguer des t\u00e9n\u00e8bres appel\u00e9es \u00abnuit\u00bb.<br \/>\nLa s\u00e9paration op\u00e9r\u00e9e par Dieu entre le jour et la nuit marque l&rsquo;ach\u00e8vement de l&rsquo;oeuvre du premier jour. \u00ab Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le jour UN. \u00bb La m\u00eame formulation se retrouve \u00e0 la fin de chacun des six jours ; il est clair qu&rsquo;\u00e0 partir du premier jour, un ordre cyclique de jours et de nuits s&rsquo;est instaur\u00e9, soit des p\u00e9riodes altern\u00e9es de lumi\u00e8re et de t\u00e9n\u00e8bres.<br \/>\nCe genre de disposition cyclique lumi\u00e8re-t\u00e9n\u00e8bres montre clairement que la terre \u00e9tait maintenant en rotation autour de son axe et qu&rsquo;il existait une source de lumi\u00e8re sur un des c\u00f4t\u00e9s de la terre correspondant au soleil, bien qu&rsquo;il ne f\u00fbt pas encore cr\u00e9\u00e9 (Gen\u00e8se 1:16). Il ne fait \u00e9galement aucun doute que chacun de ces jours \u00e9quivalait n\u00e9cessairement \u00e0 un jour solaire normal.<br \/>\nLe premier chapitre de la Gen\u00e8se notifie la fin de l&rsquo;oeuvre de chaque jour par la formule : \u00ab Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut un (un deuxi\u00e8me, etc.) jour. \u00bb Ainsi chaque \u00ab jour \u00bb avait des limites distinctes et s&rsquo;inscrivait dans une s\u00e9rie. Ces crit\u00e8res ne sont jamais pr\u00e9sents dans l&rsquo;Ancien Testament, sauf lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de jours solaires. L&rsquo;auteur de la Gen\u00e8se voulait emp\u00eacher, de toutes les mani\u00e8res possibles, chacun de ses lecteurs d&rsquo;en induire la possibilit\u00e9 de jours non solaires, d&rsquo;immense dur\u00e9e. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Une confirmation suppl\u00e9mentaire des jours solaires de la Gen\u00e8se est fournie par le motif annex\u00e9 au quatri\u00e8me commandement (\u00ab Souviens-toi tu jour du Sabbat pour le sanctifier \u00bb) dans Exode 20:11 : \u00ab Car en six jours, l&rsquo;Eternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui sy trouve, et il sest repos\u00e9 le septi\u00e8me jour; cest pourquoi l&rsquo;Eternel a b\u00e9ni le jour du Sabbat et la sanctifi\u00e9. \u00bb<br \/>\nIci, le point crucial est que l&rsquo;oeuvre cr\u00e9atrice de Dieu, suivie d&rsquo;un temps de repos, forme le mod\u00e8le dune vie saine pour les porteurs de son image, savoir l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;humanit\u00e9 est si importante pour le Dieu infini qu&rsquo;il a explicitement organis\u00e9 son activit\u00e9 cr\u00e9atrice dans le but pr\u00e9cis de structurer l&rsquo;existence humaine. Cest la raison principale qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la totalit\u00e9 de la cr\u00e9ation en six jours, au lieu d&rsquo;une fraction de seconde (ou de dix milliards dann\u00e9es).<br \/>\nCette conclusion est loin d&rsquo;\u00eatre absurde lorsque l&rsquo;on prend au s\u00e9rieux l&rsquo;incarnation du Fils \u00e9ternel de Dieu en un v\u00e9ritable \u00eatre humain, pour la r\u00e9demption de l&rsquo;humanit\u00e9. Si le Dieu infini a daign\u00e9 prendre sur lui notre humanit\u00e9, en la personne de son Fils, le fait d&rsquo;avoir organis\u00e9 la dur\u00e9e de la semaine de la cr\u00e9ation autour des int\u00e9r\u00eats de la race humaine (la future \u00e9pouse du Fils de Dieu) nest pas &#8211; bien que merveilleux \u00e0 contempler &#8211; incompatible avec l&rsquo;alliance d&rsquo;amour et de gr\u00e2ce. En effet, l&rsquo;incarnation de l&rsquo;Auteur de la cr\u00e9ation dans les limites du temps (sans qu&rsquo;il cesse lui-m\u00eame d&rsquo;\u00eatre infini) semble \u00eatre un bien plus grand miracle que la cr\u00e9ation elle-m\u00eame. En regard d&rsquo;un Dieu qui s&rsquo;accommode lui-m\u00eame de la poussi\u00e8re de la terre, nous devrions admettre sans r\u00e9ticence qu&rsquo;il a pu soumette sa puissance redoutable et infinie \u00e0 une certaine p\u00e9riode de temps. Le temps et la poussi\u00e8re sont des \u00e9l\u00e9ments du cr\u00e9\u00e9 dont Dieu dispose; ce ne sont pas ses ma\u00eetres.