{"id":7044,"date":"2020-02-24T19:40:23","date_gmt":"2020-02-24T18:40:23","guid":{"rendered":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/24\/par-pierre-courthial\/"},"modified":"2020-03-06T13:58:08","modified_gmt":"2020-03-06T12:58:08","slug":"par-pierre-courthial","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/2020\/02\/24\/par-pierre-courthial\/","title":{"rendered":"Philosophie et th\u00e9ologie par Pierre COURTHIAL"},"content":{"rendered":"<p>Par Pierre COURTHIAL<\/p>\n<div id=\"reader_content_div\" style=\"padding-bottom: 35px; margin-left: 16px; margin-right: 16px; margin-top: 24px; color: #252525; font-family: Roboto,sans-serif; font-size: medium; font-style: normal; font-variant-ligatures: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2text-indent:0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: 2; word-spacing: 0; text-decoration-style: initial; text-decoration-color: initial; text-align: center;\">\n<div id=\"readability-page-1\" class=\"SISO_page\" style=\"font-size: .87em; margin-top: 0; overflow-wrap: break-word; line-height: 1.5em; text-align: center;\">\n<div class=\"ob-section ob-section-html\" style=\"text-align: left;\">Le mot <i>philosophia<\/i> n\u2019appara\u00eet qu&rsquo;une fois dans la Sainte Ecriture : au second chapitre des Colossiens ; encore est-ce en mauvaise part puisqu&rsquo;il y est dit :<br \/>\n\u00ab\u00a0Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie <i>(dia tes philosophias<\/i>) et par une vaine tromperie&#8230;\u00a0\u00bb,<br \/>\nmais comme l&rsquo;ap\u00f4tre Paul ajoute :\u00a0\u00bbselon la tradition des hommes, selon les rudiments du monde, et non selon Christ\u00a0\u00bb,il faut supposer qu&rsquo;il peut, mieux, qu&rsquo;il doit y avoir une recherche philosophique \u00ab\u00a0<i>Kata Kriston<\/i>, selon Christ\u00a0\u00bb.<br \/>\nAu reste, qui dit \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb dit \u00ab\u00a0amour de la sagesse\u00a0\u00bb, et la sagesse, la qu\u00eate de la sagesse, la demande de la sagesse, la souverainet\u00e9 de la sagesse, la joie de la sagesse, le don de la sagesse, etc., sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s tant dans l&rsquo;Ancien que dans le Nouveau Testament.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Premi\u00e8re partie<\/h2>\n<p>En Occident, depuis les merveilleux Grecs, la grande route de la philosophie a \u00e9t\u00e9 celle d&rsquo;une <i>theoria<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un savoir th\u00e9orique, pr\u00e9tendument autonome. Selon cette tradition philosophique qui persiste aujourd&rsquo;hui, encore que ses modes aient vari\u00e9 au cours des si\u00e8cles, cette activit\u00e9 autonome \u00e9tait et reste tenue pour axiomatique, comme allant de soi, indiscutable et indiscut\u00e9e.<br \/>\nLes diverses \u00ab\u00a0critiques\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9taient pas \u00ab\u00a0radicales\u00a0\u00bb et n&rsquo;osaient examiner l&rsquo;axiome constant de l&rsquo;autonomie de la <i>theoria<\/i>.<br \/>\nDans sa <i>Kritik der reinen Vernuft (Critique<\/i> de la raison pure), \u00e0 laquelle il travailla de 1770 \u00e0 1781, Emmanuel KANT passe de l&rsquo;objectivisme (qui veut r\u00e9gler notre connaissance par les objets) au subjectivisme (qui veut r\u00e9gler les objets par notre connaissance) : il ne touche pas, critiquement, \u00e0 l&rsquo;axiome demeurant pour lui indiscut\u00e9 de l&rsquo;autonomie de la raison.<br \/>\nEn 1937, un an avant sa mort, Edmund RUSSERL publie <i>Die krisis der europ\u00e4ischen Wissemchaften und die transzendentale Ph\u00e4nomenologie (La<\/i> crise des sciences europ\u00e9ennes et la ph\u00e9nom\u00e9nologie transcendantale) o\u00f9 il appelle le moi \u00e0 devenir spectateur impartial de lui-m\u00eame, avec l&rsquo;ambition de constituer la philosophie en science rigoureuse (il avouera plus tard avoir \u00ab\u00a0r\u00eav\u00e9 un r\u00eave\u00a0\u00bb) : il n&rsquo;y examine d&rsquo;aucune fa\u00e7on l&rsquo;axiome traditionnel de l&rsquo;autonomie de la raison.<br \/>\nEn 1960, Jean-Paul SARTRE commence \u00e0 publier sa <em>Critique<\/em> <i>de la raison dialectique <\/i>dans laquelle il utilise ses cat\u00e9gories existentialistes pour justifier la dynamique du communisme : l&rsquo;axiome de l&rsquo;autonomie de la raison y appara\u00eet dans toute sa gloire.<br \/>\nEtrangement, ce que les philosophes \u00ab\u00a0humanistes\u00a0\u00bb n&rsquo;ont jamais essay\u00e9, \u00e0 savoir d&rsquo;examiner de mani\u00e8re vraiment critique leur axiome de l&rsquo;autonomie de la raison, ni les th\u00e9ologiens ni les philosophes \u00ab\u00a0chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb, depuis les P\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 Karl BARTH en passant pas Thomas D&rsquo;AQUIN ne l&rsquo;ont tent\u00e9 d\u00e8s qu&rsquo;ils parlaient \u00a0\u00bb philosophie\u00a0\u00bb. Tant et si bien que les th\u00e9ologiens et philosophes \u00ab\u00a0chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb ont pratiquement et malheureusement, presque toujours, accept\u00e9 l&rsquo;intouchable tradition philosophique de la raison autonome ce qui les a conduits \u00e0 \u00ab\u00a0accommoder\u00a0\u00bb, plus ou moins, leur philosophie&#8230; et leur th\u00e9ologie \u00e0 la philosophie ou aux philosophies de leur temps.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0point de vue proprement philosophique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 et continue d&rsquo;\u00eatre pour eux le point de vue \u00ab\u00a0immanentiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0rationaliste\u00a0\u00bb imperturbablement maintenu par la philosophie humaniste. Les th\u00e9ologiens seront ainsi, ou essaieront d&rsquo;\u00eatre, platoniciens, aristot\u00e9liciens, cart\u00e9siens, kantiens, existentialistes, ph\u00e9nom\u00e9nologistes, etc. . . Et les philosophes \u00ab\u00a0chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb accepteront de philosopher selon la raison autonome, m\u00eame lorsqu&rsquo;ils tenteront, comme Maurice BLONDEL, d&rsquo;esquisser une philosophie \u00ab\u00a0chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl faut attendre l&rsquo;\u0153uvre magistrale du philosophe Herman DOOYEWEERD, publi\u00e9e en n\u00e9erlandais en 1935-1936, puis d\u00e9velopp\u00e9e dans la version anglaise publi\u00e9e en 1953-1958 sous le titre <i>A new Critique of Theoretical Thought<\/i> <i>pour<\/i> que le constant axiome de la philosophie occidentale, celui de la pr\u00e9tendue autonomie de la raison, soit enfin, de fa\u00e7on d\u00e9cisive \u00e0 mes yeux, r\u00e9ellement \u00ab\u00a0critiqu\u00e9\u00a0\u00bb, et pour qu&rsquo;une \u00e9cole nouvelle de philosophie chr\u00e9tienne se d\u00e9veloppe enfin aux Pays-Bas, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, au Canada, en Indon\u00e9sie et en Grande-Bretagne.