<\/p>\n<p>Trois autres arguments tir\u00e9s des \u00c9critures ont permis de ne plus donner aux jours le sens de jours solaires. Deux d&rsquo;entre eux peuvent \u00eatre mentionn\u00e9s bri\u00e8vement, mais le troisi\u00e8me appelle \u00e0 davantage de r\u00e9flexion. Premi\u00e8rement, il est exact que le soleil na \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans les cieux qu&rsquo;au quatri\u00e8me jour, et qu&rsquo;ainsi on ne peut parler des trois premiers jours comme \u00e9tant strictement des \u00abjours solaires normaux\u00bb. Cest pourquoi, certains en ont d\u00e9duit que les trois premiers jours ont pu durer tr\u00e8s longtemps. Si le contexte du chapitre 1 de Gen\u00e8se ne nous donnait pas plus d&rsquo;informations, cette observation aurait une incidence s\u00e9rieuse. Mais le fait m\u00eame, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 vu, que \u00ab (\u2026) chaque \u00ab jour \u00bb avait des limites distinctes et faisait partie d&rsquo;une s\u00e9rie de jours (deux crit\u00e8res jamais pr\u00e9sents dans l&rsquo;Ancien Testament, sauf s&rsquo;il s&rsquo;agit de jours pris au sens litt\u00e9ral) \u00bb, ce fait donc apporte une r\u00e9ponse issue du contexte m\u00eame de la Gen\u00e8se. Exode 20:11 vient confirmer, si besoin \u00e9tait, une lecture litt\u00e9rale des sept jours comme des jours normaux, d&rsquo;\u00e9gale dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me argument favorable \u00e0 l&rsquo;allongement des jours en longues p\u00e9riodes est l&rsquo;argument du silence, car la formule finale : \u00ab Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le septi\u00e8me jour \u00bb est absente du texte apr\u00e8s la cr\u00e9ation du Sabbat. Le Dr Hugh Ross, par exemple, dit que l&rsquo;absence de cette formule \u00ab sugg\u00e8re fortement que ce jour n&rsquo;a (ou n&rsquo;avait) pas encore pris fin \u00bb. Il en tire alors la conclusion suivante : \u00ab De ces passages (Psaumes 95 et H\u00e9breux 4), nous d\u00e9duisons que le septi\u00e8me jour de Gen\u00e8se 1 et 2 repr\u00e9sente un minimum de quelques milliers d&rsquo;ann\u00e9es, et un maximum qui reste ouvert (mais limit\u00e9). Il semble donc raisonnable de conclure, \u00e9tant donn\u00e9 le parall\u00e9lisme du r\u00e9cit de la cr\u00e9ation dans la Gen\u00e8se, que les six premiers jours ont pu \u00e9galement durer de longues p\u00e9riodes de temps. \u00bb<br \/>\nLe moins que l&rsquo;on puisse dire, cest que cela p\u00e8se d&rsquo;un grand poids th\u00e9ologique sur un pont ex\u00e9g\u00e9tique aussi \u00e9troit que l\u00e9ger ! Nest-il pas plus plausible, avec le sens manifeste du contexte de Gen\u00e8se 2 (et d&rsquo;Exode 20), d&rsquo;en d\u00e9duire que la l\u00e9g\u00e8re diff\u00e9rence qualitative &#8211; et non quantitative &#8211; du Sabbat (car rien dans le texte lui-m\u00eame ne le laisse entendre) a r\u00e9clam\u00e9 une conclusion l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente pour marquer cette diff\u00e9rence qualitative (six jours de travail, un jour de repos)?<br \/>\nLa formule pour la fin de ce premier Sabbat : \u00ab Le septi\u00e8me jour, toute l&rsquo;oeuvre que Dieu avait faite \u00e9tait achev\u00e9e et il se reposa au septi\u00e8me jour de toute l&rsquo;oeuvre qu&rsquo;il avait faite \u00bb (Gen\u00e8se 2:2) semble, selon toutes les normes de l&rsquo;interpr\u00e9tation biblique, indiquer une fin tout aussi pr\u00e9cise que : \u00ab Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le premier jour. \u00bb<br \/>\nNous avons l\u00e0 encore une contrainte d&rsquo;autant plus forte que l&rsquo;objectif de Dieu, dans l&rsquo;oeuvre des six jours et le repos d&rsquo;un jour, \u00e9tait, nous nous en souvenons, d&rsquo;offrir un mod\u00e8le bien r\u00e9gl\u00e9, capable de structurer la vie des porteurs de son image. En revanche, si l&rsquo;absence de cette formule finale signifie que le Sabbat, en tant que mod\u00e8le divin, a dur\u00e9 des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, alors comment les hommes pouvaient-ils se conformer au commandement divin de travailler six jours par semaine et de se reposer le septi\u00e8me (Exode 20:9) ?<\/p>\n<p>De tels arguments pour transformer la semaine de la cr\u00e9ation en quelques milliers (ou millions) d&rsquo;ann\u00e9es paraissent tr\u00e8s sophistiqu\u00e9s et tr\u00e8s artificiels au vu du contexte de la Gen\u00e8se et de la Bible en g\u00e9n\u00e9ral. Les ex\u00e9g\u00e8tes doivent se lancer dans une sorte de casuistique moderne, s&rsquo;ils veulent faire du \u00abjour\u00bb de la Gen\u00e8se autre chose qu&rsquo;un jour solaire ordinaire. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre collet\u00e9 avec ce genre de reconstructions \u00e9vang\u00e9liques de la semaine de cr\u00e9ation, il faut d&rsquo;autant plus appr\u00e9cier l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8te lib\u00e9ral, le professeur \u00e9cossais Marcus Dods, lorsqu&rsquo;il \u00e9crit : \u00ab Si, par exemple, le mot \u00ab jour \u00bb dans ces chapitres ne signifie pas une p\u00e9riode de vingt-quatre heures, l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00c9critures est sans espoir. \u00bb<br \/>\nUn p\u00e8re de l&rsquo;\u00c9glise du IVe si\u00e8cle, Saint Ambroise de Milan, a fid\u00e8lement r\u00e9sum\u00e9 l&rsquo;usage biblique du mot jour dans son <em>Hexameron<\/em> :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le commencement du jour repose sur la Parole de Dieu : Que la lumi\u00e8re soit! Et la lumi\u00e8re fut. La fin du jour est le soir. Maintenant le jour suivant suit la fin de la nuit. La pens\u00e9e de Dieu est claire. En premier lieu, il appelle la lumi\u00e8re \u00ab jour \u00bb et ensuite il appelle les t\u00e9n\u00e8bres \u00ab nuit \u00bb. Il faut remarquer que les \u00c9critures ont parl\u00e9 du \u00ab Jour Un \u00bb (<em>Yom Ehad<\/em>, jour cardinal) et non d&rsquo;un \u00ab premier jour \u00bb (ordinal). Parce que le deuxi\u00e8me, et ensuite le troisi\u00e8me jours et finalement le reste des jours allaient suivre, on aurait pu mentionner un \u00abpremier jour\u00bb et suivre ainsi l&rsquo;ordre naturel. Mais les \u00c9critures ont \u00e9tabli une loi pour ne donner le nom \u00ab jour \u00bb qu&rsquo;\u00e0 une p\u00e9riode de vingt-quatre heures, incluant un jour et une nuit, comme pour dire que la longueur dun jour serait de vingt-quatre heures. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<h3>L&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre<\/h3>\n<p>L&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre (\u00ab Framework Hypothesis \u00bb) repr\u00e9sente une troisi\u00e8me m\u00e9thode pour parer \u00e0 la force normative du mot jour pendant la cr\u00e9ation. Cette m\u00e9thode esquive la s\u00e9quence chronologique de six jours de vingt-quatre heures (et un jour de repos), en cr\u00e9ant une rupture entre l&rsquo;ordre chronologique \u00ab litt\u00e9ral \u00bb et le cadre \u00ab litt\u00e9raire \u00bb des \u00c9critures. Arie Noordizij, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Utrecht en 1924, est le premier \u00e0 avoir d\u00e9velopp\u00e9 cette \u00ab th\u00e9orie du cadre \u00bb. Ayant constat\u00e9 un parall\u00e9lisme entre les trois premiers jours et les trois autres jours de la cr\u00e9ation, il en a tir\u00e9 des cons\u00e9quences inhabituelles.<br \/>\nE. J. Young paraphrase la th\u00e9orie de Noordzij :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Noordzij pense que les six jours ne correspondent pas \u00e0 un processus naturel, d&rsquo;apr\u00e8s la fa\u00e7on dont l&rsquo;auteur a rassembl\u00e9 ses donn\u00e9es. Nous avons deux s\u00e9ries de trois jours, avec un parall\u00e9lisme prononc\u00e9 dont le but est de mettre au premier plan la gloire pr\u00e9\u00e9minente de l&rsquo;homme, qui accomplit ainsi sa destin\u00e9e dans le Sabbat, car le Sabbat est le point culminant de l&rsquo;oeuvre cr\u00e9atrice de Dieu (\u2026). Ce qui compte nest pas le concept de \u00abjour\u00bb pris isol\u00e9ment, mais plut\u00f4t le concept de six plus un.<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;auteur parle de soirs et de matins, avant les corps c\u00e9lestes du quatri\u00e8me jour, continue Noordzij, il est clair qu&rsquo;il utilise les termes \u00abjours\u00bb et \u00abnuits\u00bb comme cadre (kader). La division du temps, con\u00e7u ici comme une simple projection, n&rsquo;a pas pour but de nous montrer la cr\u00e9ation dans son d\u00e9roulement historique, mais comme ailleurs dans les Saintes \u00c9critures, de r\u00e9v\u00e9ler la majest\u00e9 de la cr\u00e9ation, \u00e0 la lumi\u00e8re du grand dessein salvateur de Dieu (\u2026). Pourquoi alors les six jours sont-ils mentionn\u00e9s, dira-t-on? Dapr\u00e8s Noordzij, ils ne sont mentionn\u00e9s que pour nous pr\u00e9parer au septi\u00e8me jour. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette approche a \u00e9t\u00e9 largement popularis\u00e9e durant les trente derni\u00e8res ann\u00e9es par les \u00e9crits du professeur Meredith Kline de la Facult\u00e9 th\u00e9ologique de Westminster Ouest, tr\u00e8s connu comme sp\u00e9cialiste de l&rsquo;Ancien Testament et auteur de recherches importantes sur la th\u00e9ologie de l&rsquo;Alliance. Dans son <em>Commentary on Genesis,<\/em> il dit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab (&#8230;) Cependant le caract\u00e8re litt\u00e9raire du prologue (= Gen\u00e8se 1:1 &#8211; 2:3) n&rsquo;en permet qu&rsquo;une utilisation limit\u00e9e dans la construction de mod\u00e8les scientifiques, car son langage est celui de la simple observation, et sa qualit\u00e9 po\u00e9tique, refl\u00e9t\u00e9e dans sa structure en strophes, p\u00e9n\u00e8tre son style. L&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se note que le sch\u00e9ma de la semaine de la cr\u00e9ation est lui-m\u00eame une figure po\u00e9tique, et que les diff\u00e9rents tableaux de l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation s&rsquo;ins\u00e8rent dans des cadres de six jours oeuvr\u00e9s, non pas chronologiquement, mais par th\u00e8mes. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette \u00ab hypoth\u00e8se du cadre \u00bb, o\u00f9 le sens chronologique \u00ab litt\u00e9ral \u00bb est d\u00e9connect\u00e9 de sa signification \u00ab litt\u00e9raire \u00bb, a \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9velopp\u00e9e par le professeur Henri Blocher, de la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie \u00e9vang\u00e9lique de Vaux sur Seine, dans son livre <em>R\u00e9v\u00e9lation des origines<\/em>. Blocher oppose une approche \u00ab litt\u00e9raire \u00bb \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation \u00ablitt\u00e9rale\u00bb qui suppose la simple historicit\u00e9 chronologique des six jours de la cr\u00e9ation. Dapr\u00e8s lui, la forme de semaine attribu\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation est celle d&rsquo;un arrangement artistique, un anthropomorphisme sobre qui n&rsquo;a nul besoin d&rsquo;\u00eatre pris au sens litt\u00e9ral. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on pense pouvoir \u00e9viter le conflit avec les th\u00e8ses modernes d&rsquo;un univers extr\u00eamement ancien, ce qui laisse place \u00e0 un d\u00e9veloppement \u00e9volutionniste.<br \/>\nParmi les composantes fr\u00e9quentes de l&rsquo;\u00ab hypoth\u00e8se du cadre \u00bb, oppos\u00e9e \u00e0 une lecture chronologique des sept jours de Gen\u00e8se 1 et 2, figure la proposition du Dr Kline pour qui Gen\u00e8se 2:5 (\u00ab aucun arbuste ; aucune herbe des champs n&rsquo;y germait encore (\u2026) l&rsquo;Eternel Dieu n&rsquo;avait pas fait pleuvoir sur la terre \u00bb) implique des processus providentiels qui n&rsquo;auraient jamais pu avoir lieu en six jours de vingt-quatre heures.<br \/>\nIl en tire la conclusion que la Gen\u00e8se n&rsquo;enseigne pas une s\u00e9quence chronologique de la cr\u00e9ation, mais \u00ab (\u2026) un cadre figuratif, o\u00f9 les donn\u00e9es de l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es dans un souci autre que celui de la stricte chronologie des \u00e9v\u00e9nements \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, comment \u00e9valuer cette \u00abhypoth\u00e8se du cadre\u00bb, avec la dichotomie qui la caract\u00e9rise? Personne ne voudrait d\u00e9sapprouver \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re des intellectuels chr\u00e9tiens \u00e9vang\u00e9liques aussi distingu\u00e9s, si la question ne s&rsquo;av\u00e9rait d&rsquo;une tr\u00e8s grande importance pour toute l&rsquo;herm\u00e9neutique biblique. L&rsquo;enjeu est ici beaucoup plus fort que la question \u00e9videmment complexe de l&rsquo;\u00e2ge de la terre. Car m\u00eame si la pr\u00e9f\u00e9rence allait \u00e0 un cosmos tr\u00e8s ancien, la m\u00e9thode envisag\u00e9e comporte des risques beaucoup trop \u00e9lev\u00e9s par rapport aux affirmations de la v\u00e9rit\u00e9 contenues dans toute la Bible. Car, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette th\u00e9orie, ils ont introduit une dichotomie, potentiellement d\u00e9sastreuse, entre la forme litt\u00e9raire et une interpr\u00e9tation viable des textes bibliques au plan de l&rsquo;histoire et de la chronologie. Il serait na\u00eff de croire que ce dualisme herm\u00e9neutique \u00e0 longue port\u00e9e peut \u00eatre tout simplement abandonn\u00e9 \u00e0 la fin du deuxi\u00e8me chapitre de la Gen\u00e8se, sans \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 dautres textes, dans la mesure o\u00f9 ils contredisent les sp\u00e9culations naturalistes de type courant.