<br \/>\nLe pasteur Pierre-Ch. MARCEL, dans ses th\u00e8ses de doctorat en th\u00e9ologie, h\u00e9las ! non imprim\u00e9es, et par la publication de certains textes dans <i>La Revue r\u00e9form\u00e9e,<\/i> s&rsquo;est efforc\u00e9 de faire conna\u00eetre en France l&rsquo;oeuvre de DOOYEWEERD. Son effort n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 beaucoup d&rsquo;\u00e9chos.<br \/>\nEssayons de r\u00e9sumer l&rsquo;essentiel de la critique transcendantale de DOOYEWEERD. La pr\u00e9tendue autonomie de la raison, et par suite sa pr\u00e9tendue universalit\u00e9, placent devant nous un probl\u00e8me : si les philosophies n&rsquo;ont leur point de d\u00e9part qu&rsquo;en la raison, et non pas en des \u00ab\u00a0motifs\u00a0\u00bb plus profonds, comment se fait-il qu&rsquo;elles ne s&rsquo;accordent point et qu&rsquo;une d&rsquo;entre elles ne parvienne pas \u00e0 convaincre les autres?<br \/>\nNe serait-ce pas, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que cette fameuse raison autonome n&rsquo;est pas, ne peut pas \u00eatre \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb, et qu&rsquo;elle recouvre, cach\u00e9s profond\u00e9ment sous elle, des points de d\u00e9part inavou\u00e9s ou non reconnus ?<br \/>\nLa critique de DOOYEWEERD est \u00ab\u00a0radicale\u00a0\u00bb car elle entend examiner les \u00ab\u00a0racines\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e th\u00e9orique, car elle entend examiner s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pr\u00e9suppos\u00e9s conditionnant la pens\u00e9e th\u00e9orique et requis par la structure et l&rsquo;exercice de cette pens\u00e9e elle-m\u00eame.<br \/>\nTrois probl\u00e8mes transcendantaux surgissent :<\/p>\n<h2><strong>PREMIER PROBLEME TRANSCENDANTAL<\/strong><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>Qu&rsquo;est-ce que la pens\u00e9e th\u00e9orique \u00ab\u00a0abstraite\u00a0\u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 empirique qui nous est donn\u00e9e dans l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire, et comment cette \u00ab\u00a0abstraction\u00a0\u00bb est-elle possible?<br \/>\nAutrement dit : qu&rsquo;est-ce qui caract\u00e9rise la pens\u00e9e th\u00e9orique, scientifique, par rapport \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience pr\u00e9-th\u00e9orique, a-th\u00e9orique, ordinaire ?<br \/>\nRompant d\u00e9cid\u00e9ment avec l&rsquo;id\u00e9e fausse que l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire serait une \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb (sous-entendu : simpliste !) de la r\u00e9alit\u00e9, DOOYEWEERD montre que l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire est la donn\u00e9e premi\u00e8re, indispensable, pr\u00e9c\u00e9dant n\u00e9cessairement toute <i>theoria<\/i> sur la nature de la r\u00e9alit\u00e9 et de la connaissance.<br \/>\nL&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire nous fait rencontrer globalement, \u00e9v\u00e9nementiellement, concr\u00e8tement, la r\u00e9alit\u00e9. Dans l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire le sujet et l&rsquo;objet sont en relation pr\u00e9-th\u00e9orique, a-th\u00e9orique, non-th\u00e9orique. Les choses, les personnes, et nous, nous nous rencontrons. Et les diff\u00e9rents \u00ab\u00a0aspects\u00a0\u00bb de l&rsquo;objet nous apparaissent alors implicitement sans que nous les distinguions encore explicitement.<br \/>\nLa pens\u00e9e th\u00e9orique, scientifique elle, analyse ce qui \u00ab\u00a0va ensemble\u00a0\u00bb dans l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire et apprend, de mieux en mieux, \u00e0 distinguer les aspects modaux, les sph\u00e8res de lois, de la r\u00e9alit\u00e9. Elle passe de la <i>systasis<\/i> \u00e0 la <i>distasis.<\/i><br \/>\nDans la pens\u00e9e th\u00e9orique, les diff\u00e9rentes <i>fonctions<\/i> de l&rsquo;homme et les diff\u00e9rents <i>aspects <\/i>correspondants du cosmos sont th\u00e9oriquement et analytiquement diff\u00e9renci\u00e9s, distingu\u00e9s. Et la <i>coh\u00e9rence<\/i> de l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire fait place aux indispensables <i>abstractions<\/i> th\u00e9oriques des diverses sciences.<br \/>\nL&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire est forc\u00e9ment, n\u00e9cessairement, la premi\u00e8re \u00ab\u00a0donn\u00e9e\u00a0\u00bb dans notre vision de la r\u00e9alit\u00e9, une donn\u00e9e qui peut \u00eatre enrichie, pr\u00e9cis\u00e9e, mais qui ne peut jamais \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e car nous y revenons toujours.<br \/>\nLe cosmos, cr\u00e9\u00e9 par Dieu et maintenu par lui, et que nous rencontrons concr\u00e8tement dans l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire, est non pas \u00ab\u00a0apparence\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u00e0 tout exercice de la pens\u00e9e th\u00e9orique.<br \/>\nDOOYEWEERD distingue quinze aspects qu&rsquo;\u00e9tudient quinze sciences diff\u00e9rentes. Il pourra en \u00eatre d\u00e9couvert plus si apparaissent des \u00ab\u00a0antinomies\u00a0\u00bb d\u00e9non\u00e7ant une confusion d&rsquo;aspects ; par exemple, les antinomies de Z\u00e9non (\u00e0 propos d&rsquo;Achille et de la tortue et \u00e0 propos de la fl\u00e8che) viennent d&rsquo;une confusion entre l&rsquo;aspect spatial et l&rsquo;aspect de mouvement.