<\/p>\n<p>Je ne connais personne qui ait une analyse plus perspicace de ce probl\u00e8me que Jean-Marc Berthoud, un \u00e9rudit r\u00e9form\u00e9 de Lausanne en Suisse. Lors dun \u00e9change de lettres (aujourdhui publi\u00e9es) avec le professeur Henri Blocher, Berthoud d\u00e9masque la pr\u00e9somption fondamentale qui pr\u00e9side au fonctionnement de la th\u00e9orie du cadre. Sa critique de Blocher porte sur la substitution d&rsquo;une approche \u00ab litt\u00e9raire \u00bb \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation \u00ablitt\u00e9rale\u00bb (ou \u00ab litt\u00e9raliste \u00bb) de la Bible.<br \/>\nEn r\u00e9action \u00e0 ce dualisme entre forme litt\u00e9raire et r\u00e9alit\u00e9 historique, Berthoud \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab (\u2026) l&rsquo;opposition litt\u00e9raliste-litt\u00e9raire que lon voit partout dans votre livre est un sch\u00e9ma inadapt\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s bibliques (\u2026). Vous partez du pr\u00e9suppos\u00e9 non formul\u00e9 que ce que vous appelez raffinement litt\u00e9raire et lecture litt\u00e9rale s&rsquo;excluent l&rsquo;un l&rsquo;autre presque obligatoirement.\u00bb Berthoud d\u00e9clare, bien \u00e0 propos, que cette scission axiomatique entre un style litt\u00e9raire et un sens litt\u00e9ral, d\u00e9crit une position philosophique totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la Bible.<br \/>\n\u00ab Quelle difficult\u00e9 alors pour lui (l&rsquo;Auteur de l&rsquo;univers) \u00e0 faire co\u00efncider la forme litt\u00e9raire la plus complexe, la plus raffin\u00e9e, avec la mani\u00e8re dont il aurait lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9 toutes choses en six jours? L&rsquo;ordre artistique ne s&rsquo;oppose donc aucunement \u00e0 l&rsquo;ordre semblable des faits, \u00e0 moins \u00e9videmment que l&rsquo;Auteur du r\u00e9cit ne soit autre que le Cr\u00e9ateur des faits d\u00e9crits (\u2026). C&rsquo;est par cons\u00e9quent votre constante opposition de l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9raire \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9rale que je mets en question. Car le d\u00e9bat v\u00e9ritable n&rsquo;est aucunement prose contre po\u00e9sie, interpr\u00e9tation litt\u00e9raire contre interpr\u00e9tation litt\u00e9rale, mais interpr\u00e9tation vraie contre interpr\u00e9tation fausse. La v\u00e9ritable opposition est style litt\u00e9ral vrai contre style litt\u00e9raire faux. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>James B. Jordan a abord\u00e9 de mani\u00e8re similaire cette dichotomie inutile :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre\u00bb (\u2026) dit que les six jours ne sont pas des laps de temps, mais seulement une convention litt\u00e9raire favorable \u00e0 une cr\u00e9ation en six \u00e9tapes. Le probl\u00e8me fondamental avec ce point de vue est qu&rsquo;il oppose sans n\u00e9cessit\u00e9 une interpr\u00e9tation th\u00e9ologique \u00e0 une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale (\u2026). La dimension th\u00e9ologique de la cr\u00e9ation en six jours r\u00e9side exactement dans le fait qu&rsquo;il sagit d&rsquo;une s\u00e9quence temporelle (\u2026). Dieu n&rsquo;a aucune raison de cr\u00e9er le monde en six jours, si ce n&rsquo;est comme mod\u00e8le \u00e0 suivre pour l&rsquo;homme, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 son image. L\u00e0 o\u00f9 la Bible utilisera plus tard un mod\u00e8le th\u00e9ologique de trois jours, de six jours ou de sept jours, celui-ci s&rsquo;inscrira toujours dans le cours du temps, avec un d\u00e9but et une fin. L&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre, \u00e0 l&rsquo;instar du platonisme, transforme la s\u00e9quence temporelle en un simple corpus d&rsquo;id\u00e9es. En se voulant th\u00e9ologique, \u00abl&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre\u00bb passe compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la th\u00e9ologie biblique. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Jean-Marc Berthoud pense que cette scission entre \u00ablitt\u00e9raire\u00bb et \u00ab litt\u00e9ral \u00bb (ou, selon Jordan, \u00ab th\u00e9ologique \u00bb et \u00ab litt\u00e9rale \u00bb) incarne une sorte de renouveau philosophique du nominalisme, tel quil \u00e9tait pratiqu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9rudit m\u00e9di\u00e9val, William d&rsquo;Occam. \u00c0 propos du genre d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se pratiqu\u00e9e par Blocher, Berthoud d\u00e9clare qu&rsquo;\u00ab il s&rsquo;agit en fait ici d&rsquo;une ex\u00e9g\u00e8se nominaliste (\u2026). Pour Occam, la forme du nom (d&rsquo;o\u00f9 \u00abnominalisme\u00bb) n&rsquo;avait aucune relation v\u00e9ritable avec la chose nomm\u00e9e ou signifi\u00e9e. De m\u00eame ici (dans \u00ab l&rsquo;hypoth\u00e8se du cadre \u00bb), la forme litt\u00e9raire na pas de relation v\u00e9ritable avec la r\u00e9alit\u00e9 temporelle de la cr\u00e9ation \u00bb.<\/p>\n<p>La s\u00e9paration effectu\u00e9e par Occam entre les choses et leurs repr\u00e9sentations mentales n&rsquo;est pas de faible importance dans la fa\u00e7on dont on regarde le monde, et dont on interpr\u00e8te les textes litt\u00e9raires (anciens ou modernes).<br \/>\nDans son commentaire sur la seconde distinction d&rsquo;Occam, dans le premier livre de son <em>Commentaries on the Four Books of (Lombards) Sentences (Question VI, E)<\/em>, Paul Vignaux remarque que, dapr\u00e8s cette proc\u00e9dure nominaliste classique, \u00ab il ne s&rsquo;agit pas des choses r\u00e9elles que nous connaissons, mais de propositions au sujet de ces choses (\u2026). Le contenu de la pens\u00e9e importe peu; le point de vue pr\u00e9sent\u00e9 ici est purement formel (\u2026). Le type de logique qui est \u00e0 l&rsquo;origine du nominalisme transforme un concept mental en rien de plus quune parole; le processus de connaissance n&rsquo;aboutit pas \u00e0 une v\u00e9ritable apppr\u00e9hension par l&rsquo;intellect d&rsquo;un contenu externe, mais donne un nom \u00e0 une chose qui lui est ext\u00e9rieure, de sorte que la pens\u00e9e joue le r\u00f4le dune sorte d&rsquo;alg\u00e8bre \u00bb.<\/p>\n<p>En dernier ressort, cette perspective ne nous laisse rien, sinon une collection de mots. Vignaux pose la bonne question : \u00ab Que savons-nous? Des propositions, compos\u00e9es de termes, qui ne sont que les signes des choses. \u00bb On pourrait ainsi dire que d&rsquo;authentiques connexions externes entre diverses r\u00e9alit\u00e9s sont remplac\u00e9es par des relations entre des mots (en une sorte d&rsquo;alg\u00e8bre verbale, comme le sugg\u00e8re Vignaux). Les d\u00e9clarations d&rsquo;Occam dans \u00ab\u00a0Distinctions XXX\u00a0\u00bb du Livre I de son <em>Commentaries on the Four Books of Sentences (Question I, S)<\/em> indiquent que les relations exprim\u00e9es par des paroles humaines \u00ab (\u2026) n&rsquo;ont aucune r\u00e9alit\u00e9 propre en dehors de l&rsquo;esprit \u00bb.<br \/>\nLe nominalisme est une \u00e9vasion hors du \u00ab r\u00e9alisme \u00bb (qui, lui, pose une relation r\u00e9elle entre le texte litt\u00e9ral et les faits historiques, les \u00e9v\u00e9nements et les personnes mentionn\u00e9s dans le texte). Comme Berthoud l&rsquo;\u00e9crit ailleurs : \u00ab Dans l&rsquo;esth\u00e9tique de la Bible (et de la grande litt\u00e9rature qui s&rsquo;en inspire), la forme est mari\u00e9e \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 commande toujours la forme.\u00a0\u00bb \u00c0 propos de ce genre d&rsquo;\u00e9vasion nominaliste hors de la r\u00e9alit\u00e9 (ou \u00ab de la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre \u00bb), T. F. Torrance note sans ambages dans son livre <em>Theological Science<\/em> :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le probl\u00e8me ici est de savoir si la v\u00e9rit\u00e9 se pr\u00e9occupe surtout des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des choses que l&rsquo;on affirme, ou plut\u00f4t des liens logico-syntaxiques entre ces d\u00e9clarations, de telle sorte que celles-ci doivent \u00eatre rep\u00e9r\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;appareils id\u00e9ologiques. Une double erreur semble se dissimuler ici : (a) la r\u00e9duction de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 des id\u00e9es, l&rsquo;erreur \u00e9tant ici que les seules id\u00e9es suffisent \u00e0 expliciter leur relation \u00e0 l&rsquo;\u00eatre (la r\u00e9alit\u00e9) ; (b) la r\u00e9duction de la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 des affirmations, l&rsquo;erreur \u00e9tant alors de croire que les seules affirmations suffisent \u00e0 d\u00e9finir le lien avec ce qui est dit. L&rsquo;une implique la \u00ab conversion \u00bb des propositions universelles en entit\u00e9s abstraites, l&rsquo;autre laisse entendre qu&rsquo;en fin de compte la science ne s&rsquo;occupe que de propositions. Cela repr\u00e9sente une mutation de la connaissance intuitive de la r\u00e9alit\u00e9 vers la connaissance abstraite, soit de l&rsquo;id\u00e9al soit du symbolique, avec dans les deux cas une