<br \/>\nVoici ces quinze aspects :<br \/>\n1. l&rsquo;aspect num\u00e9rique, \u00e9tudi\u00e9 en arithm\u00e9tique,<br \/>\n2. l&rsquo;aspect spatial, \u00e9tudi\u00e9 en g\u00e9om\u00e9trie,<br \/>\n3. l&rsquo;aspect de mouvement, \u00e9tudi\u00e9 en cin\u00e9matique,<br \/>\n4. l&rsquo;aspect d&rsquo;\u00e9nergie, \u00e9tudi\u00e9 en physique et chimie,<br \/>\n5. l&rsquo;aspect vital, \u00e9tudi\u00e9 en biologie, en physiologie et en morphologie,<br \/>\n6. l&rsquo;aspect de sensation, \u00e9tudi\u00e9 en psychologie.<br \/>\n7. l&rsquo;aspect de r\u00e9flexion, \u00e9tudi\u00e9 en logique,<br \/>\n8. l&rsquo;aspect de culture, \u00e9tudi\u00e9 en histoire,<br \/>\n9. l&rsquo;aspect de communication symbolique, \u00e9tudi\u00e9 en philosophie et en s\u00e9mantique,<br \/>\n10. l&rsquo;aspect social, \u00e9tudi\u00e9 en sociologie,<br \/>\n11. l&rsquo;aspect \u00e9conomique, \u00e9tudi\u00e9 en \u00e9conomie,<br \/>\n12. l&rsquo;aspect de beaut\u00e9, \u00e9tudi\u00e9 en esth\u00e9tique,<br \/>\n13. l&rsquo;aspect de justice, \u00e9tudi\u00e9 en droit,<br \/>\n14. l&rsquo;aspect d&rsquo;amour, \u00e9tudi\u00e9 en \u00e9thique,<br \/>\n15. l&rsquo;aspect de foi, \u00e9tudi\u00e9 en th\u00e9ologie.<br \/>\nLes six premiers \u00ab\u00a0aspects\u00a0\u00bb d\u00e9finissent des sph\u00e8res de lois <i>imm\u00e9diates<\/i> car leurs sujets ne peuvent faire autrement que leur ob\u00e9ir.<br \/>\nLes neuf derniers \u00ab\u00a0aspects\u00a0\u00bb d\u00e9finissent des sph\u00e8res de lois <i>normatives<\/i> car les hommes doivent leur ob\u00e9ir mais peuvent leur d\u00e9sob\u00e9ir.<br \/>\nDans la liste ci-dessus les quinze aspects, abstraits de la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te donn\u00e9e dans l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire, sont plac\u00e9s en ordre non pas de \u00ab\u00a0difficult\u00e9\u00a0\u00bb, mais de \u00ab\u00a0complexit\u00e9\u00a0\u00bb croissante. A chaque aspect correspond un ensemble de lois sp\u00e9cifiques \u00e9tudi\u00e9 par une science (ou par des sciences) particuli\u00e8re(s).<br \/>\nToute chose, tout existant, tout \u00e9v\u00e9nement, peut \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 un seul ou \u00e0 quelques-uns de ces divers aspects. Un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement historique\u00a0\u00bb, par exemple, est un \u00e9v\u00e9nement dont la science historique \u00e9tudie un aspect mais dont d&rsquo;autres sciences peuvent \u00e9tudier des autres aspects.<\/p>\n<h2><strong>DEUXIEME PROBLEME TRANSCENDANTAL<\/strong><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>De quel point de vue pouvons-nous rassembler synth\u00e9tiquement les divers aspects de la r\u00e9alit\u00e9? Autrement dit : quel est le point de d\u00e9part du philosophe, de la philosophie, dans sa pens\u00e9e sur l&rsquo;ensemble des aspects de la r\u00e9alit\u00e9 ? C&rsquo;est le probl\u00e8me central d&rsquo;une critique transcendantale de la philosophie.<br \/>\nSelon DOOYEWEERD , tous les \u00ab\u00a0ismes\u00a0\u00bb de la philosophie (mat\u00e9rial-isme, biolog-isme, historic-isme, etc.) proviennent de l&rsquo;interpr\u00e9tation de la totalit\u00e9 des aspects de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;un seul aspect de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nSeule la Parole de Dieu, avec son motif fondamental : \u00ab\u00a0cr\u00e9ation-chute-r\u00e9demption\u00a0\u00bb, peut fournir le point de d\u00e9part \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb permettant de \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9tudi\u00e9es par les diverses sciences dans leur \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb et dans leurs \u00ab\u00a0relations\u00a0\u00bb.<br \/>\nOu bien le philosophe, cach\u00e9 en tout homme de science, poursuit ses recherches \u00e0 partir de Celui qui est, selon sa r\u00e9v\u00e9lation, le Cr\u00e9ateur et le R\u00e9dempteur du cr\u00e9\u00e9, ou bien, in\u00e9vitablement, il poursuit ses recherches \u00e0 partir d&rsquo;un ou de plusieurs aspects du cr\u00e9\u00e9, cherchant ses principes d&rsquo;exploration et d&rsquo;explication dans le cr\u00e9\u00e9.<br \/>\nVoil\u00e0 pourquoi DOOYEWEERD appelle <i>immanentistes tous<\/i> les syst\u00e8mes non chr\u00e9tiens de la pens\u00e9e th\u00e9orique.<br \/>\nA l&rsquo;inverse de ces syst\u00e8mes, la pens\u00e9e th\u00e9orique, scientifique, philosophique, <i>chr\u00e9tienne,<\/i> se doit de reconna\u00eetre la <i>d\u00e9pendance de<\/i> toute pens\u00e9e par rapport \u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation de Dieu, et de refuser toute absolutisation d&rsquo;un aspect du cr\u00e9\u00e9, \u00e9tabli, par toute pens\u00e9e apostate, \u00e0 la place du Cr\u00e9ateur.<br \/>\nAu cours de sa rigoureuse critique, DOOYEWEERD montre que l&rsquo;histoire de la philosophie est pleine des antinomies auxquelles aboutissent les diff\u00e9rentes philosophies, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elles absolutisent tel aspect du cr\u00e9\u00e9 et rejettent la souverainet\u00e9 du Cr\u00e9ateur et de Sa r\u00e9v\u00e9lation. L&rsquo;ironie divine se r\u00e9v\u00e8le en ce que toute absolutisation d&rsquo;un aspect cosmique est bien vite relativis\u00e9e par l&rsquo;absolutisation d&rsquo;un autre aspect.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0point d&rsquo;Archim\u00e8de\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Donnez-moi un point d&rsquo;appui hors du monde et je le soul\u00e8verai\u00a0\u00bb) de la pens\u00e9e th\u00e9orique ne peut \u00eatre trouv\u00e9 dans les aspects cr\u00e9aturels mais dans le \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb qui transcende ces aspects dans son rapport avec Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb que dans l&rsquo;immanence.<br \/>\nEn fait, la pseudo-d\u00e9couverte d&rsquo;un \u00ab\u00a0point d&rsquo;Archim\u00e8de\u00a0\u00bb dans l&rsquo;absolutisation d&rsquo;un aspect du cr\u00e9\u00e9 n&rsquo;est pas un fruit de la pens\u00e9e th\u00e9orique, quoi que pr\u00e9tendent les diverses philosophies immanentistes, mais un choix religieux apostat, pr\u00e9alable \u00e0 cette pens\u00e9e, et non discern\u00e9 comme orientation idol\u00e2trique et d\u00e9voy\u00e9e du \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme.<br \/>\nCeci nous am\u00e8ne au :<\/p>\n<h2><strong>TROISIEME PROBLEME TRANSCENDANTAL<\/strong><\/h2>\n<h2><\/h2>\n<p>Comment la connaissance v\u00e9ritable de soi-m\u00eame est-elle possible et de quelle nature est-elle ?<br \/>\nAucune science particuli\u00e8re ne peut nous dire <i>ce qu&rsquo;est<\/i> l&rsquo;homme, <i>qui<\/i> est l&rsquo;homme. Certes, les sciences (la physique, la biologie, la psychologie, la linguistique, la sociologie, l&rsquo;\u00e9conomie, l&rsquo;esth\u00e9tique, etc.) nous apportent toutes des renseignements sur l&rsquo;homme puisque le \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, de l&rsquo;homme \u00ab\u00a0fonctionne\u00a0\u00bb dans toutes les sph\u00e8res modales, dans tous les aspects temporels de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nMais nous ne pouvons conna\u00eetre <i>ce qu&rsquo;est <\/i>l&rsquo;homme, <i>qui<\/i> est l&rsquo;homme &#8211; et quelle est l&rsquo;orientation fondamentale de son \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb (au grand sens biblique du mot \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb, ce \u00ab\u00a0c\u0153ur d&rsquo;o\u00f9 jaillissent toutes les sources de la vie\u00a0\u00bb) &#8211; que dans la connaissance vraie de Dieu. DOOYEWEERD rappelle ici le commencement de <i>l&rsquo;Institution chr\u00e9tienne<\/i> de CALVIN :\u00a0\u00bbToute la somme presque de notre sagesse, laquelle, \u00e0 tout conter, m\u00e9rite d&rsquo;estre r\u00e9put\u00e9e vraye et enti\u00e8re sagesse est situ\u00e9e en deux parties : c&rsquo;est qu&rsquo;en cognoissant Dieu, chacun de nous aussi se cognoisse.\u00a0\u00bb<br \/>\nMais attention ! <i>la vraie connaissance de Dieu n&rsquo;est pas la science th\u00e9ologique car la th\u00e9ologie aussi est un savoir th\u00e9orique.<\/i><br \/>\nLa vraie connaissance de Dieu est une connaissance supra-th\u00e9orique, la connaissance \u00ab\u00a0religieuse\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme. C&rsquo;est la connaissance de la R\u00e9v\u00e9lation du Dieu vivant, par la puissance de l&rsquo;Esprit Saint agissant dans le \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb, au point de concentration radical de notre existence tout enti\u00e8re.<br \/>\nEn se r\u00e9v\u00e9lant dans le coeur de l&rsquo;homme par sa Parole et son Esprit, Dieu se r\u00e9v\u00e8le et nous r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nous-m\u00eames dans notre unit\u00e9 centrale, et nous fait nous conna\u00eetre nous-m\u00eames dans la connaissance qu&rsquo;il nous donne de lui.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme, ce centre rayonnant sur toute notre existence, est en soi \u00ab\u00a0religieux\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0reli\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 <i>la<\/i> v\u00e9ritable ou \u00e0 <i>une <\/i>pr\u00e9tendue origine <i>absolue, ou absolutis\u00e9e,<\/i> de toute la diversit\u00e9 (de notre existence temporelle et du monde).<br \/>\nC&rsquo;est cette relation religieuse du coeur, soit \u00e0 Dieu soit \u00e0 une Idole, qui d\u00e9termine toute pens\u00e9e th\u00e9orique, philosophique ou scientifique, y compris la th\u00e9ologie (comme elle d\u00e9termine l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire).<br \/>\nLa religion (du coeur de l&rsquo;homme) ne peut \u00eatre d\u00e9crite et d\u00e9finie ph\u00e9nom\u00e9nologiquement, ni sociologiquement, ni historiquement, ni psychologiquement, ni biologiquement, etc., car elle transcende la diversit\u00e9 temporelle. Ni SCHLEIERMACHER, ni William JAMES, ni FREUD, ni Rudolf OTTO n&rsquo;ont pu d\u00e9crire et d\u00e9finir la religion (du coeur de l&rsquo;homme).<br \/>\nSi le \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme est reli\u00e9 (\u00ab\u00a0religion\u00e9\u00a0\u00bb !) \u00e0 Dieu, toute l&rsquo;existence de l&rsquo;homme, y compris sa pens\u00e9e th\u00e9orique, est anim\u00e9e par cette orientation religieuse vraie. Si le \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme est reli\u00e9 (\u00ab\u00a0religion\u00e9\u00a0\u00bb !) \u00e0 une Idole (un aspect du cr\u00e9\u00e9, absolutis\u00e9), toute l&rsquo;existence de l&rsquo;homme, y compris sa pens\u00e9e th\u00e9orique, est anim\u00e9e par une orientation religieuse erron\u00e9e. <i>Tertium non datur.<\/i><br \/>\nAutrement dit : toute <i>theoria, <\/i>toute connaissance th\u00e9orique pr\u00e9suppose une orientation (vraie ou apostate) du coeur. <i>La pr\u00e9tendue autonomie de la pens\u00e9e th\u00e9orique<\/i> (philosophique et scientifique) <i>est un mythe \u00e0 d\u00e9mythologiser. Il <\/i>est toujours, sous elle, en dedans d&rsquo;elle, un point de d\u00e9part supra-th\u00e9orique qui d\u00e9termine la pens\u00e9e th\u00e9orique.<br \/>\nConcluons cette premi\u00e8re partie :<br \/>\nDOOYEWEERD a mis en \u00e9vidence la double pr\u00e9supposition in\u00e9vitable de toute pens\u00e9e th\u00e9orique (philosophique et scientifique) :<br \/>\n\u2013 d&rsquo;abord un point d&rsquo;Archim\u00e8de d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;homme a la vision de la diversit\u00e9 et de la coh\u00e9rence de sens du cosmos,<br \/>\n\u2013 ensuite un choix de (ce que l&rsquo;homme croit \u00eatre) l&rsquo;origine absolue de toute cette diversit\u00e9 et coh\u00e9rence de sens, choix qui d\u00e9termine le contenu de sa vision concernant cette diversit\u00e9 et coh\u00e9rence.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\"><strong>Deuxi\u00e8me partie<\/strong><\/h2>\n<p>Avant cette deuxi\u00e8me partie il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant d&rsquo;examiner critiquement l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e occidentale et de suivre DOOYEWEERD dans l&rsquo;\u00e9tude magistrale qu&rsquo;il a faite des motifs de base de cette pens\u00e9e :<br \/>\n&#8211; le motif grec \u00ab\u00a0Forme-Mati\u00e8re\u00a0\u00bb puis<br \/>\n&#8211; le motif m\u00e9di\u00e9val \u00ab\u00a0Nature-Gr\u00e2ce<i>\u00ab\u00a0,<\/i> et enfin<br \/>\n&#8211; le motif moderne \u00ab\u00a0Nature-Libert\u00e9\u00a0\u00bb<i>.