d\u00e9viance eu \u00e9gard \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>En ce qui concerne le r\u00e9alisme et la distinction dualiste entre \u00ab litt\u00e9ral \u00bb et \u00ab litt\u00e9raire \u00bb dans les premiers chapitres de la Gen\u00e8se, il ne faut pas oublier que chaque proposition philosophique, en particulier lorsqu&rsquo;elle contr\u00f4le l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se, doit \u00eatre examin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00c9critures. Est-ce que les \u00c9critures fonctionnent sur la base de ce genre de pr\u00e9suppos\u00e9 ou \u00e0 partir dun pr\u00e9suppos\u00e9 diff\u00e9rent? Le professeur Meredith Kline a certainement raison lorsque, apr\u00e8s avoir propos\u00e9 sa th\u00e9orie du cadre, il d\u00e9clare : \u00ab lorsqu&rsquo;on distingue une simple description et une figure po\u00e9tique de ce qui est sans nul doute (purement) conceptuel, le seul guide, ici, comme toujours, est la comparaison avec le reste des \u00c9critures. \u00bb<\/p>\n<p>Ailleurs dans les \u00c9critures, un genre litt\u00e9raire sophistiqu\u00e9 (telle la pr\u00e9sentation en strophes ou sous forme d&rsquo;hymne de Philippiens 2:5-11, par exemple) ne para\u00eet pas \u00e9vacuer le sens litt\u00e9ral et historique des grandes \u00e9tapes de l&rsquo;humiliation et de l&rsquo;exaltation du Christ. S&rsquo;il n&rsquo;existe pas ici de dichotomie entre la forme litt\u00e9raire et les faits historiques et chronologiques, pourquoi devrait-il y en avoir dans Gen\u00e8se 1 et 2 ? Ne pourrait-on pas imputer cette dichotomie \u00e0 un facteur externe aux \u00c9critures plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 des consid\u00e9rations herm\u00e9neutiques internes ?<\/p>\n<p>De plus, la fa\u00e7on dont le Nouveau Testament mentionne Gen\u00e8se 1-11 non seulement ne sugg\u00e8re pas une dichotomie entre la forme litt\u00e9raire de ces chapitres et leur v\u00e9racit\u00e9 litt\u00e9rale, chronologique et historique, mais exclut-elle aussi, sans aucun doute possible, une telle proc\u00e9dure. Les Notes bibliographiques et techniques examinent cette question en d\u00e9tail. Nous avons \u00e9mis l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un facteur externe aux \u00c9critures a d\u00fb inciter certains ex\u00e9g\u00e8tes chr\u00e9tiens distingu\u00e9s \u00e0 recourir \u00e0 un mode d&rsquo;interpr\u00e9tation qui torture les textes, lesquels, malgr\u00e9 leur richesse litt\u00e9raire, ont toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme faisant r\u00e9f\u00e9rence clairement \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s historiques et chronologiques. Le Dr Hugh Ross pr\u00e9cise la nature de ce facteur :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Je vois la communaut\u00e9 des scientifiques, y compris les astronomes et les astrophysiciens, comme un ethnos (peuple). Dieu nous demande de les atteindre, tout comme il nous le demande pour tout autre groupe sur la plan\u00e8te. Bien qu&rsquo;il nous avertisse que la simplicit\u00e9 enfantine de la foi en J\u00e9sus sera une pierre d&rsquo;achoppement pour beaucoup, nous avons involontairement plac\u00e9 une autre barri\u00e8re sur leur chemin : le dogme d&rsquo;une terre vieille de quelques milliers d&rsquo;ann\u00e9es. Je ne peux imaginer de notion plus choquante pour cette communaut\u00e9\u2026 \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, le Dr Blocher parle de ceux qui remettent en cause les id\u00e9es du naturalisme sur les origines anciennes, opinions associ\u00e9es \u00e0 la th\u00e8se du d\u00e9veloppement \u00e9volutif, comme les \u00e9quivalents intellectuels des pilotes kamikazes qui se projettent avec fracas sur le monde acad\u00e9mique :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab A nos yeux, les adversaires des opinions \u00e9tablies, \u00e9mouvants comme des kamikazes du monde acad\u00e9mique, font preuve de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e0 deux moments d\u00e9cisifs : quand ils minimisent la valeur des recoupements et des convergences entre les travaux des savants \u00abofficiels \u00bb, et quand ils attribuent \u00e0 la Gen\u00e8se, sans tol\u00e9rer la discussion, un sens que d&rsquo;autres lecteurs n&rsquo;y trouvent pas, et qu&rsquo;eux m\u00eames ne justifient que par le seul a priori du litt\u00e9ralisme. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi, pour \u00e9viter d&rsquo;offenser la \u00ab communaut\u00e9 scientifique \u00bb et pour ne pas faire partie des volontaires kamikazes, certains conservateurs chr\u00e9tiens ont import\u00e9 une proc\u00e9dure philosophique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00c9critures, savoir une dichotomie inutile entre la forme litt\u00e9raire et la v\u00e9rit\u00e9 historique.<br \/>\nIl serait faux de ne pas louer ces intellectuels chr\u00e9tiens pour leur sinc\u00e8re d\u00e9sir d&rsquo;atteindre les intellectuels inconvertis avec un minimum d&rsquo;offense. Il faut aussi reconna\u00eetre qu&rsquo;ils nont aucune intention d&rsquo;amoindrir la v\u00e9rit\u00e9 des \u00c9critures. Mais, \u00e0 mon avis, lorsque leur approche est compar\u00e9e \u00e0 l&rsquo;usage des \u00c9critures par les \u00c9critures, elle pr\u00e9sente un net d\u00e9ficit. Tout en appr\u00e9ciant la sinc\u00e9rit\u00e9 de leur foi et leurs efforts pour atteindre ceux qui sont perdus, l&rsquo;on ne peut les suivre, et ce pour deux bonnes raisons. En premier lieu, l&rsquo;introduction dans les \u00c9critures d&rsquo;une proc\u00e9dure d&rsquo;interpr\u00e9tation \u00e9trang\u00e8re (la dichotomie entre la forme et le fait) obscurcit involontairement la pure lumi\u00e8re que la Parole de Dieu fait briller sur notre compr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9 espace\/temps, aussi bien que sur l&rsquo;autorit\u00e9 transcendante qui la contr\u00f4le. En second lieu, ces intellectuels causent un grave tort aux sciences naturelles, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce n&rsquo;est pas en voilant la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 divine que ceux qui sont dans les t\u00e9n\u00e8bres peuvent \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 la repentance et \u00e0 une restructuration compl\u00e8te de leur mode de pens\u00e9e, au niveau le plus profond.<\/p>\n<p>Cet ouvrage a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avec la certitude qu&rsquo;il existe de meilleures m\u00e9thodes ; l&rsquo;une tiendrait \u00e0 une lecture r\u00e9aliste (et non nominaliste) des \u00c9critures, l&rsquo;autre consisterait \u00e0 s&rsquo;interroger, au niveau des pr\u00e9suppos\u00e9s et de l&rsquo;exp\u00e9rimentation, sur les th\u00e9ories naturalistes des origines, encore largement accept\u00e9es (bien que d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un moindre degr\u00e9). Le chapitre suivant porte sur l\u00e2ge de l&rsquo;univers et constitue un pas dans cette direction.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence : <\/strong>Kelly, Douglas (2011) <em>La doctrine biblique de la cr\u00e9ation et le dessin intelligent.<\/em> Le S\u00e9questre : Editions La Lumi\u00e8re. Chapitre 6. <a href=\"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/produit\/205\/\">https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/produit\/205\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;oeuvre du premier jour de la cr\u00e9ation nous met face \u00e0 la diff\u00e9rence majeure qui existe entre le christianisme biblique et le naturalisme s\u00e9culier : une cr\u00e9ation ex nihilo par un Dieu infini et personnel, en totale contradiction avec le concept de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de la mati\u00e8re et de l&rsquo;\u00e9nergie. L&rsquo;autre grande diff\u00e9rence, probablement irr\u00e9ductible, entre la pr\u00e9sentation biblique de la r\u00e9alit\u00e9 et celle de la philosophie humaniste est la question du temps, et plus particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;univers.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[136],"tags":[34,35,36,37,38,40,41],"class_list":["post-691","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-theologie","tag-age-de-la-terre","tag-creation","tag-creation-en-six-jours","tag-doctrine-de-la-creation","tag-genese","tag-nominalisme","tag-terre-vieille"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pbu0ZL-b9","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/691","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=691"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/691\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5892,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/691\/revisions\/5892"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=691"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=691"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=691"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}