<\/i><br \/>\nIl e\u00fbt \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant aussi de voir comment les philosophes chr\u00e9tiens et les th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens ont (constamment ou presque, h\u00e9las !) cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0accommoder\u00a0\u00bb les uns aux autres le motif biblique <i>\u00ab\u00a0Cr\u00e9ation-Chute-R\u00e9demption<\/i>\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils tenaient de la R\u00e9v\u00e9lation et les motifs apostats qu&rsquo;ils trouvaient dans le climat spirituel o\u00f9 ils vivaient.<br \/>\nMais il est plus urgent et fondamental d&rsquo;esquisser qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre, quelles doivent \u00eatre, positivement, les t\u00e2ches d&rsquo;une philosophie et d&rsquo;une th\u00e9ologie <i>chr\u00e9tiennes<\/i> et comment elles peuvent, comment elles doivent s&rsquo;entraider.<br \/>\nNous commencerons par la philosophie chr\u00e9tienne.<br \/>\nToute recherche philosophique, toute recherche de la \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb, commence comme le rappellent, entre autres, les livres de Job et des Proverbes &#8211; par la \u00ab\u00a0crainte du Seigneur\u00a0\u00bb.<br \/>\nSelon le Nouveau Testament, la route royale de la vraie sagesse, d&rsquo;une saine philosophie, passe par la Croix de Celui qui \u00ab\u00a0par Dieu, a \u00e9t\u00e9 fait pour nous sagesse, justice, et sanctification, et r\u00e9demption\u00a0\u00bb (1 Corinthiens 1:30.)<br \/>\nLa philosophie qui s&rsquo;appuie \u00ab\u00a0sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ\u00a0\u00bb, philosophie s&rsquo;exprimant en des formes diverses qui aboutissent toutes \u00e0 des antinomies, philosophie enracin\u00e9e dans la folle pens\u00e9e d&rsquo;une raison ind\u00e9pendante, se suffisant \u00e0 soi-m\u00eame, et pr\u00e9tendument autonome, doit \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb \u00e0 la Croix, \u00eatre \u00ab\u00a0ensevelie\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0rena\u00eetre\u00a0\u00bb reform\u00e9e, restaur\u00e9e, renouvel\u00e9e, transfigur\u00e9e, en vraie sagesse, en saine philosophie.<br \/>\nAutrement dit : la philosophie doit \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de ses attaches radicales aux Id\u00e9es, aux Images, aux Idoles, de ses attaches radicales \u00e0 des Mythes &#8211; selon 2 Timoth\u00e9e 4:4 -, si elle veut commencer \u00e0 devenir vraiment \u00ab\u00a0amour de la sagesse\u00a0\u00bb.<br \/>\nAutrement dit encore : la philosophie ne recommence \u00e0 devenir libre, \u00e0 devenir elle-m\u00eame qu&rsquo;en renon\u00e7ant radicalement \u00e0 sa pr\u00e9tendue autonomie et qu&rsquo;en s&rsquo;humiliant, comme tout savoir humain le doit, devant la Parole de Dieu, devant la Croix du Christ J\u00e9sus \u00ab\u00a0dans lequel sont cach\u00e9s tous les tr\u00e9sors de la sagesse et de la science\u00a0\u00bb (Colossiens 2:3.)<br \/>\nIl n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule Reine de toutes les sciences, de la philosophie et de la th\u00e9ologie, et cette Reine c&rsquo;est la Parole de Dieu, seule V\u00e9rit\u00e9 absolue, seule source et seule norme de toutes v\u00e9rit\u00e9s.<br \/>\nQuand LUTHER dit, au grand scandale de Jacques MARITAIN<sup>1<\/sup>, que \u00ab\u00a0la raison, c&rsquo;est la plus grande putain du Diable\u00a0\u00bb et qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0est et doit \u00eatre noy\u00e9e dans le bapt\u00eame\u00a0\u00bb, il s&rsquo;en prend justement \u00e0 la raison \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0chez les croyants doit \u00eatre tu\u00e9e et enterr\u00e9e\u00a0\u00bb. Il ne s&rsquo;agit pas chez LUTHER , comme le croit MARITAIN, d'\u00a0\u00bbanti-intellectualisme\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0volontarisme\u00a0\u00bb. Le R\u00e9formateur entend seulement remettre la raison humaine \u00e0 sa juste place : sous la Croix du Fils de Dieu, sous l&rsquo;autorit\u00e9 lib\u00e9ratrice et r\u00e9demptrice de la Parole de Dieu. La \u00ab\u00a0putain\u00a0\u00bb est appel\u00e9e \u00e0 entrer dans le Royaume de Dieu. Encore faut-il d&rsquo;abord, pour cela, qu&rsquo;elle meure et qu&rsquo;elle renaisse, qu&rsquo;elle meure pour rena\u00eetre, \u00e0 la Croix.<br \/>\nUne philosophie re-form\u00e9e, une philosophie chr\u00e9tienne, une philosophie \u00ab\u00a0s&rsquo;appuyant sur Christ\u00a0\u00bb doit \u00eatre anim\u00e9e par le <i>motif biblique essentiel<\/i> : celui de la Cr\u00e9ation, de la Chute et de la R\u00e9demption en J\u00e9sus-Christ dans la communion de l&rsquo;Esprit Saint.<br \/>\nEn un sens profond (et non spatial bien entendu !), la Loi est la fronti\u00e8re distinguant le Cr\u00e9ateur du cr\u00e9\u00e9. Dieu est au-dessus de la Loi ; tout ce qui est cr\u00e9\u00e9 est soumis \u00e0 la Loi. Quand nous disons la Loi, il s&rsquo;agit non pas du D\u00e9calogue seulement, mais de l&rsquo;ensemble des \u00ab\u00a0ordonnances\u00a0\u00bb et principes structurels rendant possibles les r\u00e9alit\u00e9s et les \u00e9v\u00e9nements et qui constituent l&rsquo;ordre temporel int\u00e9gral.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0temps\u00a0\u00bb du cr\u00e9\u00e9 est r\u00e9fract\u00e9 dans les diff\u00e9rents aspects du cr\u00e9\u00e9 en autant de diff\u00e9rentes sortes de temps accord\u00e9es chacune \u00e0 tel de ces aspects.<br \/>\nCertes, la Parole de Dieu ne nous apporte ni une math\u00e9matique, ni une physique, ni une biologie, ni une politique, ni une th\u00e9ologie, ni une philosophie, etc., r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Il appartient aux hommes, dans leurs responsabilit\u00e9s et selon leurs vocations, de poursuivre les diverses recherches scientifiques.<br \/>\nMais la Parole de Dieu doit \u00eatre reconnue comme le point de d\u00e9part absolu, la source absolue, et la norme absolue, de toute <i>theoria<\/i>, de toute pens\u00e9e th\u00e9orique, comme aussi, bien s\u00fbr ! de toute activit\u00e9 humaine. Elle nous apporte le cadre, la charpente, de r\u00e9f\u00e9rences normatives, unifiant et orientant notre pens\u00e9e et notre vie. Elle nous apporte le fondement sur lequel construire, les pr\u00e9suppositions n\u00e9cessaires \u00e0 une vraie sagesse, \u00e0 une vraie philosophie.<br \/>\nLa premi\u00e8re t\u00e2che de la philosophie &#8211; indispensable en cela \u00e0 toutes les autres sciences, y compris la th\u00e9ologie &#8211; est d&rsquo;\u00e9tablir une vue th\u00e9orique de la totalit\u00e9, et, par suite, d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;ensemble des divers aspects modaux du cr\u00e9\u00e9, leur diversit\u00e9, leur ordre de succession th\u00e9orique, leurs relations mutuelles et leur coh\u00e9sion.<br \/>\nChaque aspect modal de la r\u00e9alit\u00e9 et de notre exp\u00e9rience \u00e9tant <i>li\u00e9<\/i> aux autres aspects dans la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et dans l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te, et cela parce que chaque aspect comporte \u00e0 la fois <i>a)<\/i> un <i>noyau<\/i> irr\u00e9ductible, sp\u00e9cifique, de <i>sens<\/i> et <i>b) <\/i>une <i>suite analogique d&rsquo;anticipations<\/i> par rapport aux aspects plus complexes et de <i>r\u00e9trocipations <\/i>par rapport aux aspects moins complexes, seule la philosophie peut apporter aux autres sciences, y compris la th\u00e9ologie, les notions th\u00e9oriques pr\u00e9cisant leurs \u00ab\u00a0noyaux de sens\u00a0\u00bb et les analogies en avant (anticipations) et en arri\u00e8re (r\u00e9trocipations) qui leur sont indispensables tant pour leurs t\u00e2ches particuli\u00e8res que pour leurs rapports entre elles.<br \/>\nMais si nous rapprochons \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0th\u00e9ologie\u00a0\u00bb, que constatons-nous ?<br \/>\nLa plupart des th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens &#8211; nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 vu &#8211; croient, comme presque tout le monde, \u00e0 la pr\u00e9tendue autonomie de la pens\u00e9e philosophique, comme aussi \u00e0 l&rsquo;autonomie de toute pens\u00e9e th\u00e9orique, scientifique&#8230; \u00e0 la seule exception (partielle) de la th\u00e9ologie !<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que BARTH affirme, au d\u00e9but de sa <i>Dogmatique <\/i>:<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est un fait que la <i>philosophia christiana<\/i> n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e : lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait <i>philosophia, <\/i>elle n&rsquo;\u00e9tait pas <i>christiana,<\/i> et lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait <i>christiana<\/i> elle n&rsquo;\u00e9tait plus <i>philosophia.\u00a0\u00bb<\/i>Par contre, th\u00e9ologien, BARTH fait ce que tendent continuellement \u00e0 faire tous les savants quand il parlent de \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb science : il \u00e9rige sa science particuli\u00e8re &#8211; ici la th\u00e9ologie &#8211; au sommet ou au centre des autres sciences :\u00a0\u00bbLa th\u00e9ologie est la science qui, en derni\u00e8re analyse, s&rsquo;assigne (son objet). . . en lui subordonnant tous les autres objets de la recherche humaine.\u00a0\u00bbAffirmons-le nettement : la th\u00e9ologie <i>n&rsquo;est pas<\/i> la Reine des sciences. La seule Reine de toutes les sciences, y compris la th\u00e9ologie, est la Parole de Dieu.<br \/>\nIl n&rsquo;y a pas d&rsquo;une part une science <i>chr\u00e9tienne : la <\/i>th\u00e9ologie, et, d&rsquo;autre part, des sciences qui seraient profanes.<br \/>\nIl y a des sciences diverses qui, toutes, peuvent \u00eatre soit <i>chr\u00e9tiennes<\/i> si elles s&rsquo;efforcent de se soumettre \u00e0 la Parole de Dieu, soit <i>apostates, y compris<\/i> la th\u00e9ologie, si elles se pr\u00e9tendent principiellement souveraines, autonomes, ind\u00e9pendantes, si elles se r\u00e9voltent contre la Parole de Dieu ou en nient la V\u00e9rit\u00e9 absolue.<br \/>\nEn fait, BARTH maintient, sur la question du rapport th\u00e9ologie-philosophie, le dualisme m\u00e9di\u00e9val \u00ab\u00a0nature-gr\u00e2ce\u00a0\u00bb. Il remplace seulement la conception <i>synth\u00e9tique<\/i> de la scolastique par une conception <i>antith\u00e9tique.<\/i> Or, la v\u00e9ritable <i>antith\u00e8se<\/i> n&rsquo;est pas entre la nature et la gr\u00e2ce, ou entre un domaine du cr\u00e9\u00e9 et un autre domaine, ou entre la th\u00e9ologie (qui serait chr\u00e9tienne) et la philosophie (qui serait profane), mais entre l&rsquo;ob\u00e9issance et la d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 la Parole de Dieu, entre ce qui est <i>de Dieu<\/i> et ce qui est <i>du p\u00e9ch\u00e9.<\/i> Et cela \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de chaque science. Si la philosophie peut se prostituer, la th\u00e9ologie le peut aussi.<br \/>\nPar ailleurs, <i>la Parole de Dieu en tant qu&rsquo;elle pr\u00e9sente son motif de base radical, central, fondamental, \u00ab\u00a0Cr\u00e9ation-Chute-R\u00e9demption\u00a0\u00bb, n&rsquo;est pas l&rsquo;objet sp\u00e9cifique de la science th\u00e9ologique.<\/i> En tant que motif op\u00e9rant au \u00ab\u00a0coeur\u00a0\u00bb de l&rsquo;homme, la Parole de Dieu domine royalement toutes les sciences.<br \/>\n<i>L&rsquo;objet th\u00e9orique sp\u00e9cifique de la th\u00e9ologie, ce sont les v\u00e9rit\u00e9s de foi<\/i> qui, sous l&rsquo;aspect limite de notre exp\u00e9rience temporelle qu&rsquo;est l&rsquo;aspect de foi, s&rsquo;expriment dans l&rsquo;ensemble de la Sainte Ecriture.<br \/>\nQuand, par exemple, le professeur de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bordeaux Jacques ELLUL parle du \u00ab\u00a0fondement th\u00e9ologique du droit\u00a0\u00bb, il se trompe. Il aurait d\u00fb parler du fondement divin du droit, ce qui n&rsquo;est pas la m\u00eame chose. Le droit, au sens chr\u00e9tien, de cette science, ne repose pas sur la <i>th\u00e9ologie, <\/i>mais sur la <em>Parole<\/em> <i>de Dieu.<\/i> La th\u00e9ologie peut aider le juriste comme le droit peut aider le th\u00e9ologien en raison des rapports analogiques des diverses sciences. Mais jamais une science n&rsquo;a une autre science comme source ou comme fondement.<br \/>\nDe plus, toutes les sciences, y compris la th\u00e9ologie, ont besoin de la philosophie. La th\u00e9ologie, science <i>th\u00e9orique<\/i>, a besoin de concepts, de notions. Ces concepts, ces notions, ont des sens analogiques dans toutes les sciences. Seule la philosophie, parce qu&rsquo;elle est la science de la totalit\u00e9 de la pens\u00e9e th\u00e9orique, peut apporter \u00e0 la th\u00e9ologie, qui est une science particuli\u00e8re ayant un objet sp\u00e9cifique dans l&rsquo;aspect de foi de notre exp\u00e9rience temporelle, une critique et une d\u00e9finition, aussi pr\u00e9cises et scientifiques que possible, de ces concepts, de ces notions, sous l&rsquo;autorit\u00e9-reine de la Parole de Dieu.<br \/>\nSi le th\u00e9ologien utilise (consciemment ou inconsciemment) les concepts non assez critiqu\u00e9s et d\u00e9finis d&rsquo;une philosophie apostate &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une philosophie ayant d&rsquo;autres motifs de base fondamentaux que le motif de base chr\u00e9tien \u00ab\u00a0Cr\u00e9ation-Chute- R\u00e9demption\u00a0\u00bb -, sa th\u00e9ologie sera contamin\u00e9e par les concepts fournis par cette philosophie.<br \/>\nTour \u00e0 tour, PLATON, ARISTOTE, DESCARTES, KANT, HUSSERL, HEIDEGGER , etc., ont contamin\u00e9 la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne.<br \/>\nParce qu&rsquo;il a ni\u00e9 la seule \u00ab\u00a0possibilit\u00e9\u00a0\u00bb d&rsquo;une philosophie chr\u00e9tienne et s&rsquo;est laiss\u00e9 contaminer par le platonisme, le kantisme et l&rsquo;existentialisme, BARTH a laiss\u00e9 la voie ouverte aux th\u00e9ologies descendantes qui ont naturellement suivi la sienne depuis BULTMANN jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ath\u00e9isme chr\u00e9tien.<br \/>\nCertes, la <i>philosophia reformata,<\/i> la <i>philosophia christiana<\/i>, peut et doit utiliser &#8211; apr\u00e8s les avoir critiqu\u00e9s &#8211; les apports conceptuels de toutes les philosophies (y compris celles de PLATON, ARISTOTE, DESCARTES, etc.) et apporter ainsi son aide fraternelle et indispensable \u00e0 la <i>theologia reformata,<\/i> \u00e0 la <i>theologia christiana<\/i> : la gr\u00e2ce universelle et accompagnatrice de Dieu dans tout le d\u00e9roulement historique de la pens\u00e9e humaine ne peut et ne doit \u00eatre m\u00e9pris\u00e9e ; mais encore faut-il que l&rsquo;autorit\u00e9 souveraine et totalitaire de la Parole de Dieu soit respect\u00e9e avant tout.<br \/>\nToute \u00ab\u00a0accommodation\u00a0\u00bb, tout \u00ab\u00a0concordisme\u00a0\u00bb, dans toute pens\u00e9e th\u00e9orique, y compris la th\u00e9ologie, du motif de base biblique, chr\u00e9tien, \u00e0 des motifs de base apostats animant la pens\u00e9e th\u00e9orique pr\u00e9tendument autonome a toujours abouti \u00e0 des contaminations d\u00e9plorables et souvent mortelles.<br \/>\nParce que tous les aspects modaux de la r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e et de l&rsquo;exp\u00e9rience sont n\u00e9cessairement li\u00e9s, une v\u00e9ritable reformation de la pens\u00e9e th\u00e9orique doit \u00eatre r\u00e9solument poursuivie dans toutes les sciences, dans la philosophie d&rsquo;abord qui doit \u00eatre <i>philosophia reformata,<\/i> dans la th\u00e9ologie et les diverses autres sciences ensuite.<br \/>\nL\u00e0 est la vocation imprescriptible de tous les chr\u00e9tiens appel\u00e9s \u00e0 aimer Dieu (et sa Parole) de tout leur \u00ab\u00a0c\u0153ur\u00a0\u00bb et de toute leur \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>\nAlors la <i>philosophia reformata<\/i> pourra aider sa soeur, la <i>theologia reformata,<\/i> \u00e0 se d\u00e9gager d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;entraves pour progresser selon son objet et sa t\u00e2che sp\u00e9cifiques.<br \/>\nLa th\u00e9ologie chr\u00e9tienne pourra alors pr\u00e9ciser, approfondir et d\u00e9velopper la v\u00e9rit\u00e9 de foi, de la pr\u00e9destination, souvent confondue avec un d\u00e9terminisme causal physique, la v\u00e9rit\u00e9 de foi de la cr\u00e9ation, souvent confondue avec un processus g\u00e9n\u00e9tique temporel, la v\u00e9rit\u00e9 de foi de la justification par la foi souvent confondue avec un l\u00e9galisme juridique, etc.<br \/>\nUne telle mani\u00e8re de voir et de faire, loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9troite et rigide, est en fait ouverte et souple. En terminant, je voudrais montrer pourquoi.<br \/>\nTout d&rsquo;abord, il faut affirmer que la philosophie chr\u00e9tienne, comme toute science, comme la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, n&rsquo;est qu&rsquo;une <i>approche <\/i>progressive, qu&rsquo;une <i>recherche<\/i> progressive. Devant la Parole de Dieu, seule absolue, nos expositions humaines sont relatives, faillibles, correctibles, perfectibles.<br \/>\nSeule la Parole de Dieu &#8211; qui ne se confond avec aucune science, m\u00eame chr\u00e9tienne &#8211; est la V\u00e9rit\u00e9. Mais, sous l&#8217;emprise du motif de la Sainte Ecriture, la philosophie chr\u00e9tienne, \u00e0 bien des \u00e9gards \u00ab\u00a0en petit commencement\u00a0\u00bb, peut et doit manifester l&rsquo;action r\u00e9formatrice, restauratrice du principe de la vie nouvelle en J\u00e9sus-Christ.<br \/>\nLe d\u00e9veloppement d&rsquo;une <i>theoria<\/i> chr\u00e9tienne, en philosophie, en th\u00e9ologie, dans toutes les sciences, ne peut \u00eatre qu&rsquo;une <i>oeuvre commune, oecum\u00e9nique,<\/i> par-del\u00e0 les fronti\u00e8res des nations et des d\u00e9nominations.<br \/>\nEn second lieu, il faut savoir que Dieu, par sa gr\u00e2ce g\u00e9n\u00e9rale et providentielle, maintient la vie de tous les hommes et leur accorde de nombreux dons afin de limiter les effets intensifs du p\u00e9ch\u00e9 et de permettre un d\u00e9veloppement tout au long de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il y a eu et qu&rsquo;il peut toujours y avoir une vie conjugale, une vie familiale, une vie politique, une vie scientifique, une vie esth\u00e9tique, etc., qui se manifestent, parfois de fa\u00e7on admirable, dans des \u00e9poques et en des lieux o\u00f9 l&rsquo;Evangile r\u00e9dempteur \u00e9tait ou demeure inconnu.<br \/>\nDes hommes qui rejettent Dieu et sa r\u00e9v\u00e9lation re\u00e7oivent cependant de sa gr\u00e2ce g\u00e9n\u00e9rale ce qui les rend capables de bien raisonner, de faire des d\u00e9couvertes, de composer de la belle musique, de faire avancer telle ou telle science.<br \/>\nAussi la recherche d&rsquo;une <i>theoria<\/i> chr\u00e9tienne, en quelque domaine que ce soit, ne peut n\u00e9gliger les v\u00e9rit\u00e9s partielles et relatives de haute importance, reconnues, d\u00e9couvertes, par des non-chr\u00e9tiens ou des ennemis du Christ.<br \/>\nCes v\u00e9rit\u00e9s partielles et relatives trouveront pr\u00e9cis\u00e9ment tout leur sens, toute leur valeur, lorsque, d\u00e9tach\u00e9es des motifs de base (et des visions) apostats qui les \u00ab\u00a0faussent\u00a0\u00bb, elles seront interpr\u00e9t\u00e9es et int\u00e9gr\u00e9es dans une conception chr\u00e9tienne du monde et de l&rsquo;homme.<br \/>\nLa m\u00e9thode critique de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne, ouverte et souple, permet tout autant d&rsquo;\u00eatre <i>exclusif<\/i> des faux motifs de base <i>qu\u2019inclusif<\/i> des v\u00e9rit\u00e9s de toute pens\u00e9e humaine m\u00eame non chr\u00e9tienne ou antichr\u00e9tienne.<br \/>\nBien plus : parce qu&rsquo;elle d\u00e9couvre les motifs de base souvent cach\u00e9s qui d\u00e9forment les v\u00e9rit\u00e9s inscrites et reconnaissables dans des syst\u00e8mes non chr\u00e9tiens et provoquent les oppositions radicales entre ces syst\u00e8mes, la recherche th\u00e9orique chr\u00e9tienne peut r\u00e9concilier et pacifier en elle ce qui ailleurs bataille et s&rsquo;oppose vainement.<br \/>\nAlors que la pens\u00e9e occidentale, inconsciente de ses pr\u00e9suppos\u00e9 religieux apostats, devenue litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0ivre\u00a0\u00bb de sa pr\u00e9tendue autonomie, devient de plus en plus incapable d&rsquo;assumer sa t\u00e2che proprement philosophique et se laisse supplanter par un pragmatisme pratique qui la rejette vers une pure mythologie ou de curieux \u00e9sot\u00e9rismes, il appartient \u00e0 la pens\u00e9e chr\u00e9tienne de d\u00e9couvrir de mieux en mieux la grande vocation par laquelle Dieu l&rsquo;interpelle pour sa gloire et le progr\u00e8s du peuple chr\u00e9tien dans la reconnaissance et l&rsquo;ob\u00e9issance de la foi.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p id=\"reader_content_div\" style=\"padding-bottom: 35px; margin-left: 16px; margin-right: 16px; margin-top: 24px; color: #252525; font-family: Roboto, sans-serif; font-size: medium; font-style: normal; font-variant-ligatures: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2text-indent:0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: 2; word-spacing: 0; text-decoration-style: initial; text-decoration-color: initial; text-align: center;\"><strong>Note :<\/strong><\/p>\n<p><a style=\"text-decoration: none; color: #0000ff;\">1.<\/a> <em>Trois R\u00e9formateurs. <\/em>Plon 1925<em>, <\/em>pp. 46<em> ss.<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rence :<\/strong> Article tir\u00e9 d<em>e<\/em> <em>Fondements pour l\u2019Avenir<\/em><em>,<\/em> Aix-en-Provence, \u00c9ditions Kerygma, 1982.<\/p>\n<hr>\n<div style=\"width: 198px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4219\" src=\"https:\/\/lumieremonde.files.wordpress.com\/2020\/02\/tc3a9lc3a9chargement-1.jpeg\" width=\"188\" height=\"268\" data-temp-aztec-id=\"a4964b6a-cfe4-4b3f-8f21-2d8986229fc0\"><p class=\"wp-caption-text\">Pierre COURTHIAL<\/p><\/div>\n<p><strong style=\"box-sizing: inherit; font-weight: bolder; color: #222325;\">Pierre Courthial<\/strong><span style=\"color: #222325;\"> (1914-2009), pasteur et enseignant, fut une figure de proue du mouvement r\u00e9form\u00e9 de tendance \u201c\u00e9vang\u00e9lique\u201d et confessante du si\u00e8cle dernier. Il s&rsquo;est notamment consacr\u00e9 \u00e0 la mise en place et au d\u00e9veloppement de la Facult\u00e9 Libre de Th\u00e9ologie R\u00e9form\u00e9e (FLTR)<\/span>, aujourd&rsquo;hui la Facult\u00e9 Jean Calvin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Etrangement, ce que les philosophes \u00ab\u00a0humanistes\u00a0\u00bb n&rsquo;ont jamais essay\u00e9, \u00e0 savoir d&rsquo;examiner de mani\u00e8re vraiment critique leur axiome de l&rsquo;autonomie de la raison, ni les th\u00e9ologiens ni les philosophes \u00ab\u00a0chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb, depuis les P\u00e8res jusqu&rsquo;\u00e0 Karl BARTH en passant pas Thomas D&rsquo;AQUIN ne l&rsquo;ont tent\u00e9 d\u00e8s qu&rsquo;ils parlaient \u00a0\u00bb philosophie\u00a0\u00bb. Tant et si bien que les th\u00e9ologiens et philosophes \u00ab\u00a0chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb ont pratiquement et malheureusement, presque toujours, accept\u00e9 l&rsquo;intouchable tradition philosophique de la raison autonome ce qui les a conduits \u00e0 \u00ab\u00a0accommoder\u00a0\u00bb, plus ou moins, leur philosophie&#8230; et leur th\u00e9ologie \u00e0 la philosophie ou aux philosophies de leur temps.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[137,204,205,136],"tags":[206,209,207,208],"class_list":["post-7044","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","category-philosophie","category-philosophie-chretienne","category-theologie","tag-autonomie-de-la-raison","tag-herman-dooyeweerd","tag-philosophie","tag-theologie"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/pbu0ZL-1PC","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7044"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7044\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7208,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7044\/revisions\/7208"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bibleetsciencediffusion.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}